LE CHRIST INCONNU
GASTON RACINE
1958
TABLE DES MATIÈRES
PRÉFACE
Les messages publiés dans ce livre – y compris ceux qui forment l’introduction – contiennent la substance de quelques prédications faites à Lausanne, puis à Paris en 1954. C’est à Fiesole, l’endroit le plus ravissant des environs de Florence, qu’au soir d’une chaude journée d’été je reçus, pour la première fois, l’ordre précis de parler à mes frères des scènes décrites par Jésus dans le jugement des nations.
Dieu ayant béni les six tableaux du CHRIST INCONNU pour le réveil, la consécration, la sanctification et l’unité des chrétiens, il nous a paru utile – sur demande de plusieurs – de livrer l’essentiel de nos méditations à ceux qui ont faim et soif d’un Jésus tout proche de leurs yeux, de leurs oreilles, de leurs mains, de leur cœur.
Profondément convaincu que tous les problèmes de l’évangélisation du monde trouvent leur solution dans l’édification et le réveil des chrétiens, nous offrons également ces pages à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, se réclament encore de ce nom.
Pour conserver leur force d’appel à nos prédications, et rendre plus sensible le lien qui les unissent, nous n’avons pas cru devoir supprimer certaines répétitions, et nous avons gardé les caractères du style parlé.
Dans le désir de conduire nos lecteurs à la source de nos pensées, et de les inciter à transformer la lecture de ces exposés en véritables heures de culture biblique, nous avons indiqué les nombreuses références qui forment la toile de fond de nos méditations.
Et maintenant, que ces messages reçus aux pieds du Maître trouvent le chemin des cœurs, sauvent des pécheurs, et servent ainsi la seule cause et le seul Nom du Roi qui vient : Jésus, le grand Libérateur.
Gaston RACINE
Nice, juin 1958
Lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges, il s’assiéra sur le trône de sa gloire. Toutes les nations seront assemblées devant lui. Il séparera les uns d’avec les autres, comme le berger sépare les brebis d’avec les boucs ; et il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche.
Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli ; j’étais nu, et vous m’avez vêtu ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus vers moi.
Les justes lui répondront : Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, et t’avons-nous donné à manger ; ou avoir soif, et t’avons-nous donné à boire ? Quand t’avons-nous vu étranger, et t’avons-nous recueilli ; ou nu, et t’avons-nous vêtu ? Quand t’avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi ?
Et le roi leur répondra : Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites.
Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits ; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais étranger, et vous ne m’avez pas recueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas vêtu ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.
Ils répondront aussi : Seigneur, quand t’avons-nous vu ayant faim, ou ayant soif, ou étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et ne t’avons-nous pas assisté ?
Et il leur répondra : Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous n’avez pas fait ces choses à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne les avez pas faites. Et ceux-ci iront au châtiment éternel, mais les justes à la vie éternelle.
Évangile de Matthieu, chapitre 25.31-46
INTRODUCTION
Les hommes aujourd’hui sont dans l’attente. Nous n’essayerons pas d’analyser longuement cette attente, car si universelle qu’elle soit, elle varie à l’infini dans son objet. Pour les uns, nous allons inévitablement au devant d’une nouvelle guerre plus effroyable que les précédentes. Si toutefois ce terrible cataclysme n’était pas déclenché cette année, d’aucuns prévoient de nouvelles révolutions, de nouveaux troubles à l’intérieur des nations.
D’autres, plus optimistes, attendent fermement la paix, cette paix durable qui doit donner au monde une ère de prospérité, grâce à la mise en commun de toutes les ressources des peuples et à l’emploi des dernières inventions utilisées à des fins pacifiques.
Parmi les chrétiens, un nombre toujours croissant d’âmes vivent dans l’attente d’un grand réveil religieux. Pour y tendre et le voir éclater, on organise de plus en plus l’œuvre de Dieu. On sort des chemins battus. Des méthodes de travail nouvelles et hardies, des moyens financiers importants sont employés pour faire connaître et triompher l’Évangile.
Pour les uns, le réveil sera avant tout la réalisation de la grande espérance œcuménique, l’unité des églises ; pour les autres, une extraordinaire moisson d’âmes, des conversions en masse sans précédent dans les annales du monde. N’entendons-nous pas dire que « nous vivons l’heure la plus passionnante de l’histoire de l’église, l’âge d’or de l’évangélisation » ?
Ainsi, on multiplie les rencontres religieuses pour donner au réveil l’occasion de se manifester, soit par l’unité tant souhaitée des chrétiens entre eux, soit par de nombreuses conversions d’âmes perdues.
N’est-ce pas au cours de telles manifestations ou comme résultat de nos efforts sincères, que l’Esprit de Dieu soufflera soudain avec puissance ?
Pourtant, partout, après ces grandes heures d’émotions religieuses, après l’euphorie spirituelle du moment, à l’exception d’un tout petit nombre, les hommes restent étrangement les mêmes, et la croix dans la vie est plus prêchée que réalisée.
D’autre part, à moins de vivre dans l’illusion et de vouloir rester à la surface des choses, nous devons constater que nous n’atteignons pas le peuple déchristianisé de nos villes et de nos campagnes, et que, malgré notre propagande et nos moyens publicitaires, nous ne jouissons pas, comme l’église primitive, de la faveur de tout le peuple (Ac 2.47) qui est beaucoup plus attiré par les doctrines matérialistes que par nos prédications, qu’elles tombent des lèvres de libéraux ou de fondamentalistes.
Si nous voulons courir, il faut connaître le but ; si nous voulons combattre, non comme battant l’air (1Corinthiens 9.24-27), il est temps de nous arrêter pour suivre l’exhortation divine : « considérez bien vos voies ! » (Aggée 1.5 et ss).
Pour beaucoup, le réveil est devenu quelque chose d’assez spectaculaire qu’on attend pour aujourd’hui ou demain, oubliant trop hélas que le réveil, envisagé dans l’un ou l’autre de ses aspects, sanctification, unité des croyants ou conversion des pécheurs, n’est pas quelque chose, mais quelqu’un, le Christ qui est venu, qui est en nous, qui est là tout près, que nous ne saisissons pas, ou que nous ne voulons pas connaître comme il est.
[dt_quote type= »pullquote » layout= »right » font_size= »big » animation= »none » size= »1″]Le réveil, c’est Jésus pris au sérieux, c’est Jésus cru et obéi à la lettre, parce qu’aimé d’un grand amour. Il ne s’agit pas de savoir qui nous le fera venir d’Amérique ou d’Afrique, de l’Inde ou du Tibet, ni même qui nous le fera descendre des cieux, car II est descendu.[/dt_quote]
Jésus n’est pas à des hauteurs inaccessibles. Il est plus bas que nous, et si nous ne Le voyons plus, c’est que nous sommes montés trop haut. C’est avec les petits, les humbles, les pauvres, les affamés, les sans-logis, les malades, les prisonniers que Jésus est encore (Ésaïe 61.1-3).
Nous n’en sommes plus au temps où Job pouvait crier : « Oh ! si je pouvais Le trouver et parvenir là où II est assis ! » (Job 23.3). Ni aux jours d’Ésaïe qui disait : « Oh ! si Tu fendais les cieux ! si Tu voulais descendre ! » (Ésaïe 64.1).
Il est venu ! Emmanuel est descendu ! Depuis si longtemps. Dieu est avec nous, mais, comme Philippe, nous ne L’avons pas connu ! (Jean 14.9).
Par les Saintes Écritures, nous entendons Ses paroles, nous conservons Sa doctrine, mais Sa personne, nous avons appris davantage à La contempler dans la gloire par la foi, qu’à La voir vivre au milieu des hommes de ce siècle.
Nous employons la foi pour nous ouvrir une fenêtre au ciel, pour nous créer une vision Imaginative de notre Dieu, pour nous évader à certaines heures de la terre et nous croire déjà dans la gloire. Mais, toute contemplation, toute extase qui n’est pas suivie d’une action parmi les hommes est une séduction. Les heures passées sur les sommets nous sont données pour mieux travailler dans les vallées.
La foi qui nous a sauvés en nous amenant à accepter la grâce de Dieu, ne devrait-elle pas aujourd’hui nous servir davantage à découvrir le vrai visage du Christ, tel qu’il se manifeste encore sur la terre, ce Christ inconnu de la grande majorité des hommes qui se réclament pourtant de Son nom ?
Chaque jour qui passe nous rapproche de l’heure suprême où cessera pour nous la marche par la foi, et où, enfin, nos yeux verront JÉSUS, non le Jésus auréolé et bénisseur dont la tradition a gravé les traits dans la mémoire des hommes, mais le Fils de l’homme que Dieu a établi Juge des vivants et des morts, et dont la Bible seule nous donne le portrait véritable.
La pensée de notre prochaine entrée dans la maison du Père devrait transporter nos cœurs d’allégresse, mais nous rappeler aussi combien le Seigneur doit être craint, car, nous dit l’apôtre : Il faut que nous soyons tous manifestés devant le tribunal de Christ, afin que chacun reçoive les choses accomplies dans le corps, selon ce qu’il aura fait, soit bien, soit mal (2Corinthiens 5.10).
Nous aimerions donc que les pages qui suivent nous préparent à rencontrer Celui que nous appelons à juste titre Maître et Seigneur, et qui voudrait nous voir non seulement connaître son enseignement, mais aussi jouir du bonheur qu’Il réserve à ceux qui accomplissent sa volonté, en suivant ses traces (Jean 13.13-17).
Jésus, sur la terre, n’a pas seulement enseigné une doctrine, mais a manifesté au monde ce qu’est la vie de Dieu en l’homme.
Sa doctrine, c’était sa vie, et sa vie, c’était sa doctrine. Aucune lacune en Lui : dans sa personne, tout se trouvait harmonieusement uni !
La misère du témoignage chrétien, à l’heure actuelle, réside essentiellement dans le fait que beaucoup de croyants, qui ont conservé la connaissance des vérités chrétiennes, ont perdu de vue le pur exemple du Christ en qui la vérité ne fut jamais une théorie, mais trouva toujours son expression dans des actes envers les hommes.
Il est à craindre qu’aujourd’hui le christianisme soit devenu pour plusieurs une denrée bon marché. On peut facilement se dire croyant sans être, pour autant, plus avancé que le diable, le père du mensonge et de tous les menteurs.
De même, on peut se glorifier aisément de garder les principes scripturaires, et être, pourtant, loin de la vérité. Ainsi, il n’est pas rare de trouver, même dans les milieux dits fondamentalistes,
un baptême sans repentance, une communion sans discipline, une marche sans séparation, une doctrine sans amour et une foi sans œuvres.
Nous ne répéterons jamais assez que si les œuvres ne nous sauvent pas, une adhésion intellectuelle à une formule biblique ne nous assure pas davantage le salut (Jacques 2.14-26).
La foi vivante en la personne et l’œuvre de Jésus-Christ ne peut pas ne pas produire des œuvres ; œuvres qui se manifestent avant tout par une soumission entière, à sa volonté, par le fruit de l’Esprit dans le caractère, et par une obéissance à la parole de Dieu dans les actes de la vie (Éphésiens 2.8-10 ; Hébreux 13.20-21 ; Galates 5.22 ; 1Pierre 2.12).
Le propre de la foi qui sauve est de nous amener à renoncer à nous-mêmes, et de nous unir intimement au Christ, nous faisant trouver
dans sa mort, notre mort au péché, à la loi et au monde ; dans sa résurrection, notre nouvelle naissance ; dans son ascension, notre introduction dans les lieux célestes pour vivre d’une vie céleste (Romains 6.6-8 ; Colossiens 2.12 ; Éphésiens 2.6).
Réconciliés avec Dieu, adoptés par le Père, membres du Corps de Christ par le baptême du Saint-Esprit (1Corinthiens 12.13), nous sommes alors donnés par Jésus à la terre, comme des hommes du ciel en mission ici-bas – équipés des dons surnaturels de l’Esprit, en vue du perfectionnement des saints, pour travailler au service de l’Édification du Corps de Christ (Éphésiens 4.7-16) – étant dans le monde, sans être du monde, ne vivant plus pour nous-mêmes mais pour Celui qui, pour nous, est mort et ressuscité.
Mais comment vivre ici-bas pour le Christ ?
Nous avons souligné plus haut que notre Dieu, le Dieu unique, n’était ni caché, ni lointain, mais révélé et proche de nous.
Quand Dieu vint sur la terre, il lui fallut un corps, qui fut formé dans le sein de la vierge Marie.
