POUR SERVIR DE TÉMOIGNAGE
GASTON RACINE
1947
Table des matières
Là où le Christ remplit les cœurs de son amour, qui est la vérité, là est l’Église, indépendamment du nom que porte cette dénomination. Partout où se trouve un lieu où est invoqué le nom du Seigneur, nous n’avons pas le droit de travailler en ignorant l’existence de ceux que le Seigneur appelle « ses frères ».
En disant cela, nous ne faisons pas bon marché des droits du Seigneur, mais nous affirmons qu’aujourd’hui encore Dieu peut par le contact des vrais chrétiens entre eux, parler au monde incroyant et faire par les membres de Son Église, infiniment plus que tout ce que nous pouvons espérer ou penser.
1. De la solitude à la communauté
Dès qu’une âme a rencontré le Christ dans sa vie et l’a reçu dans son cœur pour Sauveur personnel, elle éprouve un sentiment entièrement nouveau. Non seulement elle a reçu à la Croix du Calvaire l’assurance que propitiation a été faite pour ses péchés, mais la joie et la paix que donne un si grand salut ont pénétré son âme, lui faisant réaliser par le Saint-Esprit qu’elle est morte à son passé et que la vie devenue la sienne est entièrement nouvelle.
Autrefois, cette âme faisait partie du « monde ». Son plaisir, ses relations étaient dans « le monde ». Aujourd’hui ce « monde » qu’elle a aimé lui est devenu étranger. Dans la société qu’elle fréquentait hier encore, elle éprouve maintenant une solitude extrême. Et pourtant son cœur a soif de communion. Plus que jamais, elle désire le contact avec ses semblables car, en découvrant Dieu en Jésus-Christ, elle a du même coup découvert son prochain.
2. Un problème bien connu des évangélistes
Tout homme qui a le privilège d’annoncer l’Évangile aux foules perdues connaît très bien ce problème. C’est pourquoi il est insensé de prétendre qu’un évangéliste n’a pas à s’occuper de questions doctrinales ou ecclésiales, lot qui serait le domaine privé de ceux qu’on appelle « docteurs » dans les Écritures. Nous n’avons pas peur d’être dans l’erreur en affirmant que pour un évangéliste conséquent, les questions ecclésiastiques sont au premier plan de ses préoccupations, non parce qu’il a le loisir d’y penser à son aise et d’étudier dans son cabinet les dogmes de l’Église chrétienne, mais simplement parce que ces questions lui sont imposées par les résultats de son ministère. Des âmes sont sauvées, des brebis perdues sont trouvées et éprouvent le besoin d’un bercail pour y être soignées et rassemblées. Or, pour trouver l’adresse d’une communauté, ce n’est pas à un docteur en théologie inconnu que ces nouveaux convertis s’adressent, mais bien à celui dont Dieu s’est servi pour les amener au Seigneur Jésus.
En disant cela, que Dieu nous préserve de sous-estimer le travail utile des docteurs en théologie. Nous ne faisons qu’établir des faits, tout en reconnaissant à quel point l’Église du Seigneur a besoin de vrais pasteurs et d’authentiques docteurs avec lesquels l’évangéliste puisse sans cesse collaborer harmonieusement sous l’unique direction du Saint-Esprit.
Mais pourquoi donc parler d’un problème ecclésiastique, comme si l’Église du Christ était un mystère non révélé, une question difficile à résoudre ?
3. Quelques aspects de l’Église dans le Nouveau Testament
Certes, nous connaissons bien ce qu’est l’Église. L’enseignement néotestamentaire est clair sur ce point. Fondée par le Christ, pierre angulaire de la foi confessée premièrement par l’apôtre Pierre, l’Église est un « Temple spirituel » dont chaque croyant est une pierre vivante. L’Église est donc l’ensemble ou le rassemblement de tous les croyants rachetés par le précieux sang du Christ. C’est la « famille de Dieu », du Père céleste, le peuple qu’il choisit du milieu des Juifs et des nations pour porter Son nom.
Baptisés du Saint-Esprit le jour de la Pentecôte, ces croyants sont devenus un organisme vivant, le « Corps du Christ », dont Jésus est la Tête glorifiée dans le ciel. Chaque croyant sur la terre est un membre de ce corps et a comme tel une fonction à remplir.
Appelée également la « femme de l’Agneau », l’Église est envisagée comme « l’Épouse du Christ » pour laquelle il a donné sa vie. Comme telle, elle a sur la terre à lui être fidèle dans son témoignage et à se préparer pour la venue de Son Époux, Objet constant de ses désirs et de ses tendres affections.
Dans la première Épître à Timothée, l’Église est encore considérée comme étant ici-bas, la « Maison de Dieu », la colonne et le soutien de la Vérité. Dans ce dernier aspect, l’Église est vue dans sa responsabilité vis-à-vis du monde dans lequel elle séjourne, tout en n’étant pas du monde.
4. L’Église à la lumière des Actes et des Épîtres
Au début du ministère apostolique, les choses étaient bien simplifiées. Suivant l’ordre formel du Seigneur, les disciples prêchaient l’Évangile partout : dans le Temple de Jérusalem, dans les synagogues, sur les places publiques, à l’Aréopage d’Athènes ou dans une école louée. Les auditeurs que le Saint-Esprit convainquait de péché s’adressaient aux apôtres pour savoir ce qu’ils devaient faire. Par exemple, après la prédication de Pierre le jour de la Pentecôte, nous entendons les juifs s’écrier : « Que ferons-nous, frères ? » Nous connaissons la réponse : « Repentez-vous, et que chacun soit baptisé au nom de Jésus-Christ en rémission des péchés ; et vous recevrez le don du Saint-Esprit, car à vous est la promesse et à vos enfants et à tous ceux qui sont loin, autant que le Seigneur notre Dieu en appellera à Lui ».
Ces âmes ayant cru la Parole prêchée et ayant été baptisées, étaient ainsi ajoutées à l’Église du Seigneur (Actes 2.38-47). L’ordre que nous trouvons dans le passage cité plus haut est remarquable. C’est un ordre divin qui reste vrai pour tous les temps :
- prédication de l’Évangile
- acceptation de la Parole
- confession des péchés
- repentance
- baptême
- introduction dans l’Église
Étant ajoutées à l’Assemblée par le Seigneur, les âmes sauvées participaient automatiquement à tous les privilèges et aux responsabilités des croyants : ils persévéraient dans la doctrine, dans la communion des apôtres, dans la fraction du pain, dans les prières, la bienfaisance et le témoignage. Ainsi, les rachetés d’une localité, tous ceux qui s’étaient tournés vers le Seigneur, formaient une église locale, dont le Christ était le Chef. C’est à Antioche que pour la première fois les disciples du Christ, c’est-à-dire tous ceux qui confessaient le nom de Jésus et suivaient ses traces, furent nommés chrétiens.
5. La vie dans les Communautés
Le Nouveau Testament, tout en nous signalant déjà les désordres qui pouvaient régner dans les assemblées primitives, nous donne pourtant un enseignement précis sur ce que devait être une église normale, vivant dans la soumission au Seigneur.