Aujourd’hui, Christ continue son œuvre ici-bas en manifestant sa vie dans la chair mortelle du chrétien – qui se rappelle que son corps est devenu le temple du Saint-Esprit.
Ainsi, là où un chrétien se trouve, Christ est présent ; là où un chrétien souffre, Christ souffre ; là où un chrétien est abaissé, Christ est humilié ; là où un chrétien est honoré, Christ est glorifié.
Combien, par contre, il serait bouleversé et malheureux, s’il comprenait soudain que tout le bien qu’il omet de faire à son frère, que tout cet amour dont il le prive, c’est Jésus qui en souffre.
Ainsi, vivre pour Christ ici-bas, c’est vivre et donner sa vie pour ses frères, c’est répandre autour de nous l’amour de Dieu (1Jean 3.16-19).
Ces vérités, Jésus les a clairement exprimées tout au long de son ministère.
En vue de réveiller nos consciences et nos cœurs – et sans confondre les dispensations divines à l’égard des hommes – nous allons nous servir des paroles que le Seigneur prononcera au jour où Il jugera les nations assemblées devant Lui.
Nous croyons que ces paroles du Christ, rapportées dans l’Évangile, trouveront un écho dans nos âmes, et nous aideront, en ces temps de la fin, à vivre en chrétiens véritables.
Les versets 31 à 46 du chapitre 25 de Matthieu, nous font entrevoir un Christ inconnu, que les élus, même, n’ont pas conscience d’avoir vu ici-bas.
Jésus nous brosse Lui-même un portrait du Christ ayant faim, ayant soif, étant étranger, nu malade, et en prison. Puis Il s’identifie aux plus petits de ceux qu’Il appelle ses frères et qui, selon un autre texte, sont tous ceux qui accomplissent la volonté de Dieu (Matthieu 12.49-50).
Chrétien rassasié depuis si longtemps, sais-tu qu’aujourd’hui le Christ, ton Maître, a faim ? Chrétien dont l’âme s’est désaltérée au fleuve des eux vives, sais-tu que dans ta famille même, le Christ, ton maître, a soif ? Chrétien confortablement installé dans le luxe de ta demeure, ou d’une connaissance qui enfle, sais-tu que le Christ, ton Maître, est sans asile, et vit en étranger à ta porte ? Chrétien richement vêtu, sais-tu que dans ta rue, le Christ, ton Maître, est nu ? Chrétien heureux et admiré, sais-tu que dans ta ville le Christ, ton Maître, est seul, malade et délaissé ? Chrétien libre et entouré, sais-tu qu’en ton pays le Christ, ton Maître, est prisonnier, solitaire et sans secours ?
Nous aurons l’occasion de prouver combien tout cela est vrai de nos jours, au sens littéral comme au sens spirituel. Ainsi, ne pas nourrir son frère de l’eau vive à laquelle, par grâce, nous avons bu, c’est laisser le Christ avoir soif. Considérer comme un étranger ce frère pour lequel Jésus-Christ est mort, ne pas le recevoir, par égoïsme, à sa table, ou par sectarisme, à la table dressée au sein de notre communauté, c’est refuser d’accueillir le Christ. Ne pas couvrir du manteau de notre amour les faiblesses de nos frères, et nous plaire, au contraire, à les dépouiller de leur tunique, c’est laisser le Christ nu aux yeux du monde. Ne pas visiter ce frère infirme, faible et malade, c’est laisser le Christ abandonné et sans soins. Ne pas travailler à libérer nos frères des liens dans lesquels ils se débattent solitaires, c’est laisser le Christ en prison.[/dt_list_item][/dt_list]Ami lecteur, êtes-vous chrétien ?
Dieu seul connaît ceux qui sont Siens (2Timothée 2.19). Il ne juge pas aux apparences, ni à l’étiquette religieuse, mais au cœur (1Samuel 15.7).
Il ne nous a pas chargés d’écrire ces lignes pour vous juger. La Parole que vous connaissez est votre juge et c’est elle qui vous jugera au dernier jour (Jean 12.48). Il nous pousse à vous rappeler simplement que bientôt, vous qui portez le nom de chrétien, vous allez rencontrer votre Dieu, comme devront Le rencontrer aussi, le Juif, le musulman et le bouddhiste, car pour tous les peuples, nations et langues, il n’existe qu’un seul Dieu, Seigneur des croyants, des athées, des déistes, des panthéistes, des catholiques, des orthodoxes, des protestants libéraux ou fondamentalistes. Son nom est Jésus, nom que Dieu a élevé au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus se ploie tout genou des êtres célestes, terrestres ou infernaux et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père (Philippiens 2.9-11).
Le Dieu que nous allons tous rencontrer a été manifesté en chair, il s’est révélé en Jésus-Christ. C’est pourquoi « Dieu ordonne maintenant aux hommes que tous, en tous lieux, se repentent, parce qu’il a établi un jour auquel il doit juger en justice la terre habitée, par l’Homme qu’il a destiné à cela, de quoi il a donné une preuve certaine à tous, l’ayant ressuscité d’entre les morts » (Actes 17.30-31).
Ainsi, l’Évangile nous révèle que Celui qui a été établi juge de tous est un homme, un être qui a vécu sur la terre et qui sait tout de la vie humaine, qui connaît tous les secrets des hommes, leurs pensées, leurs paroles et leurs voies, leurs mobiles et leurs intentions (1Corinthiens 4.5).
Qu’adviendrait-il de nous si, à notre grande surprise, nous devions l’entendre nous dire comme il le dira un jour aux nations rassemblées devant Lui pour le jugement (Matthieu 25.31-46) :
« J’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger ?»
Notre réponse ne serait-elle pas identique à celle des âmes rassemblées à Sa gauche : « Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim. . . et ne t’avons-nous pas servi ? »
Nous sommes chrétiens ! Avec Christ depuis si longtemps, et nous ne L’avons pas encore vu ! . . .
Lecteur, toi qui vis à l’âge atomique, où regardes-tu ?
Dieu veuille que dans les jours qui viennent, tu découvres le visage de Son Fils dans ta propre maison, dans les rues de ta ville, dans ton bureau, dans ton usine, dans ton école, dans tes champs, dans ce prochain que tu vois tous les jours et qui est ton frère.
C’est là qu’il est, tout près de toi. C’est là qu’il a faim de ton amour !
CHAPITRE 1
J'AI EU FAIM
Parmi les diverses privations que l’homme peut connaître : privation de nourriture, de boisson, de logement, de vêtement, de santé, de liberté, Jésus cite en premier lieu la faim. L’alimentation de l’homme est devenue un problème depuis la chute. En Éden, le sol produisait normalement tout ce qui était nécessaire à l’entretien de la vie humaine. La nourriture de l’homme était un don gratuit de Dieu. Le sol ayant été maudit à cause de la rébellion d’Adam, c’est par un travail pénible que l’homme en retire sa subsistance, c’est à la sueur de son visage qu’il mange désormais son pain.
D’autre part, malgré son dur labeur, l’homme ne voit pas toujours les fruits de sa peine. Après les labours, des semailles à la moisson, il doit compter avec le froid, la chaleur, les pluies, les sécheresses et les terribles armées de l’Éternel, les insectes et les maladies, capables de dévorer ou de réduire à néant le produit des saisons les plus fertiles (Joël 1 et 2).
Assujettie à la vanité, la création entière soupire après la délivrance – et l’homme sous le jugement de Dieu doit, qu’il le veuille ou non, compter tous les jours de sa vie avec le Maître des cieux et de la terre, pour recevoir son pain quotidien.
C’est ici qu’on peut toucher du doigt la folie des prétentions humaines. Dans sa volonté d’obtenir l’indépendance, l’homme en se séparant de Dieu s’est placé dans une situation bien inférieure à celle où Dieu l’avait élevé. À la seule crainte de Dieu se sont substitués toutes les craintes et tous les soucis. Ce qui lui était librement donné dans la dépendance de Dieu, il doit maintenant l’acquérir au prix de mille humiliations, le cœur chargé d’angoisses et de douleurs.
La révolte contre Dieu n’a pas apporté à l’homme l’indépendance, mais l’a privé de son repos et de sa liberté. Alors que les oiseaux ne sèment, ni ne moissonnent, et sont cependant nourris, alors que les lis des champs ne travaillent, ni ne filent, et sont pourtant vêtus, l’homme, appelé sous le contrôle de Dieu à assujettir la terre à son pouvoir, ne jouit plus de la glorieuse liberté des enfants de Dieu.
[dt_quote type= »pullquote » layout= »right » font_size= »big » animation= »none » size= »1″]Tout ce qui trouvait une solution et une réponse naturelles en Dieu, est devenu pour l’homme source de problèmes et de questions.[/dt_quote]Et tandis que les animaux qui s’attendent à Dieu pour leur nourriture n’ont pas de souci, « l’homme se livre au péché pour un morceau de pain » (Proverbes 28.21).
La faim, avec ses causes et ses conséquences, occupe souvent les pages de la Bible. La famine y est présentée comme l’un des quatre grands fléaux employés par Dieu, pour châtier le monde, ou éprouver ses élus (Ézéchiel 14.21).
Pour beaucoup d’hommes, en effet, la faim fut une cause de tentation, les poussant à sortir de la dépendance de Dieu. Pour d’autres, elle fut l’occasion de glorifier Dieu, et de servir leur prochain, en manifestant un amour capable de changer le cœur même d’un ennemi. Dieu s’en servit aussi pour révéler à ses créatures les ressources de sa puissance, et de son infinie bonté.
Quelques exemples tirés des Écritures suffiront à prouver l’importance du rôle joué par la faim dans la vie des hommes.
C’est à cause d’une famine qu’Abraham descendit en Égypte et compromit dangereusement sa femme (Genèse 12..10-20). Bien traité à cause d’elle par le Pharaon, il reçut des brebis et des bœufs, des ânes, des serviteurs et des servantes, des ânesses et des chameaux. Hélas, parmi ces servantes qui remontèrent avec lui d’Égypte, Agar devait devenir pour lui une occasion de chute, et de trouble dans son ménage. C’est une autre famine qui conduisit Isaac vers Abimélec, roi des Philistins, à Guérar, où le Seigneur lui apparut et lui dit : ne descends pas en Égypte, demeure dans le pays que je te dirai. Obéissant à l’ordre divin, il sema dans ce pays, et il recueillit cette année-là le centuple, car l’Éternel le bénit (Genèse 26). C’est encore par une famine que Jacob et ses fils furent amenés en Égypte où Joseph les avait précédés (Genèse 42). par ce moyen, Dieu accomplissait la parole qu’Il avait dite à Abraham : « Sache que tes descendants seront étrangers dans un pays qui ne sera point à eux ; ils y seront asservis et on les opprimera pendant quatre cents ans » (Genèse 15.13). À l’époque des Juges, la famine fit descendre une famille de Bethléem au pays de Moab. Là où ils pensaient échapper au malheur, Élimelec et ses fils moururent. Seule survivante, Naomi appauvrie et remplie d’amertume, dut remonter avec Ruth, sa belle-fille, à Bethléem, pour recouvrer la bénédiction perdue. Elle retrouva dans sa ville ceux qu’elle avait connus aux jours de son bonheur, preuve que Dieu les avait fait subsister au sein de la disette (Ruth 1 à 4). Sous le règne des Rois, et durant le ministère des prophètes, plusieurs famines éprouvèrent Israël et Juda, donnant à Dieu l’occasion d’intervenir pour nourrir miraculeusement ses serviteurs, tel Élie, au torrent de Kerith, ou chez la veuve de Sarepta (1Rois 17), tel Élisée, parmi les fils des prophètes, à Guilgal ou à Samarie (2Rois 4 à 7). Si Naomi quitta Bethléem « sans ordre de Dieu », ce fut pour « obéir à la parole d’Élisée, homme de Dieu », que la femme Sunamite s’en alla séjourner au pays des Philistins, où pendant sept années elle échappa à la famine (2Rois 8.1-3). Le manque de nourriture en temps de détresse fut une occasion pour des hommes possédant encore des vivres, de montrer leur charité à l’égard de ceux qui étaient dans le besoin. Par leurs œuvres, quelques-uns sauvèrent leur vie. Ce fut le cas d’Abigaïl, femme de Nabal, qui apporta à David et ses gens d’abondantes provisions, échappant ainsi à une mort certaine (1Samuel 25). De même Abdias, serviteur du roi Achab, nourrissant à l’insu de Jézabel cent prophètes de l’Éternel, qu’il avait cachés dans une caverne (1Rois 18.13). Par contre, le sacrificateur Achimélec perdit la vie pour avoir donné à David et ses gens, poursuivis par Saül, du pain consacré. Ainsi la fidélité à la cause de Dieu peut nous faire courir des risques (1Samuel 21 à 22).
Si nous revenons à l’histoire d’Israël dans le désert, nous nous apercevons bien vite que la nourriture du peuple joua également un grand rôle dans leurs expériences, heureuses et douloureuses.
Le désert fut pour Dieu l’occasion de manifester son amour et sa puissance à l’égard de son peuple, en faisant pleuvoir pendant quarante ans du pain du haut des cieux. Cette manne fut aussi pour Israël l’occasion d’une mise à l’épreuve quotidienne (Exode 16.4).
Hélas, bien souvent, le peuple se lassa de cet aliment providentiel, et murmura contre Moïse, regrettant les pots de viande, le pain, les concombres, les melons, les poireaux, les oignons et les aulx d’Égypte (Exode 16.3 ; Nombres 11.5).
Mais, en arrivant à la frontière de la Terre promise, Moïse révéla au peuple la pensée du Seigneur en ces termes : Il t’a humilié, il t’a fait souffrir de la faim, et il t’a nourri de la manne que tu ne connaissais pas et que n’avaient pas connue tes pères, afin de t’apprendre que l’homme ne vit pas de pain seulement, mais que l’homme vit de tout ce qui sort de la bouche de l’Éternel (Deutéronome 8).
Dans le Nouveau Testament, la faim est également présentée comme un moyen employé par Dieu pour éprouver les hommes, ou manifester sa puissance et sa grâce.
C’est la faim qui fit rentrer en lui-même le fils prodigue, et le conduisit à retourner chez son père, dont les mercenaires avaient du pain en abondance.
C’est en voyant les foules affamées que Jésus répondit à leur besoin en multipliant miraculeusement les quelques pains de ses disciples.
L’apôtre Paul, dans son service pour Christ, connut plusieurs fois la faim. Il affirmait cependant qu’elle ne pouvait, pas plus que la tribulation, l’angoisse, la persécution, la nudité, le péril ou l’épée, nous séparer de l’amour du Christ (Romains 8.25-39).
Enfin, au sujet de ceux que l’apôtre Jean voit revenir de la grande tribulation, il lui dit : « Ils n’auront plus faim » ! . . . (Apocalypse 7.16)
Tout ce qui précède nous montre que le Fils de Dieu, en venant accomplir la rédemption du monde, ne pouvait pas revêtir notre nature humaine sans connaître les conséquences douloureuses de la chute.
Participant au sang et à la chair, Il a dû être rendu semblable en toutes choses à ses frères, afin qu’Il fût un souverain sacrificateur miséricordieux et fidèle dans le service de Dieu (Hébreux 2 17-18).
« J’ai eu faim » ! dira un jour Jésus.
Certes, nous savons qu’en prenant un corps semblable au nôtre, le Fils de Dieu a été soumis aux lois naturelles, et a réellement connu la faim sur la terre.
Tous se souviennent de son jeûne de quarante jours et quarante nuits au désert. Après cela, « Il eut faim », nous révèle l’Évangile.
C’était au début de son ministère, immédiatement après son baptême. cette faim fut pour Satan l’occasion de tenter le Seigneur en cherchant à le faire sortir de sa totale dépendance de Dieu, lui suggérant d’user de sa puissance pour se soustraire à la souffrance.
Christ remporta la victoire sur le tentateur en lui rappelant la Parole de l’écriture, déjà citée : « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole issue de la bouche de Dieu » (Matthieu 4.1-4).
De même, à la fin de sa course terrestre, sur le chemin de Béthanie à Jérusalem, le Seigneur eut faim. Voyant un figuier, il s’en approcha mais n’y trouva hélas aucun fruit (Matthieu 21.18-19).
Pourtant, si le Christ connut réellement nos besoins physiques, sa faim fut avant tout d’ordre spirituel.
Ainsi, quand au puits de Sichar, ses disciples insistent pour qu’il mange, Jésus leur déclare qu’il a pour se nourrir un aliment qu’ils ne connaissent pas. Et devant leur étonnement, il ajoute aussitôt : « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre» (Jean 4.31-34).
Disciples de la dernière heure, nous connaissons donc maintenant la faim du Christ et la nourriture qui peut le rassasier.
Jésus avait faim, ici-bas, des âmes perdues. Sa nourriture, il la trouvait dans l’accomplissement fidèle et quotidien de la volonté de Dieu, qui veut être glorifié par notre sanctification personnelle, par le salut des pécheurs, et par l’unité de ses enfants (1Thessaloniciens 4.3 ; 1Timothée 2.3-4 ; Jean 17).
Le Christ a faim ! Des âmes ont faim ! Le monde a faim ! Que ferons-nous ?
Dans sa faim de faire la volonté de Dieu, Jésus nourrissait les multitudes avec le peu que possédaient ses disciples.
Aujourd’hui encore, c’est à nous, croyants, qu’il appartient de nourrir les foules du vrai pain venu du ciel.
Mais, où trouverons-nous cette nourriture pour nous-mêmes, pour l’Église et pour le monde ?
Lorsque le Christ eut faim au désert, le prince de ce monde ne lui offrit que des pierres. Satan fera de même avec nous. Dans la tentation, résistons-lui jusqu’au bout. N’écoutons pas ses suggestions. Ne sortons pas de la dépendance de notre Père céleste. C’est en gardant sa parole que nous verrons le diable s’enfuir de nous. Alors aussi les anges s’approcheront pour nous servir. Nous expérimenterons l’intervention merveilleuse que Dieu accorde à tous ceux qui lui demeurent fidèles.
Si Satan proposa des pierres au Seigneur, le figuier n’offrit que ses feuilles à Jésus. De même la nature ne pourra pas toujours nous nourrir, ni nous fournir l’aliment dont les âmes ont besoin.
Le monde n’est qu’apparence. Ses espoirs sont trompeurs. Il ne donne que des feuilles emportées bientôt par le vent. Sa protection est une ombre qui passe. Tout ici-bas est vanité, et aucun fruit ne demeure.
À l’instar de Jésus, c’est dans la communion avec son Père que le chrétien trouve aujourd’hui encore sa nourriture, et sa source d’inspiration, pour lui-même et pour les autres.
Accomplissons donc fidèlement et humblement la volonté de Dieu révélée pas à pas dans la journée, et nos âmes rassasiées pourront en nourrir d’autres.
[dt_quote type= »pullquote » layout= »right » font_size= »big » animation= »none » size= »1″]Celui qui fait de la volonté divine son aliment quotidien, connaîtra la saveur du pain des anges.[/dt_quote]Le chrétien sanctifié par Christ, devenu son ambassadeur auprès des âmes perdues, ne fait qu’un avec Jésus. Uni à Christ, il l’est aussi à ses frères. Sans ses frères, il n’est pas à Christ. Sans les membres du Corps de Christ, il n’est pas du Corps.
Dieu veut être glorifié, et sa gloire resplendit en Christ, dans l’unité du Père et du Fils.
Cette gloire, le Christ nous l’a donnée, et elle ne peut paraître dans ce monde que dans l’unité des enfants de Dieu formant un seul Corps, et travaillant au salut des âmes perdues.
« Qu’ils soient un, comme nous, nous sommes un », s’écrie le Fils dans sa prière au Père.
Voilà la faim du Christ !
Frères et sœurs, si nous voulons porter secours aux âmes qui meurent de faim, commençons à nourrir le Christ du pain
de notre amour, de notre obéissance, de notre renoncement, de notre dépendance, de notre humilité, de notre douceur, et de notre patience.
Christ nous a donné sa gloire pour que soyons un. Aujourd’hui, il a faim de voir les siens unis. Il a faim dans nos cœurs, non de nos connaissances, mais de notre amour.
C’est aussi la faim des âmes qui périssent dans ce monde. Mais, pour qu’elles goûtent au pain du ciel qui donne la vie, et rassasie à jamais, il faut qu’elles voient les chrétiens vivre en s’aimant, en se supportant, en se pardonnant ! (Jean 13.34-35) Contemplant alors la vie du Christ en eux, elles les reconnaîtront comme étant des disciples, et expérimenteront à leur contact l’amour et les possibilités du Christ.
Que nos pensées, nos paroles, et nos actes, soient pour Jésus une nourriture savoureuse. Alors, quand Il viendra, à nous aussi Il pourra dire :
« Venez les bénis de mon Père ! . . . j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ! »
CHAPITRE 2
J'AI EU SOIF
C’est le visage d’un Christ ayant soif, que nous voudrions évoquer. Qu’il serait terrible de nous apercevoir un jour que nous n’avons connu le Seigneur que de nom ! De constater, trop tard, que nous avons vécu avec un Christ imaginaire, ou du souvenir d’un Jésus historique, mais sans lien réel avec le ressuscité !
Il vit non seulement assis à la droite du père, mais en tous ceux qui l’ont reçu par la foi, et Il continue d’accomplir en eux, et par eux, sa mission sur la terre.
Pour éviter toute surprise et lui donner à boire pendant qu’il en est temps, penchons-nous quelques instants sur celui qui dira un jour aux nations rassemblées devant lui : J’ai eu soif !
Cette soif que Jésus connut dans les jours de sa chair, en traversant la Galilée, la Judée et la Samarie, le Christ l’éprouve encore en tous ceux qui lui appartiennent. Identifiés avec Lui dans sa mort et sa résurrection, ils ne font qu’un avec Lui. Si le Christ ne pouvait satisfaire sa faim qu’en accomplissant la volonté de son père, si aujourd’hui, les chrétiens ne peuvent nourrir Jésus que du pain d’une obéissance totale à la parole de Dieu, de même, la soif du Christ ne peut être abreuvée que par l’eau vive jaillissant d’une vie entièrement renouvelée, soumise à la direction du Saint-Esprit qui veut nous transformer en l’image de Jésus (2Corinthiens 3.18).
Jésus a soif de voir sa vie se reproduire en nous, et son ministère s’accomplir par nous ! Il nous envoie dans le monde, comme le Père l’a envoyé (Jean 17.18).
Le service du Seigneur a commencé en Galilée, s’est poursuivi en Judée, et a pénétré jusqu’en Samarie. Pour nous, spirituellement parlant, ces trois contrées existent toujours, et c’est là que Jésus continue d’avoir soif. C’est là que nous pouvons Lui donner à boire.
QU’EST-CE QUE LA GALILÉE ?
C’est la pays où Jésus fut élevé. C’est là qu’habitaient sa famille, ses amis (Marc 6.1-4). C’est là qu’il eut soif en commençant son ministère, et qu’il fit, en cette occasion, son premier miracle (Jean 2.1-11).
Notre Galilée, à nous, est le lieu où nous fondons notre foyer, où se célèbre l’union conjugale. C’est dans notre maison que Jésus veut commencer à manifester sa gloire pour que nous puissions croire en Lui.
Mais il faut, pour cela, que nous invitions le Seigneur à partager nos joies terrestres, comme les époux de Cana invitèrent Jésus à leurs noces. Par sa présence le mariage est sanctifié, et les liens conjugaux rendus indissolubles (Marc 10.9).
Mais, à Cana, au milieu même de la fête, subitement le vin manqua. S’il n’y avait plus de vin pour les époux, il ne s’en trouvait plus pour Jésus et les autres invités. Il en est de même dans nos demeures. Sans l’intervention de Jésus, nos bonheurs humains sont de courte durée, et notre témoignage rapidement éteint.
La joie, symbolisée par le vin, tarit bien vite dans le ménage le plus prévoyant, et le plus uni. Pour que la vie conjugale connaisse un renouveau de joie, il faut que Jésus soit l’hôte de marque de nos foyers. Alors, dans toutes nos insuffisances, nous pourrons recourir à Lui, comme le fit Marie, et en exécutant « tout ce qu’il nous dira », nous goûterons au vin meilleur, aux joies plus excellentes dont Il est la source.
Jésus a soif dans nos foyers, soif d’une joie meilleure que celle que nous pouvons lui offrir, soif d’une vie qu’il crée en Lui-même, qu’il peut seul fournir, soif d’un vin qui fera les délices des époux jusqu’au soir de leur vie.
La Galilée, c’est encore le pays où un enfant est malade (Jean 4.46-54). Et Jésus fît là son second miracle. Après le mariage, il y a l’enfant, les angoisses des parents, les problèmes de la famille. Jésus a soif de poursuivre son ministère en donnant la vie éternelle à nos enfants.