En dehors de la prédication de l’Évangile, les croyants se rassemblaient en un même lieu pour rendre un culte au Seigneur, pour « annoncer sa mort » et en rappeler les glorieux résultats, pour s’édifier ensemble sur leur très sainte foi, s’entretenant par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels, chantant et psalmodiant de leur cœur au Seigneur. Ils jouissaient alors de la merveilleuse présence du Seigneur Jésus qui avait promis d’être là où « deux ou trois » se réuniraient en Son Nom (Matthieu 18.20). Sous la direction bénie et harmonieuse du Saint-Esprit, les dons qu’il avait distribués aux fidèles pouvaient librement s’exercer pour l’édification de tous. Quand chacun restait dans la dépendance du Seigneur, la présence de Dieu était si réelle dans le rassemblement des fidèles qu’un incrédule, entrant au milieu d’eux, était convaincu par tous et jugé par tous : les secrets de son cœur étaient rendus manifestes ; et ainsi, tombant sur sa face, il rendait hommage à Dieu, publiant que Dieu était véritablement parmi eux. Tout en étant uniquement responsable devant le Seigneur Lui-même pour sa marche et ses actions, une église locale se trouvait naturellement en communion avec d’autres églises locales marchant dans une même fidélité au Seigneur. Chaque assemblée unie au Seigneur portait dans sa localité le caractère du Corps du Christ tout entier. Elle vivait en paix avec les communautés des autres localités.
Si tous les membres d’une église étaient « des frères » et s’appelaient «frères», Dieu cependant, par le soin des apôtres en avait établi parmi eux « bergers » et « pasteurs » du troupeau. On ne voit pas que ces hommes fussent appelés à former une hiérarchie appelée un jour à dominer l’église. Au contraire, ces responsables restaient des « frères » au milieu de leurs « frères ». Conscients qu’une tâche particulière leur avait été confiée par le Seigneur, ils étaient les serviteurs de tous ; consacrés à leur Maître et aux soins du troupeau. L’apôtre Pierre lui-même, écrivant aux anciens des églises, pouvait dire : « Moi qui suis ancien avec eux ».
Les qualités et les attributions de ces hommes, appelés aussi surveillants, sont définies dans plusieurs épîtres. Ils paraissent avoir été régulièrement rétribués, selon le principe biblique que « l’ouvrier est digne de son salaire ». Menant une vie irréprochable, ils étaient les modèles du troupeau, leur existence étant complètement consacrée au Seigneur.
6. Un sacerdoce universel contrôlé
Ainsi, dans chaque église, si les dons du Saint-Esprit mentionnés dans l’Épître aux Corinthiens (ch. 12) pouvaient se manifester librement, et si les docteurs et pasteurs, dons du Seigneur à son Église, pouvaient exercer leur ministère pour l’édification de tous, des hommes étaient établis par Dieu comme responsables de la marche du troupeau.
De cette manière, le sacerdoce universel librement reconnu dans l’Église ne supprimait pas tout contrôle et toute direction et ne conduisait pas au désordre et à l’anarchie. Se soumettre à des anciens reconnus par toute l’assemblée et revêtant les caractères requis devait être un privilège et une joie pour les jeunes du troupeau.
Au temps des apôtres, bien que l’esprit de parti, de schisme et un penchant au sectarisme se manifestassent déjà, nous voyons donc que lorsqu’une âme se détournait des idoles pour servir le Dieu vivant et vrai, elle se joignait aux croyants de sa localité.
7. Les difficultés d’un nouveau converti
Dans l’Église primitive, mises à part les persécutions, il était relativement facile pour une âme née à la vie de Dieu de trouver « des frères » et de se joindre aux premières communautés ecclésiales.
Aujourd’hui, le nouveau converti doit faire face à des problèmes différents. La plupart du temps, celui qui accepte actuellement de reconnaître par une décision personnelle Jésus-Christ comme Sauveur et Seigneur de sa vie fait déjà partie, nominalement du moins, d’une communauté chrétienne, catholique, orthodoxe ou protestante dans laquelle il a été baptisé, catéchisé et même confirmé. Son baptême l’a fait membre d’une paroisse dont il suit plus ou moins régulièrement les offices ou les cultes. Fait bizarre à constater, dans plusieurs églises de formes et de traditions différentes, le rite du baptême par aspersion ou par immersion est devenu pour les uns et les autres, en dehors d’une signification dogmatique dissemblable, le registre de ces communautés.
Il est possible que le témoignage du nouveau converti soit compris dans son milieu comme une prise de conscience du merveilleux salut que le Christ a opéré pour lui par Sa mort et Sa résurrection. Toutefois, il faut prévoir aussi que les besoins spirituels plus intenses de cette âme soient l’objet de moqueries et que son expérience soit méprisée. Trop de gens d’églises se sont faits à l’image de leurs conducteurs spirituels dont certains sont devenus des fonctionnaires du culte et des cérémonies religieuses se résumant en ces actes principaux : baptêmes, catéchismes, homélies dominicales, mariages et enterrements.
Devant la froideur ou l’indifférence de son foyer spirituel naturel, il n’est pas étonnant qu’une âme affamée de communion spirituelle réelle cherche ailleurs sa nourriture, alors qu’elle n’avait jamais pensé quitter la communauté à laquelle elle se sentait attachée par ses traditions, son éducation et sa parenté. C’est dès cet instant qu’en dehors de tiraillements intérieurs cette âme sera confrontée avec d’autres difficultés extérieures.
8. Des faits incontestables
Il faudrait être aveugle pour nier la confusion dans laquelle se trouve la chrétienté à la fin de cet âge.
Si nous pouvons toujours affirmer qu’aux yeux de Dieu il n’existe qu’une Église, celle de Son Fils Jésus-Christ, nous devons admettre qu’à la face de tous les peuples, l’unité visible de cette Église est perdue.
Tout en se réclamant du même Seigneur, en dehors des grandes organisations ecclésiastiques nées des différents schismes qui jalonnent l’histoire de la chrétienté, il existe de nos jours une foule de communautés religieuses sans lien étroit entre elles et qui redoublent de zèle pour faire des prosélytes. Presque toutes ont la prétention d’avoir été suscitées par Dieu pour être, dans les derniers temps, « un témoignage fidèle » dans un monde où les églises officielles sont devenues multitudinistes et mondaines en même temps qu’inféodées à un système politique de gauche ou de droite.
À la vue d’un tel état de choses et en entendant des voix si discordantes présenter souvent un aspect d’une vérité qui est dans le Christ, le cœur qui vient d’expérimenter que « toute la plénitude de la divinité », c’est la Personne même de Jésus, doit être bien accroché au Seigneur pour ne pas tomber dans le découragement ou ne pas poursuivre sa route en solitaire.