Père chrétiens, comme jadis le fils de l’officier de Capernaüm, ton enfant est malade, ton fils va mourir ! Tes interventions sont vaines. personne ne peut plus rien pour lui. Tu es découragée. Que feras-tu ? Va à Jésus. parle-lui de ton fils. Insiste auprès de lui, et crois Sa parole. Alors le miracle s’opérera. La fièvre des plaisirs, ou tout autre mal qui dévore ton enfant, le quittera.
Seules la recherche constante du Seigneur et une rencontre personnelle avec Jésus, peuvent donner aux parents l’assurance de la foi, et les faire marcher vers la délivrance.
La Galilée, c’est aussi l’endroit où habite « une belle-mère » agitée par la fièvre (Marc 1.30.31).
C’est le lieu où peuvent surgir les disputes familiales que Jésus a soif d’apaiser. Comme Pierre, laissons-le agir, et nous ne tarderons pas à voir celui ou celle qui étaient pour nous un fardeau devenir une aide pour le service du Seigneur et des saints.
La Galilée, c’est encore tout ce qui se rapporte à notre vie terrestre. C’est la pays des soucis, des charges, des impôts.
C’est le lieu où retentit la question : « D’où achèterons-nous du pain pour nourrir tant de monde ? » (Matthieu15.33).
C’est là que Jésus a soif de nous enseigner
comment vivre au jour le jour, sans souci du lendemain ; comment exercer l’hospitalité sans murmure (1Pierre 4.9) ; comment être en règle avec le percepteur (Matthieu 17.24-27) ; comment partager le peu que nous avons, et le voir se multiplier par les soins du Seigneur (Matthieu 14.15-19) ; comment tout sacrifier aujourd’hui aux besoins des autres, et voir cependant nos provision assurées pour demain (Jean 6.1-15).
C’est toujours en Galilée que Jésus a soif de nous voir l’accueillir dans les troubles que nous causent les tempêtes de la vie, dans les fatigues provoquées par les vents contraires.
Sur la mer de Galilée, Jésus marche sur les eaux. Il a soif d’entrer dans notre nacelle pour nous y apporter son repos et sa paix (Matthieu 14.24-33).
Enfin, la Galilée, c’est l’endroit de la suprême rencontre, de l’au-revoir, par delà la tombe. C’est le lieu d’un rendez-vous qui ne fait plus peur, où l’on donne, au seuil de l’éternité, des ordres à ceux qui restent (Matthieu 28.7-20).
Jésus a soif de voir chez les siens de lumineux départs, des âmes qui ne pensent plus à la fosse où finira leur corps, et qui prennent leur envol vers le ciel (Actes 7.55-56).
Si, dans cette Galilée que nous venons de parcourir, nous donnons à boire au Seigneur, le laissant intervenir dans notre vie conjugale, familiale et sociale, Jésus nous rendra capables de le servir partout, malgré le mépris rencontré souvent dans notre propre maison et notre parenté. Il nous préparera aussi à nous séparer des nôtres en Galilée, pays où l’on ne voit pas la mort, mais le Ressuscité, le Vainqueur du tombeau, pays où l’on se quitte dans la certitude d’un éternel revoir.
Mais la mission de Jésus se poursuit en Judée.
QU’EST-CE QUE LA JUDÉE ?
C’est l’endroit où se trouve le temple, le lieu où Dieu est connu (Psaume 76.1-3), et où Jésus éprouva pourtant sa plus grande soif. C’est là aussi qu’on l’abreuva de vinaigre.
C’est en Judée que sont nos églises et nos assemblées, les lieux où nous avons à rendre un témoignage collectif au Seigneur. La Judée, c’est le monde religieux avec toutes ses tendances, toutes ses discussions entre sadducéens et pharisiens – appelés aujourd’hui libéraux et orthodoxes.
En Judée, Jésus disait aux uns : « Vous errez, ne connaissant ni les écritures, ni la puissance de Dieu » (Matthieu 22.29), aux autres : « Vous nettoyez l’extérieur de la coupe et du plat, mais au dedans ils sont pleins de rapine et d’intempérance » (Matthieu 23.25).
La Judée, c’est le pays des statistiques religieuses, où l’on entend dire : Celui-ci baptise plus de disciples que Jean (Jean 4.1). C’est le pays des Nicodèmes, qui n’osent pas manifester leurs préoccupations spirituelles en plein jour (Jean 3.1-2). C’est le pays où l’on attend de temps à autre un miracle, l’intervention de l’ange dans la piscine de Béthesda (Jean 5.1-4). C’est le pays où l’on discute de l’inspiration des Écritures, où l’on s’étonne qu’un homme prêche alors qu’il n’a pas été formé aux écoles des Maîtres . C’est le pays des propres justes qui veulent lapider la femme adultère (Jean 8.2-11). C’est le lieu où l’on est aveugle de naissance, où il faut une rencontre personnelle avec Jésus pour être guéri. C’est le pays où, guéri, on se fait exclure de la synagogue parce qu’on rend témoignage au Christ. Mais c’est aussi le lieu où Jésus nous retrouve sur la rue, pour se révéler plus merveilleusement à notre âme (Jean 9.1-38).
C’est la contrée où les amis de Jésus sont en deuil et pleurent, où Lazare est dans le sépulcre. C’est la pays où Jésus pleure, mais s’apprête aussi à manifester sa toute-puissance pour réveiller les siens qui dorment (Jean 11).
Enfin, la Judée, c’est le pays où fut dressée la Croix, le lieu où Jésus continue à être crucifié, et crie encore à la face du monde : « J’ai soif » (Jean 19.29-30).
Soif des âmes égarées que les chrétiens ne vont pas chercher, soif de tout ce qui empoisonne les relations fraternelles entre croyants, soif de toutes amertumes conservées dans les cœurs, comme du vinaigre dans un vase.
Soyons « en Judée » ce que le Christ a été. Rendons témoignage en portant notre croix, et si nos frères nous crucifient, aimons-les de cet amour qui conduisit Jésus à laisser sa vie pour le monde. C’est le verre d’eau que Jésus en nos frères attend de chacun de nous dans nos communautés (Matthieu 10.42).
Mais la mission de Jésus, commencée en Galilée ne s’arrête pas en Judée. Jésus dut traverser aussi la Samarie, et là encore, il eut soif !
QU’EST-CE QUE LA SAMARIE ?
La Samarie, c’est le pays étranger à la vie de Dieu, où tous marchent selon la vanité de leurs pensées, chacun croyant pouvoir servir le Seigneur à sa manière. C’est la terre du grand mélange, où l’on ne connaît pas ce qu’on adore, où l’on prétend craindre l’Éternel en servant en même temps ses idoles, d’après la coutume des païens (2Rois 17.19-41 ; Éphésiens 4.17-20).
C.est le monde haineux et vindicatif, qui vit sans espérance, et sans connaissance du pur Évangile.
Pourtant Jésus passa en Samarie (Jean 4.4-42).
À sa suite, nous devons pénétrer dans le pays où l’ennemi retient tant d’âmes captives, mais où aussi les champs blanchissent déjà pour la moisson.
Jésus eut soif en Samarie, soif au bord d’un puits sans avoir rien pour puiser.
Aujourd’hui encore, le monde ne saurait donner à boire au Christ, mais Lui a soif d’apporter au monde une eau qui désaltère à jamais.
Amis chrétiens, comme le Christ, allons en Samarie, non pour en retirer des avantages matériels et passagers, mais pour présenter aux âmes le don de Dieu, la source des eaux vives. Ne craignons pas l’hostilité des cœurs que le péché domine, et que Satan asservit. ne nous embarrassons pas de discussions religieuses, mais prêchons le Christ qui donne la délivrance !
En Samarie, Jésus a soif des âmes perdues, et, pour les rencontrer, Il n’a pas peur de les approcher, d’entrer en relation avec elles, même si ce n’est pas conforme aux coutumes établies. Il sait que l’histoire de toute âme est bien celle de la samaritaine. Asservie à es sens, elle n’a pas connu le bonheur, et celui qui la domine n’est pas un vrai mari, mais un maître dur et cruel.
Ni la vue, ni l’ouïe, ni l’odorat, ni le goût, ni le toucher, n’ont pu donner la félicité au pécheur. L’œil ne se rassasie pas de voir ; l’oreille ne se lasse pas d’entendre (Écclésiaste 1.8). Coupées de leurs racines, les tiges des fleurs les plus parfumées répandent bien vite une insupportable odeur de corruption. Le palais le plus délicat prend en dégoût l’aliment qu’il aimait (Job 33.20), et les plus folles caresses laissent insensible un cœur insatisfait. Mais toujours, et sans cesse, l’âme reste sous le joug de Satan, l’usurpateur, « le sixième » qui n’est pas son mari ; elle ne pourra s’en libérer qu’en acceptant d’appartenir à celui qui est le don de Dieu, et qui désaltère à jamais.
Oui, Jésus a soif de nous voir « servir » en Samarie, dans ce pays où l’on cherche en vain le bonheur, où cinq maris n’ont pu le donner, et où le sixième n’est pas un mari ; où l’on attend, sans le connaître encore, le septième, l’unique, le Messie, Jésus le don de Dieu, le seul sauveur du monde.
Au bord des puits où les âmes vont encore boire parce qu’elles ne connaissent pas Celui qui donne l’eau de la vie, sachons nous arrêter ! Non pour y puiser, mais parce que nous avons quelque chose de meilleur à offrir à tous ceux qui ont soif : l’eau pure d’une fontaine qui jaillit en vie éternelle.
Souvenons-nous que le Christ a aimé tous les malheureux, tous les révoltés, tous ceux qui, sur la terre, n’avaient pas eu leur compte de vie, d’amour et de joie.
Aujourd’hui encore, l’Évangile est pour eux.
Débarrassons-nous de notre pharisaïsme et de nos préjugés sectaires, et ne rendons pas, par nos principes et nos formes, l’Évangile inaccessible à ceux qui en ont le plus besoin.
L’Évangile est pour ceux qui ne vivent pas comme nous ; pour ceux qui n’ont pas les mêmes idées que nous. L’Évangile est pour nos ennemis, pour ceux qui nous persécutent et nous font du tort. L’Évangile est pour les voleurs, les assassins, les adultères, les ivrognes, les gens de mauvaise vie, avec lesquels notre Maître faisait des banquets, mais que nous refusons de voir. L’Évangile est pour les faux ménages, pour les filles mères, pour la jeunesse délinquante, et la vieillesse abandonnée. L’Évangile est pour les malades, les estropiés, les contrefaits, les prisonniers, les affamés, les sans-logis. L’Évangile est pour ceux qui, manuels ou intellectuels, ont de la peine à joindre les deux bouts. L’Évangile enfin, est pour tous ceux qui ne sont pas ce qu’ils devraient être parce qu’ils sont nés d’hommes pécheurs, dans une société injuste et corrompue où règnent l’égoïsme et la haine.
Jésus attend que nous prenions sur nous le fardeau des détresses humaines, apportant partout où elles se révèlent, la compréhension, la chaleur, les possibilités que donne l’amour même de Dieu, versé dans nos cœurs (Romains 5.5).
C’est l’amour qui se dépouille pour enrichir, qui s’abaisse pour élever, qui conduit l’homme à mourir pour les autres, mais qui lui-même ne périt jamais.
Si l’Évangile est cet amour, alors le monde verra qu’il est encore « la puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Romains 1.16).
Amis chrétiens, Jésus nous a confié, pour le temps de son absence, une mission en Galilée, en Judée et en Samarie.
Il revient, et l’heure approche où nous devrons rendre compte de ce que nous aurons été pour lui dans nos maisons, dans nos églises et dans le monde.
Pourra-t-il nous dire :
« J’ai eu soif dans ta maison, et tu m’as donné à boire, j’ai eu soif dans ton église, et tu m’as abreuvé, j’ai eu soif dans ce monde, et tu m’as désaltéré » ?
CHAPITRE 3
J'ÉTAIS ÉTRANGER
Il était dans le monde, et le monde fut fait par Lui ; et le monde ne l’a pas connu. Il vint chez soi et les siens ne l’ont pas reçu. (Jean 1.10-11). Il était dans le monde, mais n’était pas du monde ! (Jean 17.14)
Il venait du ciel où les vents ne soufflent jamais, de ce palais où tout s’écrie : « Gloire ! » (Psaume 29.9). Chez lui, dans les aimables demeures de son Père dont il faisait tous les jours les délices, il s’asseyait sur un trône de saphir environné d’un arc-en-ciel semblable à de l’émeraude, et porté par quatre chérubins ; des séraphins se tenaient au-dessus de Lui ; une lumière éclatante l’entourait, et toute la hiérarchie des anges le servait en l’adorant (Ézéchiel 1 ; Apocalypse 4 ; Ésaïe 6).
Telle est, d’après les Écritures, l’image merveilleuse de celui dont le commencement ne fut pas à la crèche, et dont la fin ne pouvait être à la Croix, de celui qui, la nuit où il fut livré, pouvait dire à son Père : « Glorifie-moi auprès de toi-même de la gloire que j’avais auprès de toi, avant que le monde fût ».
Pour mieux saisir l’abaissement de Jésus, mieux discerner la solitude profonde qui fut la sienne ici-bas, il est nécessaire de connaître quelque peu les splendeurs des lieux qu’il abandonna, et la société sainte qu’il quitta par amour pour nous.
Ce pèlerinage dans les lieux très saints est accessible à tous ceux qui, les pieds déchaussés, se laissent conduire par le guide sûr et infaillible qu’est la parole de Dieu.
On peut ensuite mieux s’approcher du bord de la solitude immense dont Jésus entendit les effroyables hurlements, tout le long de sa vie terrestre (Deutéronome 32.10). Quittant les parvis où « un jour vaut mieux que mille ailleurs » (Psaume 84.10), il vint habiter sous les tentes de la méchanceté (Psaume 84.10).
À sa naissance, il fut repoussé par les hommes, alors que les animaux lui offrirent une crèche, dans une grotte solitaire qui leur servait d’étable. Eux savaient d’où venait cet agneau . . . (Ésaïe 1.3)
Petit enfant pourchassé par Hérode, il connut l’exil en Égypte, jusqu’au jour où Nazareth, la ville méprisée, verra vivre, sans l’aimer, l’adolescent étranger, dans l’humble atelier d’un charpentier.
À l’âge de trente ans, inaugurant son ministère par quarante jours de jeûne, il n’eut pour compagnie que le tentateur . . . et les bêtes sauvages du désert (Marc 1.13).
C’est encore dans les déserts qu’il se retirait pour prier, quand sa renommée se répandait de plus en plus, et que les gens venaient en foule pour l’entendre et pour être guéris de leurs maladies (Luc 5.15-16). Allant de lieu en lieu, faisant du bien – quand il avait enseigné et nourri les foules et que chacun retournait dans sa maison, Jésus, lui, montait sur la montagne pour prier à l’écart. «Et le soir étant venu, il était là seul » (Matthieu 14.23). Des femmes transformées par lui, l’assistaient de leurs biens, mais à Capernaüm, comme un étranger, il payait ses impôts (Luc 8.2-3 ; Matthieu 17.24-27). En chemin vers Jérusalem, lorsque les samaritains lui refusèrent un logement dans leur bourg, Jésus devait dire à un homme qui voulait le suivre : « Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel des nids, mais le Fils de l’homme n’a pas un lieu où, reposer sa tête ! » (Luc 9.51-58).
Après la Pâque mangée dans une chambre « empruntée », ce furent les oliviers d’un jardin qui abritèrent l’angoisse mortelle et solitaire de sa dernière nuit, avant qu’il achève sa course, cloué sur une croix, au lieu appelé « Crâne », sur la colline dénudée de Golgotha (Matthieu 26.17 à 27.53). Et quand Judas, rongé par le remords, jeta dans le temple le salaire de sa trahison . . . avec ces 30 pièces l’argent, prix magnifique auquel ils avaient estimé Jésus, les sacrificateurs achetèrent le champ du potier pour la sépulture des étrangers (Zacharie 11.12-13).
Ainsi, dès sa naissance et jusque dans sa mort, de la crèche de Bethléem au tombeau de Joseph d’Arimathée, Jésus fut l’Étranger dont on détourne la visage, le méprisé, l’abandonné des hommes, l’Homme de douleur, l’habitué à la souffrance, l’ami . . . dont on s’occupe trop tard ! . . . (Ésaïe 53)
Dans ses paroles à ses adversaires, comme dans celles qu’il adressait aux siens, Jésus, parfois, laissait percer la solitude morale de sa vie au milieu des hommes.
Ne disait-il pas aux Juifs : « Celui qui m’a envoyé est avec moi ; et il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours les choses qui lui plaisent » (Jean 8.29). Puis la veille de sa mort, il avertissait ses disciples en ces termes si lourds de sens : « Vous serez dispersés chacun de son côté, et vous me laisserez seul ; mais je ne suis pas seul, car le Père est avec moi » (Jean 16.32).
Considérons maintenant les diverses solitudes que Jésus connut sur la terre, et nous saurons mieux à quel point il peut entrer dans les nôtres et les peupler de sa merveilleuse présence.
Seul dans sa famille ~ Étranger dans sa ville~ Sans honneur dans son pays
Ses proches, nous dit l’Évangile, ne le comprenaient pas. Ne voulaient-ils pas, un jour, se saisir de lui, l’arrêter dans son ministère, car disaient-ils : « Il est hors de sens ! » (Marc 3.21). Plus tard, alors que ses frères savaient qu’on cherchait à le faire mourir en Judée, ils le poussaient à se rendre à Jérusalem, lui disant : « Personne n’agit en secret lorsqu’il désire paraître : si tu fais ces choses, montre-toi toi-même au monde ». Et le texte ajoute : « Car ses frères non plus ne croyaient pas en lui » (Jean 7.1-9). C’était l’étranger pour ses frères, un inconnu pour les fils de sa mère (Psaume 69.8).
N’avait-il pas dû dire, même à sa propre mère, qui voulait par trop s’ingérer dans son ministère : « Femme qu’y a-t-il entre moi et toi ? Mon heure n’est pas encore venue ! »
Et quand il voulut prêcher à Nazareth, la cité où il avait été élevé, ne fut-il pas chassé de la ville et conduit par ses compatriotes au sommet d’une montagne, afin de le précipiter en bas ? (Luc4.29)
Après dix-neuf siècles, Jésus est-il plus honoré, plus écouté, dans les villes qui portent encore son Nom ?
Est-il plus aimé, mieux compris dans les familles dites chrétiennes ? Ou doit-il nous dire, à nous aussi, comme autrefois à ses frères : « Le monde ne peut vous haïr ; moi il me hait parce que je rends témoignage que ses œuvres sont mauvaises » ?
Puis, regardant ces mères qui souvent voudraient voir leurs enfants manifester leurs dons et briller dans le monde, n’est-il pas contraint de leur répéter doucement : Qu’y a-t-il ente moi et vous, femmes chrétiennes, entre mes pensées et vos pensées pour vos fils et vos filles ?
Que de parents chrétiens ont perdu leurs enfants par une ambition démesurée et hors du contrôle divin !
Même dans les foyers où Jésus a sa place, il est hélas beaucoup trop solitaire. Peu consulté, rarement suivi et difficilement obéi, a-t-il une influence réelle et profonde dans les vies ?
Seul parmi les disciples
Dans le cercle même de ses apôtres, Jésus connut aussi la solitude, et se sentit un étranger. Il avait pourtant choisi lui-même ces hommes pour les former à son école. Cependant, bien souvent, l’Évangile nous révèle tout l’amour qu’il fallut au Seigneur pour supporter ces gens égocentriques, sans intelligence, et dont le cœur était lent à croire (Luc 9.41 ; 24.25).
Jésus était seul parmi ses disciples à connaître les besoins immédiats des multitudes affamées, alors que les apôtres s’apprêtant à manger entre eux leurs petites provisions, lui disaient : « Renvoie la foule afin qu’elle aille dans les villages, pour s’acheter des vivres » (Matthieu 14.15).
Il était seul à éprouver la détresse de cette femme cananéenne qui le suivait en criant : « Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David ! ma fille est cruellement tourmentée par le démon » – alors que ses disciples lui disaient avec insistance : « Renvoie-là, elle crie après nous » (Matthieu 15.22-28). Il était seul à sentir le désir des parents lui présentant leurs petits enfants afin qu’il les bénît et priât pour eux – alors que les disciples les repoussaient et reprenaient ceux qui les amenaient (Marc 10.13-16).
Et tandis que Jésus pensait à sa mort, dans cette nuit où il venait d’instituer la Cène, alors qu’il s’apprêtait à marcher au rendez-vous du traître, les onze se disputaient pour savoir lequel d’entre eux devait être estimé le plus grand (Luc 22.24-27) !
Aujourd’hui, est-il moins seul dans les communautés chrétiennes ? Sentons-nous davantage les besoins des foules ? Avons-nous la vision des masses qui se perdent ? Comprenons-nous mieux que par nous Jésus veut nourrir les âmes du pain de notre amour ? Il est toujours prêt à le multiplier si nous le lui apportons au lieu de nous en nourrir nous-mêmes, dans nos cercles étroits et tellement fermés !
Avons-nous plus d’amour et plus de compassion pour les détresses secrètes des âmes étrangères qui crient après nous dans l’espoir d’un secours ? L’Église sait-elle aujourd’hui s’occuper de tous ces névrosés, déprimés, obsédés, possédés ? N’aura-t-elle plus le temps pour se pencher sur ces réputés incurables ? Ne saura-t-elle jamais faire autre chose que de renvoyer à d’autres, aux médecins, aux psychiatres, aux asiles, les cas qui la dérangent, la troublent ou l’ennuient ?
Et tous ces petits enfants qui ont tellement besoin de l’amour de Jésus, savons-nous, mieux que les disciples d’autrefois, les mettre en contact personnel avec le Sauveur ? Savons-nous faire le nécessaire, et surtout être ce que nous devons être pour que les parents nous confient leurs enfants et que Jésus les bénisse ?
Seul parmi la foule
L’étranger sur la terre fut cependant un homme très entouré. Jésus de Nazareth rassemblait des foules immenses autour de lui. Elles le suivaient en l’écoutant. Pourtant dans ces masses qui le pressaient, Jésus se trouvait seul. Il n’éprouvait pas ce contact de la foi qui aurait pu apporter aux âmes le flot de puissance qui jaillissait de lui.
La guérison si touchante de la femme qui, depuis douze ans, souffrait d’une perte de sang, nous donne une image de la marche solitaire de Jésus ici-bas. Alors qu’en chemin la foule pressait Jésus de toutes parts, seule cette femme si malheureuse connut la vertu sainte qui sortait de Jésus, et qui la guérit entièrement. Elle avait seulement touché le bord de son vêtement, mais ce contact était celui de la foi (Marc 5.25-34).
Est-il moins seul aujourd’hui, au milieu des foules qui se rassemblent encore en son Nom ? Parmi les baptisés, les catéchisés, combien sont véritablement régénérés, connaissant en leur vie la puissance merveilleuse d’une foi que nul obstacle n’a pu arrêter ?
Seul sur le chemin de Jérusalem
Quand Jésus eut averti ses disciples des souffrances qui l’attendaient, l’Évangile nous le montre marchant seul, devant eux, vers Jérusalem (Luc18.31-34 ; Luc 19.28). – cette ville qui avait tué les prophètes, lapidé les envoyés de Dieu et qui allait combler la mesure de ses pères en mettant à mort le Fils de Dieu (Matthieu 23.32-37).
De loin, les disciples le suivaient, ne comprenant rien aux choses douloureuses qu’il leur avait annoncées. Eux ne pensaient qu’à un trône. Ils voulaient régner et non être crucifiés. Ils avaient soif de gloire et non d’ignominie.
Et Jésus s’avance seul, sur le chemin douloureux qui conduit à la Croix.
Résolument, il monte à la Jérusalem terrestre pour y souffrir, et nous acquérir un trône dans la Jérusalem céleste.
Aujourd’hui, combien sont-ils ceux qui comprennent ces choses ? Combien sont-ils ceux qui savent que, sans la croix, il n’y a point de trône ?
Pourtant, marcher dans ce chemin de mort à soi-même est, pour nous, le seul moyen qui permet à la vie de Jésus de se manifester au monde.
Seul dans la prière à Gethsémanie
Deux fois déjà, le mont des Oliviers avait vu pleurer cet auguste étranger.
La première fois, sur un autre versant, à Béthanie, il pleure devant la douleur d’une famille en deuil (Jean 11.35). la seconde fois en descendant à Jérusalem, il pleure sur la destruction qui attend cette ville impénitente, cette ville qui va le crucifier (Luc 19.41). Maintenant, dans sa dernière nuit, il pleure encore sur les péchés du monde, qu’il va porter sur lui (Hébreux 5.7). Ils sont si odieux, que son âme sainte en frémit d’horreur.