9. Une situation annoncée par les Écritures
Une connaissance plus profonde de la Parole de Dieu nous ferait savoir que Jésus et les apôtres avaient annoncé qu’un temps semblable précéderait le retour du « Fils de l’homme ». La foi, l’espérance et l’amour seraient en plein déclin alors que la crédulité, l’illusion et le manque de charité atteindraient leur apogée.
Il suffirait de lire avec des yeux neufs, avec une mémoire sans grille et un cœur sans préjugé, les paraboles du Seigneur Jésus concernant le Royaume des cieux, et les avertissements des apôtres dans leurs épitres, pour savoir que la proclamation de l’Évangile n’allait pas changer le monde. Aujourd’hui, ce qui était prédit par le Seigneur et ses disciples est devenu pour nous des réalités quotidiennes.
Nous espérons que dans un jour proche des théologiens versés dans la critique biblique scientifique oublieront les données ancestrales d’une certaine exégèse, pour se soumettre simplement à la règle de l’analogie de la foi. Ils exposeront alors le sens véritable des paraboles de Jésus à nos contemporains. Mais, en attendant, le simple lecteur de la Bible peut constater déjà dans la parabole dite du Semeur, que sur quatre terrains où la semence est jetée, un seul produit de bons fruits. Il n’est donc pas question de la conversion du monde par la prédication de la Parole, c’est-à-dire par de plus grands efforts d’évangélisation.
De même, en lisant la parabole de l’ivraie, nous voyons Jésus nous avertir lui-même que dans le champ du monde où devaient se manifester les fils du Royaume, les enfants du Malin croîtraient ensemble. Donc, jusqu’à la fin de l’âge, nous devons nous attendre à voir dans ce monde un mélange de vrais et de faux croyants. Malgré sa vigilance, aucune église locale ne peut prétendre être un coin du champ où ne pousse que le bon grain.
En lisant la parabole du levain, il n’est pas nécessaire de savoir le grec pour comprendre que Jésus n’a pas pu identifier un morceau de pâte corrompue pour représenter l’Évangile. Toute la doctrine du Christ et toute l’histoire profane nous montrent que dans la pâte pure de l’Évangile, le levain, ce ferment contre lequel Jésus a toujours mis en garde ses disciples, a été subrepticement introduit. Certes, ce levain a fait lever toute la pâte qui est devenue ce pain dont nos peuples ne veulent plus, mais qu’assimilèrent autrefois toutes les nations païennes gouvernées par le premier empereur romain converti au christianisme. La conversion de Constantin eut pour résultat de faire, du christianisme persécuté, la religion officielle de l’État. Le grain de moutarde, faible semence, devenait un grand arbre dans les branches duquel « les oiseaux du ciel » ne tarderaient pas à venir habiter. Pas plus que dans le chapitre dix-huitième de l’Apocalypse, ces « oiseaux » de la parabole de Jésus ne peuvent être identifiés à d’authentiques enfants de Dieu.
10. L’apparition de la chrétienté
Sans porter un jugement sur la réalité de la conversion de Constantin, on peut admettre qu’avec lui naquit ce qu’on appelle encore « la chrétienté », c’est-à-dire les pays où le christianisme devait dominer. Depuis ce moment, on allait souvent confondre l’Église, Corps mystique du Christ, avec ce système politico-religieux se réclamant, malgré un tel mélange, de l’Évangile du Christ et de l’enseignement de ses apôtres. Si les terribles persécutions prenaient fin pour les disciples de Jésus, la profession chrétienne sans vie réelle allait voir le jour et jeter un voile sur la notion même de l’Église et sur ceux qui lui appartenaient par une véritable régénération de l’Esprit Saint, les engendrant par une semence incorruptible, la vivante et permanente Parole de Dieu. Le baptême administré à tous ne serait plus le signe de cette sainte opération, mais allait lui-même l’opérer. Désormais, la plus grande confusion régnerait là où tout devait rester simple et clair selon l’enseignement de Jésus et des apôtres.
Le développement anormal de l’Église visible par son association au monde et au pouvoir séculier lui fit perdre de vue sa vocation céleste. De tels liens la conduisirent peu à peu aux pires reniements et la firent jouer dans l’État un rôle qui n’était pas le sien. Devenue un système plus qu’un organisme vivant, ce qui se nommait encore l’Église s’organisa en puissance terrestre et temporelle en s’inspirant des structures régissant les Royaumes du monde et en reprenant à son compte des formes de la religion juive, qui ne pouvaient être en vigueur que jusqu’à la venue du Christ, par laquelle Dieu réformerait toutes choses. Une telle attitude amènerait l’Église à un abandon des vérités reçues comme venant de la Parole de Dieu, pour accepter de plus en plus des coutumes et des traditions humaines venant le plus souvent d’un paganisme épuré, amélioré sinon transfiguré par un vernis aux couleurs d’un christianisme dégénéré.
À force de compromissions, le christianisme, qui apportait la connaissance d’une Personne et d’une vie dans une relation directe avec Dieu, devint une religion de plus dans l’humanité, religion au nom de laquelle on allait justifier d’horribles massacres, de sombres et longues guerres sans parler d’abominations sans nom qui allaient donner les premiers coups mortels à la crédibilité du message de la chrétienté, sinon de l’Évangile lui-même.
11. De la Réforme à nos jours
Il ne faudrait pas noircir davantage le tableau que nous venons de faire de l’Église-chrétienté. Au travers des périodes les plus sombres, Dieu se maintint toujours des témoins fidèles, car, selon la promesse de Jésus faite à l’apôtre Pierre, l’Église, Corps du Christ, triompherait même du séjour des morts. Nous en avons la preuve par toutes les voix et toutes les œuvres qui s’élevèrent au sein même de l’Église pour faire revenir ceux qui professaient le christianisme à une vie plus pure, plus juste et plus sainte.
C’est de ces précurseurs que devaient surgir, à l’heure de Dieu, les hommes qu’on appelle aujourd’hui les réformateurs. C’était donc dans l’Église et de l’Église même qu’allait naître la Réforme. Hélas, la voix de ces hommes ne fut pas écoutée en haut lieu, et ce fut de nouveau le schisme avec son cortège de persécutions, de tortures, de bûchers, de prisons, de galères et d’exils volontaires.
En ce même temps, grâce à l’invention récente de l’imprimerie, la Bible traduite en langues vulgaires allait devenir le trésor d’une multitude d’âmes en détresse. C’est dans le Livre saint qu’elles découvraient lumière, consolation et promesse. D’autre part, comme le Seigneur l’a toujours fait quand ses enfants ne s’appuient plus sur le bras séculier, les dons surnaturels de l’Esprit Saint reparurent dans les Assemblées du désert et plusieurs connurent les charismes qui se manifestaient dans l’Église primitive.
Mais pourquoi fallut-il qu’après le temps heureux et fort du protestantisme persécuté, certains des descendants de ceux qui avaient souffert pour ramener une foi plus pure dans l’Église tombent dans le rationalisme et mutilent l’Écriture sainte ? Détournant la critique biblique de sa voie purement scientifique, beaucoup ne tardèrent pas à en faire un instrument négatif entre les mains de théologiens aux vues modernistes et qui ne demandaient qu’à saper l’autorité de la Bible et sa divine inspiration.