Son angoisse est sans nom, et si grande sa détresse, qu’il implore son Dieu, et conjure ses disciples de veiller et de prier près de lui. Mais fatigués, appesantis par leur tristesse, ils ne peuvent veiller une heure avec Jésus qui sera seul pour soutenir le suprême combat, et accepter la sainte volonté de Dieu. Quand ils se réveilleront, il sera trop tard et, pour défendre leur Maître, leur intervention sera contraire à ses pensées (Matthieu 26.36.54).
Aujourd’hui, à l’heure où les puissances spirituelles de méchanceté déploient leurs plus grands efforts pour ruiner le témoignage chrétien, trop de croyants dorment.
Quand l’heure cruciale sera venue, que feront-ils ? Croiront-ils, comme Pierre, pouvoir défendre par des armes charnelles la cause d’un christianisme menacé ?
Le réveil qui vient trop tard ne porte que des fruits de mort et nécessite l’intervention de Dieu pour réparer l’œuvre négative de ses défenseurs.
Seul devant ses juges
Quand pour Jésus, sonna l’heure de l’homme et de la puissance des ténèbres (Luc 22.53), voulant accomplir la seule volonté de Dieu il connut sans délai tous les abandons. Trahi pas Judas, renié bientôt par Pierre, il vit s’enfuir dans la nuit ses plus fidèles compagnons (Marc 14.50). « Frappe le berger, annonçait l’Écriture, « et le troupeau sera dispersé » (Zacharie 13.7).
Entouré désormais par ses ennemis, lié par les mains d’hommes iniques, il se laisse conduire chez Anne et chez Caïphe, chefs de son peuple, pour s’entendre condamner à mort, sur la déposition de quelques faux témoins.
Traîné au Prétoire, renvoyé à Hérode, sans cesse environné de violents accusateurs, il fut seul pour subir les moqueries, le mépris et la haine du roi et de ses gardes.
Enfin, devant Pilate qui pourtant ne trouvait aucun crime en lui, flagellé, insulté, couronné d’épines, Jésus se tint là « comme un agneau qu’on mène à la boucherie, comme une brebis muette devant ceux qui la tondent ».
Seul, il fut toujours seul aux mains de ses ennemis, sans consolateur (Psaume 69.21), sans aucune main amie pour panser ses blessures ou essuyer ses larmes douloureuses.
Devant le Tribunal des hommes, personne ne défendit le Christ, alors, qu’en tout temps, même les criminels ont leurs avocats.
Quel modèle pour nous !
Arrêté, Jésus ne résiste pas.
Accusé, il garde le silence.
Bafoué, il ne rend pas l’outrage.
Condamné, il ne se défend pas.
Crucifié, il prie pour ses bourreaux.
Seul sur la Croix
Ici, nous arrivons à la solitude suprême, où, couvert de nos péchés, dans les ténèbres de Golgotha, Jésus fut abandonné de Dieu.
Jusque là, dans toutes ses solitudes : dans sa famille, parmi ses disciples, dans la foule, en marchant sur le chemin vers Jérusalem, en priant à Gethsémanie, puis devant ses juges, Jésus pouvait dire : « Je ne suis pas seul, car le Père est avec moi ».
Mais au Calvaire, cloué entre deux malfaiteurs, il devait s’écrier : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Marc 15.34).
Il fut seul sur la Croix, buvant la coupe amère, sans qu’un cœur vint répondre à son cri douloureux.
Chargé de nos iniquités, il expiait nos fautes, supportant à notre place le châtiment éternel de nos crimes : la séparation d’avec Dieu.
L’abîme infini de son amour pour nous, engloutissait l’abîme de nos péchés dans l’abîme de ses souffrances.
Pour qu’aucune condamnation ne tombe plus sur nous, Jésus les subit toutes aux sombres heures de la Crucifixion. Dès lors, rien, ni dans la vie, ni dans la mort, ne pourra nous séparer de l’amour de Son Dieu.
C’était l’heure que le Père ne pouvait pas épargner à son Fils (Marc 14.35).
Jésus voulait régler pour jamais la question du péché, en subissant en son corps sur le bois, les coups de la justice d’un Dieu saint (1Pierre 2.24).
Afin de nous réconcilier avec Dieu, Jésus connut pour nous la solitude totale, celle qui n’atteindra jamais ceux qui acceptent le Christ comme Sauveur et Seigneur.
Ressuscité, ayant triomphé de toutes les solitudes, en toutes circonstances Jésus répète à tous les siens, ici-bas solitaires :
« Moi, je suis avec vous tous les jours » ! (Matthieu 28.20).
***
Étranger, seul, crucifié, tel fut le Fils de Dieu sur cette pauvre terre.
Ne le serait-il plus de nos jours ?
Il marche dans nos rues, se tient au seuil de nos demeures, voudrait entrer dans nos foyers et peupler nos chambres de sa merveilleuse présence. Mieux encore, il frappe à la porte de nos cœurs.
L’Étranger dans le monde cherche un asile dans nos vies, et nous dit :
« Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi » (Apocalypse 3.20).
À tous ceux qui peuvent répondre aujourd’hui : « Oui, viens Seigneur demeurer en moi », Jésus dira un jour en les accueillant dans les demeures de la Maison du père :
« Venez, vous qui êtes bénis de mon Père . . . j’étais étranger, et vous m’avez recueilli ».
CHAPITRE 4
J'ÉTAIS NU
Qu’elles paraissent étranges, ces paroles du Seigneur : « J’étais nu et vous m’avez vêtu» ! Ne sommes-nous pas tentés de nous écrier à notre tour : « Quand t’avons-nous vu être nu, et l’avons-nous vêtu ? » Comme nous sommes lents à comprendre les leçons les plus simples de Jésus. Ne voulait-il pas que notre amour pour Dieu soit une réalité, et se manifeste sur la terre d’une façon visible, pratique, dans notre amour pour notre prochain ? Ne désirait-il pas qu’ici-bas, déjà, les hommes trouvent la maison du Père ?
Aujourd’hui encore, tout en étant dans la gloire, Jésus veut nous apprendre à le contempler chez nos frères, car le Christ vit toujours dans ce monde, en tous ceux qu’il considère comme les membres de son Corps (1Corinthiens 12.27).
C’est pourquoi nous devons nous habituer à discerner Jésus, et les besoins de jésus, chez ceux qui nous entourent.
Ainsi, dans cet affamé, c’est Jésus qui a faim ; dans cet homme qui réclame un verre d’eau, c’est Jésus qui a soif ; dans cet étranger qui attend un asile, c’est Jésus que j’accueille ; dans ce frère qui a froid, c’est Jésus que je couvre.
Celui qui soupire après une présence plus réelle de Jésus dans sa vie, ne tardera pas à être exaucé s’il comprend ces choses, et les met en pratique.
Alors Jésus pourra aussi lui enseigner des leçons plus profondes. Souvenons-nous ici de l’avertissement de Jésus à Nicodème : « Si vous ne croyez pas quand je vous ai parlé des choses terrestres, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses célestes » (Jean 3.12).
***
Dieu créa l’homme nu. Dans leur première demeure, Adam et Ève étaient tous deux nus, et ils n’en avaient point honte (Genèse 2.25). la gloire de Dieu les enveloppait de son tissu de sainteté, de justice, de vérité, de lumière, d’amour, de grâce et de puissance. Dieu lui-même était leur vêtement.
Leurs yeux ne s’ouvrirent sur leur nudité qu’à l’heure où, par leur désobéissance, le péché les priva de la gloire de Dieu (Genèse3 ; Romains 3.23). En transgressant le commandement divin, la connaissance de leur pauvreté naturelle leur fut donnée, et le souci du vêtement fit son entrée dans le monde (Matthieu 6.25). Dans cet état, ayant rompu avec Dieu, nos premiers parents demandèrent à la nature leurs premiers vêtements. Ils cousirent ensemble des feuilles de figuier et s’en firent des ceintures.
Cependant, si par les dons de la nature et leurs propres efforts, Adam et Ève arrivèrent à se cacher l’un de l’autre leur nudité, ils restaient nus aux yeux de Dieu et incapables de supporter les conditions nouvelles d’une existence hors du paradis.
C’est pourquoi Dieu, dans sa miséricorde, leur fit lui-même des habits de peau et les en revêtit avant de les chasser de leur demeure.
Ainsi, à l’aurore de la vie humaine, le sang coula pour que l’homme pécheur puisse subsister dans la peau d’une victime sacrifiée à cause de lui. Désormais, hors d’Éden, dans une création assujettie à la vanité (Romains 8.20), l’homme aura toujours besoin d’un vêtement pour cacher la honte de sa nudité, et supporter les intempéries de la nature.
Dès que le sein maternel ne le cache plus, et jusqu’au jour où le sein de la terre l’enveloppera, le corps de l’homme a besoin d’un vêtement.
Couvrir celui qui est nu est donc un acte du Père céleste et de tous ceux qui ont connu son amour, qui sont devenus ses enfants (Job 31.19-20). C’est le travail de la mère avant et après la naissance de son enfant. C’est le signe de respect des fils envers leur père (Genèse 9.23). C’est le devoir de chacun vis-à-vis du prochain, du frère pauvre et nu (Ésaîe 58.7). Ce qui est vrai du corps l’est aussi pour l’âme. Que d’hommes, que de femmes, aujourd’hui encore, comptent sur la nature, leurs œuvres, leur travail, pour réparer l’irréparable : les conséquences du péché (Ésaîe 64.6-7).
Pour couvrir la nudité de notre âme et lui donner la vie éternelle, Dieu est intervenu en sacrifiant son Fils unique. C’est pourquoi, celui qui ne reconnaît pas sa nudité devant Dieu, et n’accepte pas son don gratuit – celui qui n’a pas revêtu Christ pour vivre dans ce monde (Romains 13.11-14 ; Galates 3.27) – reste aveugle, pauvre et nu lors même qu’il a « les yeux ouverts », qu’il se croit riche et vêtu (Apocalypse 3.17-18).
Considérons maintenant avec respect, et crainte, comment le Fils de Dieu vint offrir aux hommes privés du vêtement de la gloire, le vêtement de la grâce.
Dans le ciel, par amour pour l’homme perdu, le Fils de Dieu se dépouilla de sa gloire et vint vivre ici-bas comme un simple homme, jusqu’au jour où, pour sauver sa créature, il laissa sa propre vie (Philippiens 2.5-8).
Par ce double dépouillement, le fils de Dieu donnait à l’homme la possibilité de revêtir sa vie sur cette terre, en attendant de le couvrir de sa gloire dans le ciel.
Aussi certainement que le Christ a retrouvé sa gloire auprès du Père après avoir accompli sa volonté ici-bas, l’homme qui a reçu Christ et qui fait sur la terre la volonté de Dieu, sait qu’un jour il sera glorifié dans le ciel (Romains 8.18 ; 2Corinthiens 4.17).
Sans contredit, s’écrie l’apôtre Paul, le mystère de la piété est grand : Dieu a été manifesté en chair, a été justifié en Esprit, a été vu des anges, a été prêché parmi les nations, a été cru dans le monde, a été élevé dans la gloire (1Timothée 3.16).
Oui, l’incarnation est un mystère, mais un mystère de piété. L’homme n’explique rien ; il croit, aime et adore. Ce qu’il sait avec certitude, c’est que Dieu en Christ a paru dans ce monde, afin de relever l’humanité déchue en l’attirant à lui, et en suscitant dans le cœur des hommes un amour plus grand que l’attrait trompeur du péché.
Pour faire naître l’amour, il faut aimer. Dieu a aimé. Il a tant aimé ! . . . Aimer, c’est donner et se donner. Dieu a donné et il s’est donné. Pour se manifester aux hommes, Dieu a pris notre humanité au berceau et ne l’a pas quittée qu’à la tombe, passant par tous les degrés de son développement, traversant successivement tous les âges de la vie, sanctifiant notre nature à toutes les périodes de notre existence, nous faisant voir en sa personne, depuis le moment de sa venue au monde jusqu’à son élévation dans la gloire, le type accompli de l’innocence et de la sainteté.
De même qu’il y a eu manifestation progressive de Dieu dans le corps humain de Jésus, une croissance de l’homme-Dieu dans la personne du Rédempteur, de même il y a eu, il y a, et il y aura jusqu’à son retour, naissance et croissance de Christ dans les âmes qui lui appartiennent.
Christ naît véritablement, grandit et se développe en tous les élus. Il est tour à tour en eux : enfant, adolescent et homme fait, et il perfectionnera dans leur cœur l’œuvre de sa grâce jusqu’à ce qu’ils arrivent à sa stature parfaite (Éphésiens 4.13).