La réaction n’allait pas se faire attendre et, sous le nom de « Réveils », comme nous l’avons souligné plus haut, de nouvelles communautés virent le jour, toutes persuadées, malgré leur particularisme, d’être l’expression de l’Église véritable pour le temps présent.
Où est la vérité ? Qui sont vraiment nos frères et nos sœurs ?
12. Nos réponses en Jésus
À la recherche de nos frères et de la vérité, l’Esprit Saint ne peut nous conduire aujourd’hui qu’à Jésus.
Avec nous tous les jours jusqu’à la fin de l’âge, Jésus reste pour nous tous le seul chemin à suivre, la seule vérité à accepter et la seule vie à vivre. Ce n’est donc pas d’abord aux formes religieuses d’un temps révolu que nous devons regarder pour trouver la vérité, mais à une Personne dont la vie éternelle transcende tous les temps. Si le Seigneur a parlé à l’avance des heures sombres et des temps difficiles par lesquels devraient passer ceux qui se réclamerait de son nom, lui et ses apôtres ont pris soin de nous tracer un sentier où Dieu désire nous voir marcher dans les diverses époques du temps de l’Église.
En revenant à la Parole de Dieu, il ne s’agit pas pour nous de copier, d’innover ou d’inventer une Église pour un monde moderne, mais de discerner ce que Dieu attend de nous dans la société actuelle.
Le témoignage de l’Écriture est formel : si les temps changent, si la figure de ce monde passe avec ses convoitises, celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement (1Jean 2.17).
13. Un enseignement immuable
Aujourd’hui, toute âme régénérée doit premièrement « apprendre le Christ ». L’apôtre Paul fait suivre cette expression par ces paroles significatives : « Si du moins c’est bien de lui que vous avez entendu parler, si c’est lui qui vous a été enseigné, conformément à la vérité qui est en Jésus ! » (Éphésiens 4.20-21).
Selon les évangiles, l’œuvre précise du Saint-Esprit consisterait à prendre de ce qui est au Christ pour nous l’annoncer. Par la venue du Saint-Esprit, Jésus nous a donné la possibilité d’accéder à la vérité tout entière, c’est-à-dire à la pleine compréhension de la vérité, qui se manifeste intégralement dans le Fils incarné dont la vie et les paroles nous révèlent l’expression de la pensée de Dieu en toutes choses.
Aux premiers disciples qui crurent en lui, Jésus enseigna d’abord une voie sûre pour connaître l’origine de sa doctrine. Ainsi, il leur dira : « Si quelqu’un veut faire la volonté de Dieu, il saura si mon enseignement vient de Dieu ou si je parle de mon propre chef » (Jean 7.17). Puis le Seigneur précise à ceux qui ont cru en lui : « Si vous demeurez dans ma Parole, vous êtes vraiment mes disciples, vous connaîtrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres ». Et, plus loin, Jésus ajoute : « Si c’est le Fils qui vous affranchit, vous serez réellement libres » (Jean 8, 31-32 et 36).
14. La vérité est dans la liberté
Si la fraternité dans laquelle le Seigneur nous fait entrer quand nous le recevons pour Sauveur personnel comporte des responsabilités, des charges et des devoirs réciproques, elle ne saurait en aucune manière nous priver de notre liberté en Christ et nous contraindre à suivre des préceptes humains ou des principes et des commandements sectaires.
Où est la vérité ? Elle n’est pas dans un lieu géographique ou dans un ensemble de dogmes religieux. La vérité est dans une Personne, en Christ. Et c’est en lui que nous avons à marcher dans la liberté à laquelle nous avons été appelés, liberté qui ne donne aucune prise à la chair (Galates 5.13). Quand on se tourne vers le Seigneur, bien des voiles tissés par les hommes et nous empêchant de voir le vrai visage de nos frères, tombent, « Car, dit l’Écriture, le Seigneur c’est l’Esprit, et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté. Et nous tous qui, le visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, allant de gloire en gloire, comme de par le Seigneur qui est Esprit » (2Corinthiens 3.16-18).
Où sont donc nos frères ? En tous ceux qui ont les yeux fixés sur Jésus et Jésus seul. Pour les connaître avec certitude, il suffit de suivre le regard du Christ se posant sur ses auditeurs alors que les membres de sa parenté naturelle le cherchaient. À ce moment, Jésus précise qui sont les siens : « Voici ma mère et mes frères. Quiconque fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma sœur, ma mère » (Marc 3.31-35).
15. La vérité est dans l’Unité
Si la vérité se manifeste dans la liberté, elle trouve aussi son expression dans l’Unité. Dans ce domaine, le témoignage de l’Église visible est en ruine. Mais souvenons-nous que, dans les conseils de Dieu, l’Église du Christ reste l’Église et que, dans le ciel, Jésus, Tête de Son Corps qui est l’Église, ne peut pas changer. C’est donc lui qu’une fois encore nous voulons contempler par les yeux de notre foi, dans la certitude qu’un Jour le Seigneur présentera à Son Père Son Église qu’il a tant aimée, et pour laquelle il s’est livré, voulant ainsi la rendre sainte en la purifiant avec l’eau qui lave et cela par la Parole. C’est ainsi qu’il se la présentera splendide, sans tache ni ride ni aucun défaut, « la voulant sainte et immaculée » (Éphésiens 5.25-27).
Frères bien-aimés, détournons un peu nos yeux de la terre et apprenons à considérer davantage l’Église des conseils de Dieu, dans les lieux célestes. Ainsi, nous ne perdrons pas courage, sachant aussi que, pour la terre, le solide fondement de Dieu demeure, ayant ce sceau : « Dieu connaît ceux qui sont à lui » (2Timothée 2.19).
Quel bonheur pour le croyant de savoir une telle chose ! Au sein de la confusion religieuse actuelle, nous n’avons pas à arracher ce que nous pensons être l’ivraie dans le champ. Ce travail se fera en un autre temps et par d’autres que nous. Réjouissons-nous donc qu’au sein d’un tel mélange, Dieu n’oublie aucun de ses enfants, qu’il les aime tous de la même manière et qu’il répondra fidèlement à leurs besoins jusqu’au bout de la course.
Cependant, si le croyant n’a pas à arracher l’ivraie, il lui sera pourtant donné de pouvoir marcher avec ceux que le Seigneur reconnaît pour les siens. La Parole définit ainsi le caractère du vrai disciple : « Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur » (2Timothée 2.19). Selon les Écritures, l’iniquité c’est le péché, c’est-à-dire une marche sans loi et sans frein ; c’est la violation répétée et volontaire de la Parole de Dieu. Selon l’apôtre Jean, nous ne saurions nous tromper, car « celui qui pratique le péché est du diable » (1Jean 3.8).
L’unité réelle des enfants de Dieu ne peut se manifester au monde que dans une séparation d’avec le mal sous toutes ses formes (Jérémie 15.19).