Aujourd’hui encore, Christ peut donc être vu dans ces trois âges, en tous ceux qui l’ont reçu (1Jean 2.12-14).
Les langes, la tunique, le linceul
En revêtant notre nature, Dieu en Christ dut entrer nu dans le monde (Job 1.21). Pour préserver ce faible enfant qui voyait le jour dans une étable, Marie l’enveloppa avec amour, tendresse et joie dans les langes qu’elle avait préparés, tandis que Joseph l’entourait de sa présence protectrice. Sans les soins de Marie, Christ serait resté nu (Luc 2).
Cependant, le petit enfant ne resterait pas toujours emmailloté et couché dans une crèche ! Il grandirait, il faudrait renouveler ses vêtements et même, afin qu’il ne soit pas nu dans son ministère, tisser pour lui une tunique sans couture sur laquelle, un jour, les soldats jetteraient le sort (Jean 19.23-24).
Ainsi, sur la Croix où il acheva sa course exposé à la honte, abreuvé d’insultes et d’ignominies, « Jésus mourut nu » dans un océan de souffrance et d’opprobre.
On le descendit de la Croix, ce grand pauvre, né nu dans une étable.
Il est mort maintenant, l’enfant que pourchassait Hérode, l’adolescent du temple, l’ouvrier de Nazareth, l’assoiffé de Galilée, de Judée et de Samarie. Il est mort, l’étranger sans asile, qui n’avait pas un lieu où reposer sa tête, celui que les femmes assistaient de leurs biens. Il est mort, celui qui sur la terre empruntait la barque d’un autre, l’ânon d’un autre, la chambre d’un autre, et qui aurait encore besoin du sépulcre d’un autre.
Pourtant, cet homme si pauvre qu’on descendait de la Croix avait eu de grands biens (Proverbe 13.7). « Vous connaissez, dit l’apôtre, la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, qui pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis » (2Corinthiens 8.9).
Il est mort nu, pour nous revêtir.
Le voyez-vous, ce grand corps couvert de meurtrissures ?
Le coucherez-vous nu dans le froid tombeau ?
Judas le trésorier est mort, et c’est lui qui avait la bourse. Que peuvent donc faire maintenant quelques disciples abattus et sans ressources ? Qui couvrira le corps nu d’un Dieu mort par amour ?
Nicodème ! . . .Joseph d’Arimathée ! . . . Hommes riches, disciples en secret, approchez-vous !
Les voyez-vous venir, gravissant le Calvaire, l’un apportant des aromates et l’autre un linceul (Jean 19.38-41) ? Nicodème est là avec une mixtion de myrrhe et d’aloès d’environ 100 livres.
De son côté, Joseph a fait l’achat d’un linceul pour envelopper le corps de Jésus avant de le mettre dans son propre tombeau (Marc 15.46). N’ayant pas osé vêtir de leur amour un Jésus vivant, ils apportèrent au Sauveur mort l’expression tardive de leur attachement.
Christ naît aujourd’hui encore dans les âmes. Mais dans ces cœurs souillés où sa vie vient d’éclore, Christ aura froid et restera nu s’il n’y a pas, comme autrefois dans l’étable de Bethléem, une Marie, un Joseph pour le vêtir et le protéger.
Qui sont aujourd’hui la mère et les frères du Seigneur, sinon ceux qui font la volonté de son père qui est dans les cieux (Matthieu 12.49-50) ?
C’est donc à nous, chrétiens, d’apporter les langes de notre amour au nouveau converti, au Christ qui vient de naître dans une âme.
Quand nous nous occupons des jeunes dans la foi pour les entourer, les soustraire au froid de l’incrédulité et les protéger dans la nuit du doute, c’est Jésus lui-même que nous vêtons.
Oui, il a besoin des langes de notre amour, non pas de ces layettes complètes où l’on peut lire sur chaque pièce un nom particulier, l’un de ces «ismes» qui pullulent dans la chrétienté.
Mais le Christ ne reste pas petit enfant dans les âmes. Comme autrefois, il doit grandir et se former en nous (Galates 4.19). Il faut donc renouveler ses vêtements pour qu’il puisse témoigner, sans être nu, auprès de tous les hommes et se présenter au monde comme « un homme fait » (1Corinthiens 14.20).
Chrétiens, c’est encore à nous qu’il appartient de vêtir le Christ qui a grandi dans les âmes. Apportons-lui les vêtements de « l’homme nouveau » (Colossiens 3). Ils se composent d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience, de support, de pardon. Si nous ne savons pas donner cela au Christ qui vit en nos frères, Jésus aura froid dans les âmes, et le monde détournera la tête de ce Christ que les chrétiens laissent nu chez leurs frères, qu’ils livrent à la honte et à l’ignominie par leur dureté, leur orgueil, leur méchanceté, leur impatience et leur rancune.
Mais par-dessus tout, ce qu’il importe d’ajouter à ces vêtements, c’est la robe tissée d’une seul pièce depuis le haut jusqu’en bas, la tunique sans couture de la vérité et de l’amour – d’une vérité qui vient d’en haut, et qui se manifeste ici-bas par une marche dans l’amour.
Cette tunique tissée d’une seule pièce, lie le ciel à la terre, et celui qui la possède marche sous un ciel ouvert.
C’est à nous, chrétiens, de tisser cette robe et d’en revêtir le Christ dans les âmes de nos frères. Cette tunique, les ennemis même du Seigneur sauront la respecter. C’est le vêtement qu’ils ne déchireront pas, alors qu’ils se partageront « les sous-vêtements » de la connaissance.
Ne revêtons pas seulement les âmes qui nous sont confiées des sous-vêtements de la connaissances, mais donnons-leur la Tunique d’un grand amour.
Pour le monde, aujourd’hui encore, Christ est nu. Entendrons-nous l’appel de Jésus ? Saurons-nous lui donner un vêtement digne de lui ?
Vous l’avez compris : ce vêtement, en dernière analyse, c’est notre vie. Une vie dont il dispose. Une vie entièrement livrée, consacrée, sanctifiée. Oui, c’est par une œuvre de foi, un travail d’amour et une patience d’espérance (1Thessaloniciens 1.3) que nous couvrons le Christ, et qu’il a moins froid dans ce monde incrédule et moqueur.
Laisserons-nous plus longtemps le Christ dans la nudité ? Qu’avons-nous à lui offrir ? Des langes ? Une tunique ? Un linceul ?
N’y a-t-il plus de langes pour Jésus-Christ dans ce monde, plus de jeunes gens, plus de jeunes filles pour lui donner leur vie ? Jésus est digne d’avoir les premières années de notre vie, ces langes tout frais, tout neufs, ces langes qui n’ont jamais servi. Pourquoi attendre encore et ne lui réserver que les restes d’une vie souillée par le péché ?
Et vous, hommes et femmes d’âge mûr, n’avez-vous plus de temps pour tisser une tunique au Sauveur de votre âme ?
Vous êtes trop occupés ! Mais à qui donc consacrez-vous le meilleur de vos forces ? À qui donc appartient votre vie ? Vous attendez peut-être le « grand événement » pour prouver votre amour au Seigneur.
Mais aujourd’hui, en bien des lieux, vous taisez encore le nom de votre Maître. Votre situation, vos occupations, vos relations, vous empêchent de prendre position pour Christ.
S’il en est ainsi, sachez que le grand événement que vous attendez ne fera jamais de vous que des « fossoyeurs du Christ » !
Mais si aujourd’hui déjà vous réalisez que votre vie n’est plus qu’un linceul, que votre vieillesse s’écoule vers la tombe, allez à Jésus, donnez-lui cette vie qui va finir, offrez-lui ce linceul.
Il l’accepte encore parce qu’il est amour, et qu’il voudrait pouvoir dire à tous, à l’heure de son retour :
« Venez, les bénis de mon Père . . . j’étais nu et vous m’avez vêtu ».
CHAPITRE 5
J'ÉTAIS MALADE
Qui donc est celui-ci ? Il est Dieu – et pourtant il est homme ! Il nourrit les foules – et lui-même a faim. Il donne l’eau de la vie – et souffre de la soif. Il invite les âmes à demeurer en lui et lui est sans asile, étranger dans le monde. Il offre le repos – et connaît la fatigue. Il revêt les âmes de sa justice, les couvre de ses dons – et lui-même est pauvre et nu ! Jésus de Nazareth est passé près de nous ! L’avons-nous reconnu ? C’est le Sauveur du monde et pourtant le Juge de toute la terre, celui qui, bientôt, va juger les vivants et les morts.
Nous voudrions ajouter un nouveau tableau à ceux qui ont été présentés. C’est le portrait de Jésus malade, du Dieu qui remercie les uns d’être venus le voir aux jours de son infirmité, et qui reproche aux autres de ne pas l’avoir visité aux heures douloureuses de sa grande maladie.
Jésus est malade !
Ah ! direz-vous, c’est un comble ; ici vous dépassez la mesure et frisez le blasphème, sinon l’hérésie ! Vous outragez son ineffable grandeur !
Pourtant l’Évangile, quand il est lu avec les yeux du cœur et à la lumière des Psaumes et des Prophètes, nous donne le portrait d’un Jésus malade, « homme de douleur, habitué à la souffrance » (Ésaïe 53).
Si plusieurs savent cela, peu nombreux, hélas, sont ceux qui le voient et le connaissent ainsi. Oui, Jésus le grand thaumaturge, le médecin des âmes et des corps, est malade.
Celui devant qui la lèpre s’enfuyait, celui qui rendait la vue aux aveugles, l’ouïe aux sourds, la parole aux muets, l’usage des membres aux paralytiques ; celui qui ressuscitait les morts et recréait les corps en décomposition, Jésus de Nazareth, était malade d’une maladie dont il mourut.
Scandale, diront les uns ! Folie, crieront les autres !
Mystère, murmureront les saints, mais mystère de piété : Dieu manifesté en chair est malade sur la terre, de la maladie du péché des autres, et c’est pour eux qu’il va mourir (Romains 5.8).
Tous les microbes et les miasmes d’un monde corrompu fondent sur lui. La terrible maladie le ravage jusque dans la moelle des os . . . Il en mourra pour que dans sa mort la maladie perde sa puissance, et meure avec lui (1Co 15.55-56) !
Ceux qui ont lu les Psaumes évoquant le grand malade ne s’étonnent pas. Du reste Moïse n’avait-il pas déjà annoncé cette blessure au talon dont souffrirait « la postérité de la femme » ? (Genèse 3.15).
Ésaïe le prophète ne déclarait-il pas qu’au jour où, d’un ciel déchiré, Dieu descendrait sur la terre pour y vivre comme un homme, il se chargerait de nos douleurs et prendrait sur lui nos maladies, afin que par ses meurtrissures nous ayons la guérison ?
C’est ainsi qu’on put voir Emmanuel « allant de lieu en lieu, faisant du bien, et guérissant tous ceux que le diable avait asservis à sa puissance » (Actes 10.38).
Mais ces maladies qu’il guérissait, il les prenait sur lui (Matthieu 8.16-17). Et, à mesure que les maux disparaissaient chez les autres, que la joie de vivre rayonnait à nouveau sur de nombreux visages, celui du Maître apparaissait toujours plus « défait et abattu ». Ses épaules ployaient à tel point sous les fardeaux des autres que son aspect n’était plus le même (Ésaïe 52.14).
Et tandis que dormaient paisiblement tous ceux à qui il avait donné du repos, seul en veille, dévoré par la fièvre, il sentait monter en son cœur une indicible angoisse.
Une douleur infinie envahissait son être ; une tristesse mortelle lui saisissait la gorge.
Mais seuls les anges qui veillaient, penchés sur la terre, entendaient dans la nuit les gémissements et les sanglots du Saint des saints (Hébreux 5.7).
Il était malade, et personne ne le savait en Judée. On croyait au contraire qu’il devait vivre éternellement. Ses proches même ne se rendaient compte de rien, ne lui parlaient que de leurs projets égoïstes, de leurs ambitions futures (Marc 10.28-38).
Pourtant, un jour, Jésus dut révéler aux siens que son état était grave, qu’il ne s’en remettrait pas, mais mourrait à Jérusalem dans d’atroces souffrances (Luc 18.31-34). Ils ne le croyaient pas ! Un surcroît de fatigue l’avait sans doute déprimé . . . Certainement cela ne lui arriverait pas (Matthieu 16.22) !