16. La vraie séparation
Pour illustrer le témoignage que nous avons à rendre dans ce monde, Paul compare la chrétienté à une grande maison dans laquelle il n’y a pas seulement des vases d’or et d’argent, mais aussi de bois et d’argile. Les uns servent pour un usage noble, et les autres pour un usage vulgaire. Si quelqu’un se purifie des souillures dont Paul a parlé, il sera un vase noble, sanctifié, utile au Maître, propre à toute œuvre bonne (2Timothée 2.20-21).
Paul ne nous dit pas de sortir de la grande maison, ce qui équivaudrait à nous rendre complètement inutiles pour le témoignage que nous avons à rendre dans la chrétienté, où l’on rencontre constamment le mélange entre les enfants de Dieu fidèles et les simples professants n’ayant que la forme de la piété, tandis qu’ils en ont renié la puissance. Mais comment les distinguer ? À leur marche dans ce monde. Dans une grande maison, la qualité des vases ne se fait pas tellement connaître par leur apparence extérieure, mais surtout par leur contenu. Si notre vie intérieure est en Jésus, alors nous pourrons poursuivre « la foi, l’amour, la justice et la paix avec tous ceux qui invoquent le nom du Seigneur d’un cœur pur » (2Timothée 2.22). Et ceux dont le cœur est pur voient Dieu, et par conséquent reflètent le Seigneur dans leur vie, étant d’accord de poursuivre avec leurs frères en Christ « la foi, l’amour, la justice et la paix ».
La véritable unité des enfants de Dieu n’est pas à créer, mais à manifester. Cette unité est celle du Saint-Esprit qui unit le Père et le Fils. En nous, cette unité se manifeste par l’amour dont nous sommes aimés de Dieu, par la mission que Jésus nous confie et par l’avenir que le Père céleste nous réserve. Toute notre vie se passe comme étant en Christ et, si nos activités ne sont pas nécessairement les mêmes, tous nos gestes sont coordonnés par l’Esprit du Seigneur. Selon l’apôtre Jean, nous trouvons la communion avec nos frères, non pas en les recherchant dans telle ou telle communauté. Il est même possible qu’à cause de certains hommes qui veulent tout régenter, nous ne soyons pas reconnus par telle ou telle Église. Une communauté peut refuser de nous recevoir ou empêcher ceux qui voudraient nous accueillir. Nous pouvons même être chassés d’un milieu dit chrétien (3 Jean 9-10).
Pour Jean, notre communion les uns avec les autres se manifeste quand nous marchons dans la lumière comme Dieu est dans la lumière. Dans ce chemin où tout est clarté et transparence, notre communion avec le Père et son Fils Jésus-Christ a sa manifestation dans notre communion les uns avec les autres, le sang de Jésus-Christ nous purifiant de tout péché (1Jean 1.6-7).
Ainsi, pour revenir à l’image de Paul, se purifier des vases vils ne saurait en aucune manière signifier se séparer d’enfants de Dieu, de bien-aimés frères dans le Christ. Un chrétien est un vase qui contient le Christ. Un vase vil n’a pas le Christ. C’est par l’usage qui est fait de notre vie que Dieu manifeste publiquement si nous sommes des vases d’honneur ou des vases vils. Quel usage faisons-nous de notre vie ?
17. Là où est le Christ, là se trouve l’Église
Si nous acceptons pour l’Église Corps du Christ une croissance dans la foi et la connaissance de Dieu, nous devons admettre que l’Église d’aujourd’hui ne peut plus être absolument semblable dans ses structures à l’Église primitive. Toutes les tentatives faites au cours des siècles pour restaurer l’Église dans l’état où elle se trouvait au commencement ont misérablement échoué et n’ont fait que multiplier les divisions entre frères.
La vérité concernant l’Église ne se trouve ni dans l’ancienneté, ni dans le nombre, ni dans les formes et les structures. La vérité est en Jésus qui a pu dire : « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux » (Matthieu 18.20). C’est dans le rassemblement de deux ou trois croyants unis dans la prière que se trouve la notion biblique de l’Église, Église à laquelle appartiennent tous les privilèges du plus grand corps ecclésiastique. Dans la diversité des milieux chrétiens, si aujourd’hui il nous est difficile de voir clair, prions le Seigneur Jésus de nous conduire là où il nous a préparé une place où nous pourrons accomplir sa volonté et lui demeurer fidèles au sein de la grande apostasie qui vient et du rejet de plus en plus ouvert des vérités du christianisme et du Christ lui-même.
Et là, pour encourager nos cœurs, saluons au travers de l’histoire douloureuse de l’Église, tous les vases d’honneur qui ont porté le beau Nom de Jésus, depuis les apôtres jusqu’à nos jours.
18. Dans le Christ total
Au sein de la confusion religieuse actuelle, la recherche sincère de la vérité et le désir de rencontrer nos « frères en la foi » (Galates 6.10) nous ont conduits non pas premièrement vers une dénomination particulière, mais à Jésus, une Personne, au Christ en qui se trouvent tous nos frères.
Parlant des diverses manifestations que le Saint-Esprit donne en vue du bien de tous, l’apôtre Paul écrit : « En effet, le Corps est un, et pourtant il y a plusieurs membres ; mais tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps ; il en est de même du Christ. Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit pour être un seul corps, Juifs et Grecs, esclaves ou hommes libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit » (1Corinthiens 12.12-13).
Depuis l’Ascension du Christ ressuscité et l’effusion du Saint-Esprit à la Pentecôte, le Christ total, c’est la Tête glorifiée dans le ciel et tous ceux qui lui appartiennent et qui sont membres d’un seul Corps, lors même qu’ils n’en manifestèrent pas toujours l’unité ou qu’ils n’en aient pas eu constamment conscience au cours des siècles de l’histoire de l’Église. Mais la faiblesse humaine, comme nos manquements et nos incompréhensions ne peuvent annuler la fidélité de Dieu ou empêcher son divin conseil de s’accomplir dans le temps présent.
19. Le terrain du Calvaire
Il n’est pas possible de suivre Jésus de près sans rejoindre ceux qui aujourd’hui encore sont animés du même désir, lors même qu’ils viennent d’un milieu différent du nôtre. S’il y a plusieurs chemins pour nous amener à rencontrer Jésus et à connaître sa doctrine, lorsque nous l’acceptons pour maître, il ne reste plus pour ceux qui veulent demeurer proches de lui, qu’à mettre leurs pas dans les traces que Jésus a laissées en marchant vers Golgotha. Toute intimité avec le Seigneur nous conduit à la Croix.
C’est là, sur le terrain du Calvaire, que notre orgueil et nos prétentions s’écroulent. Là nous apprenons la vérité sur Dieu, sur nous-mêmes et sur les autres. Là seulement notre Père des cieux peut nous révéler l’œuvre parfaite de la Rédemption qu’il a opérée pour nous en son Fils bien-aimé.
À la croix, Jésus n’est pas mort uniquement pour expier nos péchés, tel l’Agneau de Dieu qui devait ôter le péché du monde. Le Christ a également donné sa vie comme le Bon Berger pour sauver et rassembler ses brebis en un seul troupeau. Par sa mort, Jésus voulait « réunir en un seul corps les enfants de Dieu dispersés ». Et non seulement cela, mais par les Écritures, nous découvrons qu’à la croix, Jésus devait nous entraîner avec lui dans sa mort, afin qu’étant morts à nous-mêmes, nous soyons libérés du joug de la Loi et délivrés de la puissance du péché à laquelle nous étions asservis. Puis, incorporés au Christ dans sa résurrection, notre vie nouvelle ne se passerait plus sous la Loi, mais sous la grâce dont nous recevrions les divins enseignements. Autrement dit, « ensevelis avec le Christ par le baptême en sa mort, devenus une même plante avec lui par la conformité à sa mort, nous le serons aussi par la conformité à sa résurrection » (Romains 6.1-13).
Ce sont ces faits, acceptés dans la foi, qui nous rendent proches par le Saint-Esprit de tous ceux qui, au travers des âges, ont porté dans leur être entier le nom de Jésus.
20. Une nuée de témoins
Dans toutes les époques de l’ère dite chrétienne, depuis les apôtres jusqu’aux témoins les plus obscurs ou les mieux connus de ces derniers siècles, Dieu a toujours reconnu les siens à leur identification au Christ dans sa mort et sa résurrection.
Ne s’étant pas contentés d’une simple croyance ni d’une adhésion intellectuelle à la doctrine du Christ considérée comme une belle idéologie, mais ayant reçu le Seigneur dans la foi, ils devinrent membres du Corps du Christ, qu’ils soient nés dans le catholicisme, en milieux orthodoxes ou au sein des différentes dénominations du protestantisme. Dans ces grands systèmes religieux et dans tous les milieux qui ont dû (ou cru devoir) s’en séparer pour former de nouvelles communautés, comme parmi les personnes que ces derniers groupements rejetèrent ou exclurent de leur sein, « Dieu connaît ceux qui lui appartiennent ».
Dans un monde dont la figure passe, ce qui compte aux yeux du Seigneur c’est que ceux qui se réclament de son nom fassent la volonté de Dieu. Portant en eux ce cachet de la vie éternelle, ce qui a toujours été le plus important pour eux, ce n’est pas d’avoir été baptisés enfants ou adultes, mais de vivre tous les jours la signification profonde de leur baptême, cette mort avec le Christ, pour être, par la manifestation de sa vie, une nouvelle création.
Ainsi, malgré tout, le Christ fut glorifié par des individus séparés peut-être les uns des autres aux yeux des hommes, par des expériences, des formes ou des expressions de piété différentes. Tous cependant et à travers bien des obscurités ont aimé le Christ, Tête du Corps auquel ils appartenaient authentiquement.
Aujourd’hui encore, Jésus veut être magnifié, car jamais il n’a cessé d’avoir des témoins vivants qui, semblables aux 7000 hommes du temps d’Élie le prophète, ont refusé de ployer les genoux devant tous les Baals de l’ère chrétienne.
L’Église, la véritable Église, Une, Sainte, Universelle et Apostolique, c’est le Christ total, même si ceux qui prétendent représenter officiellement ou officieusement le Seigneur ont pu dégénérer, ou s’écarter de « la simplicité quant au Christ ». Jamais les membres du Corps de Christ n’ont été identifiés aux yeux de Dieu à l’ivraie ou à la partie du champ dans lequel leur temps, leur naissance, leurs lumières ou leur degré de foi les obligea à vivre. « Ils étaient dans le monde, mais n’étaient pas du monde ».
C’est à cette nuée de témoins dont Dieu a connu « les actes et les pensées » que le croyant se sent lié aujourd’hui, et c’est avec ceux qui veulent suivre les traces de Jésus qu’il doit marcher, chacun cherchant à promouvoir dans son milieu traditionnel et dans sa propre communauté locale un amour procédant d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère un amour aux dimensions du cœur du Christ, amour dont la longueur, la largeur, la profondeur et la hauteur surpassent toute connaissance. Alors nous vaincrons la haine, le sectarisme et cette peur criminelle que nous avons les uns des autres. C’est en regardant au sang de l’Agneau et en lui rendant témoignage que nous triompherons de Satan, « l’accusateur de nos frères ». C’est là, dans les lieux célestes que s’ouvre pour nous le champ de bataille du véritable œcuménisme spirituel visant à la vraie unité chrétienne pour laquelle Jésus a prié de toute son âme.
21. Nul ne peut servir deux maîtres
Chrétiens, ne glissons pas vers le monde et ses pratiques tout en prétendant avoir la meilleure notion de l’Église. Rappelons-nous dans notre vie quotidienne qu’il est des choses dont Dieu ne s’accommode pas, quand bien même nous nous y serions adaptés. C’est dans une vraie séparation de l’iniquité et non de ses frères que le chrétien sert Son Maître. Dans la lumière, il marche en communion avec Dieu et tous ceux avec lesquels Dieu se trouve en communion. Et qui sont ces derniers ? Selon les Écritures, « quiconque » entend la Parole de Dieu et reçoit le Christ par la foi devient « enfant de Dieu » (Jean 1.12). Un même Père est donné aux croyants, quelles que soient leur race, leur langue ou leurs religions de naissance. Nés de Dieu en Jésus, ils sont devenus des frères, le Christ leur ayant révélé le Père, par la volonté duquel ils ont été engendrés à une vie nouvelle. Ainsi, la communion les uns avec les autres est vraiment fraternelle. Dans le Christ, l’unité n’est pas faite de relations forcées, de statuts à signer ou d’une organisation à laquelle il faudrait adhérer.
L’Église n’est pas une société née de concessions ou d’arrangements humains. L’Église est un organisme vivant où les rachetés du Christ découvrent par une conversion intérieure qu’ils ont la même origine, la même vie, la même mission et la même destinée. Oui, Dieu a tout fait pour que ses enfants manifestent dans ce monde une unité d’amour semblable à celle qui règne entre lui et Son Fils unique. Et cette unité est celle de Son Esprit que nous sommes appelés à garder par le lien de la paix.
22. Une exhortation nécessaire
Selon l’apôtre Paul, 7 piliers servent de soutien à l’unité des chrétiens entre eux. Il les énumère dans cet ordre : « Il y a un seul Corps et un seul Esprit, de même que votre vocation vous a appelés à une seule Espérance ; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ; un seul Dieu et Père de tous, qui règne sur tous, agit par tous et demeure en tous » (Éphésiens 4.1-6). Le cœur rempli de telles vérités, l’apôtre exhorte les Éphésiens à accorder leur vie à l’appel qu’ils ont reçu en toute humilité et douceur, avec patience, se supportant les uns les autres dans l’amour, s’efforçant de conserver l’unité de l’esprit par le lien de la paix.