Toutefois, Marie, sa mère bienheureuse, en voyant le visage de son fils, sentait de plus en plus la pointe d’un glaive s’enfoncer dans son cœur. Le vieillard Siméon n’avait pu lui mentir. Bientôt l’épée transpercerait son âme (Luc 2.34-35).
Il y avait aussi une autre Marie, l’amie, sœur de Marthe et de Lazare, celle qui s’asseyait aux pieds de Jésus, et dont les yeux fixaient d’un amour intense le visage adoré (Luc 10.38-42). Près de Jésus elle oubliait tout. Elle non plus ne s’illusionnait pas, car le cœur qui aime a des intuitions qui ne trompent point.
Que faire pour l’ainé qu’on va perdre ? . . .
Il nous semble l’entendre dire à Jésus : « Rabbouni, Maître béni, je ne puis croire que tu vas mourir ; je ne pourrai vivre sans toi. Tu es ma vie, ma seule pensée. Je ne peux songer à ces souffrances dont tu me parles, à cette voix d’ignominie que tu annonces ! »
« Maître, je ne veux pas te perdre . . . » disait celle dont les larmes avaient fait pleurer Jésus ! Et Jésus, dans cet asile de Béthanie, la regardait avec amour.
L’oreille de notre cœur a saisi sa réponse : Marie, ne faut-il pas que s’accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi, les Psaumes et les prophètes (Luc 24.44) ? Le Messie doit être retranché (Daniel 9.26). Mais si je meurs, je ressusciterai aussi ! Marie, je revivrai et le reviendrai. Tu me reverras et, parce que moi je vis, toi aussi tu vivras (Jean 14.19).
Alors Marie crut, et ne voulut pas oindre un mort. laissant cette tâche à Nicodème et à Joseph d’Arimathée, elle acheta un parfum de grand prix, et oignit le Seigneur vivant, pour le jour de sa sépulture (Jean 12.1-8). Tel est le triomphe de la foi.***
Mais, combien étaient-ils ceux qui savaient Jésus malade du péché des autres ? Combien le savent aujourd’hui, dans nos pays christianisés ?
Amis, venez donc voir le plus grand malade de la terre, celui dont la maladie vous fera horreur, et vous remplira d’épouvante.
Ne faites pas la sourde oreille, et ne détournez pas les yeux, le grand malade vous appelle. Il voudrait que vous le visitiez pour apprendre ses leçons près de lui.
Ne vous inquiétez pas de ce que vous lui direz. Il ne demande que votre présence. Il souffre d’un mal dont personne ne peut le guérir. Cette maladie s’appelle le péché. Tous les docteurs qui se sont présentés, dans l’histoire du monde, pour guérir les hommes de ce mal, ont échoué. Ce sont des médecins de néant et des forgeurs de mensonge (Job 13.4).
En Christ, ce mal a trouvé un terrain qui ne peut pas lutter. Ce terrain, c’est la sainteté (Jean 8.46).
Aucun vaccin ne lui fut inoculé. Jésus, conçu du Saint-Esprit, était sans péché. Le péché sur la nature sainte de Jésus ne pouvait qu’entraîner la mort.
Nous, nous vivons lors même que nous sommes atteints par le péché, parce que notre terrain est souillé. Nous avons été vaccinés. Le mal est en nous. Nous sommes nés et avons été conçus dans le péché (Psaume 51.7).
Venez donc visiter le grand malade, celui qui vint dans un monde où règne l’épidémie du péché ! Celui qui, parfaitement sain, ne fut atteint que par contagion, parce qu’il mit toute sa vie au service des malades.
Venez le voir, car, déjà, il est plus mal.
Une fois encore il a voulu réunir les siens pour un dernier souper. Mettant le comble à son amour pour eux, il leur lava les pieds, puis leur parla avec une douceur infinie, leur faisant ses ultimes recommandations (Jean 13 à 16). Après cela, il partit avec ses disciples. Dans la nuit sombre, au jardin de Gethsémanie, le mal s’aggrava subitement. Il demanda à trois des siens de veiller et de prier près de lui. Ensuite, il fit quelques pas et se courba dans une terrible crise (Matthieu26.36-46).
Si vous dormez, vous qui devriez veiller, vous ne le verrez pas et n’apprendrez jamais rien d’intime à son sujet.
Réveillez-vous, approchez-vous et regardez !
Le Maître pleure, brisé par la souffrance. une expression d’indicible horreur se lit sur ses traits. De son visage, défiguré par la douleur, une sueur sanglante coule goutte à goutte sur la terre (Luc 22.39-46). Lui direz-vous : « Mais Seigneur qu’as-tu donc ? » Ne savez vous pas qu’il est malade du péché du monde, qu’il agonise à cause des péchés des chrétiens de notre siècle !
Il souffre de nos impuretés, de nos infidélités, de notre avarice, de notre incrédulité. Il est malade de nos doutes, de notre orgueil, de notre mondanité et de toutes les choses déshonnêtes que nous accomplissons dans nos foyers, dans nos églises, et dans le monde.
Il saigne à cause de nos divisions, de nos querelles et de nos jalousies. Il se meurt en pensant qu’au vingtième siècle il y aura eu si peu d’hommes et de femmes dont la vie sera une solution, une réponse aux problèmes et aux questions des autres.
Tout cela lui fait horreur, et nous avons compris maintenant qu’à Gethsémanie Jésus fut malade à cause de nous.
Mais, sous les oliviers, Jésus s’est redressé. Pour satisfaire son père, et, par amour pour nous, il a accepté qu’en sa chair le péché soit condamné (Romains 8.3). Il subira donc les plus odieux traitements au Prétoire de Pilate – l’homme qui croyait pouvoir le délivrer, et qui, pourtant, le fit crucifier.
Non, il ne mourrait pas dans la solitude de Gethsémanie, mais à la face du monde, cloué sur un grand lit : la Croix !
Aussi, est-ce là maintenant que nous voudrions vous conduire, car vous devez voir mourir le grand malade.
Se peut-il que le divin guérisseur pende ainsi, misérablement, au bois !
Alors qu’à Gethsémanie ses amis n’avaient su prier près de lui, à Golgotha ses ennemis veillent sur lui ((Matthieu 27.36). Il est trop tard pour l’approcher, il faut le regarder de loin (Matthieu 27.55), mourant dans un océan de douleurs.
***
Mais voici que, soudain, les ténèbres nous environnent. Nos parents, nos amis, nos églises – nos collègues, nos camarades, tout s’estompe et, seule, la Croix se dresse devant les yeux de nos cœurs (Galates 3.1). Tout se fait, et dans le silence nous voyons soudain le regard du grand agonisant se poser sur nous. Ses lèvres remuent . . . Que dit-il donc ?
[dt_quote type= »pullquote » layout= »right » font_size= »big » animation= »none » size= »1″]C’est pour toi que je souffre, que je saigne, que je meurs. J’expie ton indifférence, ton incrédulité, tes blasphèmes, tes mensonges, tes colères, tes souillures, tes adultères et tes crimes. je meurs pour tout ce qui, en ce siècle amoral et pervers, ne te paraît plus péché, mais qui, pourtant, fait tellement horreur à mon Père qu’il me traite comme tu le vois, restant sourd à ma prière.[/dt_quote]Alors nous nous écrions : « Mais, Seigneur, quels péchés ? »
« Les tiens, murmure Jésus, ceux de ton foyer, de ta ville, de ton village, de ta communauté. ce sont les transgressions et celles de tous ceux qui violent la loi de la nature et la loi de mon Dieu. Je meurs pour l’impureté à laquelle s’adonne la jeunesse, pour tout ce qui déshonore Dieu dans la vie conjugale, pour toutes ces abominations commises chez les Amoréens et dans lesquelles, à nouveau, le monde se complaît ; mais avant tout, crois-le, je meurs pour toi, pour ton péché ».
Et si nous osons dire encore : « Mais quel péché, Seigneur ? . . . » Vraiment nous ne voyons pas . . . – Avant d’expirer, dans un effort suprême, en poussant un grand cri, il nous dira :
Je meurs pour ton orgueil et ton aveuglement !
Ainsi nous a parlé Jésus, quand nous sommes allés le voir mourir sur sa grande Croix !
***
Amis, saviez-vous le Christ malade de votre péché ? Si oui, l’avez-vous visité ? À Jérusalem, des foules vinrent le voir. Quand elles rentrèrent dans leurs demeures, elles se frappaient la poitrine (Luc 23.48).
Et nous, que ferons-nous, maintenant, après avoir assisté à ce spectacle et entendu les paroles de Jésus ? Ne rentrerons-nous pas en nous-mêmes, confessant notre péché, celui que son regard a su découvrir, ce mal terrible pour lequel il est mort ?
Humiliés sous sa main, mais aussi rendus à la joie de son si grand salut, possédant son pardon et sa paix, nous pourrons alors marcher à la rencontre de Celui qui vient à nous dans la santé d’une éternelle jeunesse !
Des rives de l’au-delà, déjà sa voix s’élève :
« Venez les bénis de mon Père : j’étais malade et vous m’avez visité ».
CHAPITRE 6
J'ÉTAIS EN PRISON
L’heure est avancée ! Sur la terre de Palestine, le figuier pousse ses tendres rameaux. O génération qui vois le figuier reverdir, quand comprendras-tu que le Fils de l’homme est proche, à la porte (Marc 13.28-29) ? Jésus revient ! Pour éviter toute surprise et nous préparer à cet rencontre décisive, Dieu se plaît à nous révéler la véritable image de son Fils. Sachons donc nous ressaisir et accomplir, dès maintenant, tous ses désirs.
Puisse-t-il à jamais rester gravé dans nos cœurs, ce visage infiniment douloureux et défait du grand malade des routes de Palestine, de l’agonisant de Gethsémanie, du mourant du Calvaire, afin que, connaissant sa maladie, nous ayons horreur des péchés qui le firent mourir dans un océan de souffrances et d’ignominies.
Ceux qui ont visité Jésus dans sa maladie, ceux qui ont vu et connu l’Homme de douleur, ne peuvent plus vivre dans le péché (1Jean 3.6) : ils sont rendus propres à toute bonne œuvre, pour « le servir en l’attendant » (1Thessaloniciens 1.9-10).
***
Mais il nous reste encore à présenter un sixième et dernier tableau du Christ. Encore une fois, la vie de Jésus va nous apparaître dans son paradoxe saisissant : le libérateur des âmes est prisonnier, l’être qui affranchit les esclaves est enchaîné.
Si nous avons pu parler de mystère en contemplant le Sauveur du monde, nu et malade parmi les hommes, ici, il n’y a pas de mystère. Les choses sont très simples : le Christ a été arrêté sur l’ordre des chefs du peuple, des prêtres et des sacrificateurs – grâce au concours de Judas et à l’abandon de tous les siens.
Mais, ne nous y trompons pas : le Christ arrêté jadis en Palestine est encore en prison aujourd’hui sur la terre. Amis, croyez-le, il désire vous voir et réclame votre assistance. Vous exposerez-vous à l’entendre vous dire un jour : « J’étais en prison et vous n’êtes pas venus vers moi » ?
Nous savons bien qu’il est difficile de visiter un détenu. Beaucoup craignent déjà de se rendre au chevet d’un grand malade. Pourront-ils donc un jour franchir la sinistre porte, et supporter la vue d’un prisonnier ?
Allons, faites-vous violence ! Il n’y a pas à hésiter, car le prisonnier que vous devez voir, c’est Jésus ! Il a besoin de vous. Il veut vous révéler de quoi on l’accuse et quels sont ceux qui ont mis fin à son activité bénie. Puis il vous montrera ce que vous pouvez faire pour lui, comment, en confessant vos péchés, vous le libérerez en vous, et lui permettrez d’agir par vous dans l’Église et dans le monde. Ici-bas, Jésus peut donc se trouver en prison dans le monde, dans les églises et dans les cœurs.
Jésus-Christ, prisonnier dans les cœurs
Si la vie de Jésus se manifeste si peu dans nos églises et dans le monde, c’est qu’il est en prison dans les cœurs des chrétiens. Nombreux certes sont les hommes et les femmes qui témoignent avoir accepté Jésus-Christ pour Sauveur, mais qui, hélas, depuis leur conversion, ne le laissent pas agir librement en eux.
C’est donc premièrement en rentrant en nous-mêmes que nous découvrirons pourquoi la vie abondante du Seigneur se manifeste si peu dans nos communautés et dans le monde.
Jésus qui, en nos cœurs, devrait contrôler toutes les issues de notre vie (Proverbe 4.23), s’est restreindre ses libertés. Certains l’