Cette manifestation visible de l’unité des croyants entre eux est hautement désirable. Jésus l’a demandée à Son Père pour les siens, afin que le monde croie qu’il était vraiment l’envoyé de Dieu (Jean 17.21). Ce témoignage de la communion des chrétiens entre eux est le plus grand moyen d’évangélisation du monde. C’est pourquoi l’unité de l’esprit est sans cesse menacée par l’orgueil, la dureté de cœur, l’impatience, le manque de support et d’amour des membres de nos communautés ecclésiales.
Cela se comprend aisément. Il en est du Corps du Christ comme du corps humain. Tous les membres n’ont pas la même fonction, mais tous ont besoin les uns des autres. Tous n’ont pas les mêmes dons ni la même mesure de connaissance, de foi et de spiritualité. Chaque âme a sa sensibilité propre et la même compréhension des choses ne va pas toujours de soi.
Ayons égard aux réactions des autres, estimant notre prochain supérieur à nous-mêmes. Souvenons-nous également qu’il y a des brebis faibles dans le troupeau. Le Seigneur nous invite à les porter comme Il nous exhorte à soigner et à panser les brebis malades ou blessées et à ramener celles qui ont pu s’égarer. Sans nous ingérer dans les affaires d’autrui, nous avons à veiller constamment sur le bien des autres en nous oubliant nous-mêmes. Et s’il nous arrive de penser que nous savons quelque chose, rappelons-nous qu’ici-bas nous ne connaissons pas encore comme il faudrait connaître. En revanche, « si quelqu’un aime Dieu, il est connu de lui » (1Corinthiens 8.3).
[dt_quote type= »pullquote » layout= »right » font_size= »big » animation= »none » size= »1″]Quand une divergence de vue surgira entre nous et nos frères, une saine humilité nous gardera d’imposer à tout prix notre pensée. Toute pression, toute contrainte, toute violence intellectuelle, toute tentative visant à dominer l’âme des autres pour les amener à partager notre opinion est contraire à l’enseignement de la Parole.[/dt_quote]
Après nous avoir montré le but vers lequel il court, l’apôtre Paul écrit cette phrase qui reste normative pour nous : « Nous tous donc qui sommes parfaits, ayons ce sentiment et si en quelque chose vous avez un autre sentiment, cela aussi Dieu vous le révélera ; cependant, dans les choses auxquelles nous sommes parvenus, marchons dans le même sentier » (Philippiens 3.15-16).
23. Une règle simple
Que nul de nous ne cherche à avoir raison ou à entraîner des disciples de Jésus à partager une interprétation particulière sur des points que l’Écriture n’explicite pas. Ne nous laissons ravir à aucun prix notre liberté de conscience, tout en gardant toujours en vue notre unité en Christ. Revenons sans cesse au Centre, à la Personne du Christ, jusqu’à ce que lui-même nous donne sa lumière. Et, dans cette attente, continuons à marcher ensemble en lui, le Crucifié, le Ressuscité, le Glorifié. Alors nos divergences s’estomperont et chacun trouvera en Jésus les mêmes consolations, le même soulagement d’amour, la même communion de l’Esprit, la même tendresse et les mêmes compassions pour poursuivre la course en n’ayant qu’un but : la gloire de Dieu !
24. Un mot d’explication
Au terme de la publication de quelques extraits d’un texte inédit écrit il y a 30 ans, nous éprouvons le besoin d’exposer brièvement à nos lecteurs l’état d’âme dans lequel nous nous trouvions quand, seul à Londres, nous remplissions trois cahiers fixant nos convictions concernant l’Église, Corps du Christ. À 30 ans, il est impossible de ne pas penser à Jésus qui, à cet âge, sortait de son silence et commençait son ministère. Pour nous, ne sachant pas ce que serait notre lendemain, nous crûmes utile d’écrire pour nos descendants les pensées intimes qui habitaient notre cœur après la grande épreuve que nous venions de subir. Si ces textes étaient publiés un jour, ils pourraient « servir de témoignage » et aider d’autres âmes à traverser une affliction quelque peu semblable à la nôtre.
En pleine crise spirituelle et en considérant tous les événements que nous venions de vivre, nous nous laissions remettre en question par le Seigneur et repassions toutes nos convictions au crible de l’Écriture sainte. À l’heure où l’on se voit jugé, condamné, rejeté et abandonné par des êtres qui nous demeurent infiniment chers, seul le Dieu de toute consolation, le Père des miséricordes peut nous réconforter et nous montrer le chemin où nous avons à marcher afin de le glorifier au sein même de nos détresses.
Comment pouvions-nous savoir que 30 ans plus tard nous serions encore debout par la grâce de Dieu, nous efforçant d’être humblement pour tous les hommes, non le serviteur d’un milieu dit évangélique , mais « un homme en Christ », disponible dans la main de Dieu pour porter le témoignage de Jésus partout où le Seigneur voudrait diriger nos pas ?
Il n’était pas plus facile hier qu’aujourd’hui de transcender toutes les dissensions et les divisions ecclésiales, pour parvenir au cœur du message évangélique afin d’aimer tous ceux que le Seigneur reconnaît pour les siens dans les différents systèmes de la chrétienté.
25. Rien d’extraordinaire
Les messages que les lecteurs de ce journal auront pu considérer sous la rubrique Pour servir de témoignage n’ont rien d’extraordinaire et n’apportent aucune idée nouvelle. Ils reflètent simplement à la lumière des Écritures, les convictions qui sont encore les nôtres après 30 ans. Les questions que nous nous posions à Londres au sujet des âmes nouvellement nées à la vie de Dieu et recherchant une communauté spirituelle préoccupent encore un grand nombre de croyants. C’est pourquoi nous avons cru utile de partager avec tous nos frères cette vision de l’Église, Corps du Christ, afin d’aider les nouveaux convertis à trouver un foyer spirituel où ils pourront grandir et s’épanouir librement dans le Seigneur et dans Sa Parole.
Toujours vivante et permanente, l’Écriture sainte reste l’instrument de choix du Saint-Esprit pour amener les enfants de Dieu dispersés à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l‘état d’hommes faits, à la mesure de la stature parfaite du Christ (Éphésiens 4.13).
26. Une sérieuse mise en garde
Si, personnellement, nous n’avons pas été conduits à nous joindre à une dénomination particulière et si nous avons cru devoir rester « le frère de la rue », il serait faux de conclure que tous doivent imiter un tel exemple. C’est pour obéir à une vocation précise que, une fois rejeté de notre communauté et de toutes celles qui partageaient les mêmes vues, nous ne vîmes pas notre chemin de nous engager dans un autre système religieux.
Même « sur le trottoir », nous croyions demeurer le frère de ceux qui nous avaient exclus, et nous ne voulions pas consacrer leur excommunication en sortant de la position dans laquelle ils nous avaient placés « au nom du Seigneur ». Si la responsabilité de la décision de nos frères demeure entière sur ceux qui l’ont prise ou qui pratiquement la ratifient encore aujourd’hui, Dieu manifestera peut-être un jour qu’il permit cette attitude pour accomplir sa volonté à notre égard. Par ce dur sentier, le Seigneur ne voulait-il pas nous libérer de principes devenus sectaires et nous amener à une dépendance plus totale de lui ? Pour vivre selon les convictions intimes que nous donnait la Parole de Dieu concernant les croyants formant le Corps du Christ, ne devions- nous pas payer ce prix ?
Cette vision de notre unité en Christ devait nous garder d’un isolement funeste, car l’Esprit de Dieu nous rappelait la Parole du Seigneur au sujet de la créature humaine : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ». L’aide qui pouvait nous correspondre et avec lequel nous serions appelés à vivre, c’était l’Église, le Christ total comprenant la Tête et les membres de son Corps. Durant ces 30 années et aux heures les plus difficiles, alors que la tentation nous prenait de nous éloigner d’un groupe religieux ou de nous isoler pour rendre seul notre culte à Dieu, comme un clairon ce texte des Proverbes résonnait à l’oreille de notre cœur : « Celui qui se tient à l’écart recherche ce qui lui plaît. Il conteste contre toute sagesse » (Proverbe 18.1). Nous n’allions pas vivre en chrétien indépendant. Acceptant d’être en contact avec toutes les âmes vers lesquelles le Seigneur nous enverrait, nous n’avions pas à savoir autre chose parmi elles que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié, ressuscité, glorifié et prêt à revenir. Pour cela, il était nécessaire de laisser toutes nos pensées se former et se réformer par la Parole de Dieu.
27. Dans les traces de Jésus
Les choses étant ce qu’elles sont dans la chrétienté, n’avons-nous pas tous besoin de revenir aujourd’hui à Jésus, de contempler son exemple afin de suivre plus fidèlement ses traces ? Retrouvant dans Sa Parole son divin enseignement, nous serons de plus en plus animés des sentiments qui remplissaient son cœur pour tous les siens et pour tous ceux que le Père continue à lui donner du monde. À l’école de celui qui était doux et humble de cœur, nous découvrirons quel comportement nous devons avoir à l’égard de tous nos frères. Parlant aux païens de Césarée, l’apôtre Pierre disait de Son Maître : « Il allait de lieu en lieu faisant du bien et guérissant tous ceux qui étaient sous l’emprise du diable, car Dieu était avec lui » (Actes 10.38).
Et pendant que Pierre parlait ainsi, indépendamment de toutes les réticences que l’apôtre pouvait avoir vis-à-vis de ses auditeurs, le Saint-Esprit tombait sur eux, avant même qu’ils aient fait une confession quelconque ou réclamé le baptême d’eau au Nom du Seigneur Jésus !
Étant déjà par la foi identifiés au Christ glorifié, apprenons à regarder « les choses de la terre » d’où le Christ lui-même les contemple. Vues des sanctuaires de Dieu de qui et par qui et pour qui sont toutes choses, l’Église du Seigneur nous apparaît bien différente de l’image que nous en donnent les hommes et les diverses confessions auxquelles ils se rattachent.
28. La prière de la foi
Devant notre impuissance à réaliser à l’heure actuelle l’unité des enfants de Dieu telle que Jésus l’a demandée à Son Père, ce qui nous paraît essentiel c’est d’amener dans tous leurs milieux ceux qui aiment le même Jésus à exposer à Dieu leur souffrance au sujet des divisions. Si tous pouvaient dire :
[dt_quote type= »pullquote » layout= »right » font_size= »big » animation= »none » size= »1″]Seigneur éclaire-nous et montre-nous les obstacles qui en nos cœurs nous empêchent de nous recevoir les uns les autres comme le Christ nous a reçus à la gloire de Dieu. Amène-nous, ainsi que tous ceux dans le cœur desquels tu vis, à une souffrance intolérable, afin qu’il nous devienne impossible d’ignorer nos frères en la foi, appartenant à une autre dénomination. Apprends-nous à cesser de juger les autres ou de rappeler le péché des autres alors que ton amour couvre nos propres défaillances. Ne permets plus que les péchés des pères agacent les dents des fils et qu’au nom de la foi de nos pères nous maintenions à tout prix les barrières que les divisions de leur temps ont créées et qui subsistent entre ceux qui vivent et qui t’aiment aujourd’hui. Que nous ne puissions plus vivre dans la négation de l’unité du Corps du Christ tout en professant la garder ! Amen.[/dt_quote]
29. Vouloir le bien des âmes
En attendant, que pouvons-nous dire à une âme nouvellement née à la vie de Dieu et voulant suivre Jésus ? « Va dans ta maison, vers les tiens, et raconte-leur tout ce que le Seigneur t’a fait et comment il a eu pitié de toi » (Marc 5.19).
Cette maison, c’est aussi le milieu spirituel dans lequel nous avons vu le jour et tous ceux qui nous ont enseigné. Personnellement, Dieu ne nous demande pas d’instruire premièrement une âme en lui apprenant toutes les erreurs de son milieu, mais de lui enseigner « tout le conseil de Dieu » (Actes 20.27) afin de remplir son cœur de l’amour de Jésus-Christ pour tous les hommes. Si le témoignage de cette âme est reçu parmi les siens, elle sera en édification à plusieurs qu’elle amènera plus près du Seigneur. Si au contraire son témoignage est repoussé, il sera temps pour elle de rechercher à la lumière des Écritures la communauté spirituelle où elle se verra accueillie et aimée en Jésus, pouvant vivre selon les lumières reçues et grandir dans la communion fraternelle.
Dans le temps actuel, il n’y a pas une dénomination qui soit à elle seule dans la vérité alors que toutes les autres seraient dans l’erreur. Respectons le cheminement de Dieu dans toutes les âmes et dans un désintéressement absolu, réjouissons-nous de voir une âme se joindre à la communauté où elle peut vraiment s’épanouir dans l’amour du Seigneur et de son prochain. Là où l’âme éprouve que son Seigneur est honoré, qu’il occupe la première place, là où elle peut prier et communier à la Table du Seigneur dans la dignité et la vérité, là où elle peut accomplir les bonnes œuvres que Dieu a préparées pour qu’elle les accomplisse, là peut être sa place.
Là où le Christ remplit les cœurs de son amour, qui est la vérité, là est l’Église, indépendamment du nom que porte cette dénomination. Partout où se trouve un lieu où est invoqué le nom du Seigneur, nous n’avons pas le droit de travailler en ignorant l’existence de ceux que le Seigneur appelle « ses frères ».
En disant cela, nous ne faisons pas bon marché des droits du Seigneur, mais nous affirmons qu’aujourd’hui encore Dieu peut par le contact des vrais chrétiens entre eux, parler au monde incroyant et faire par les membres de Son Église, infiniment plus que tout ce que nous pouvons espérer ou penser.
À lui la gloire dans l’Église, aux siècles des siècles ! Amen.
Gaston RACINE
Londres 1947

























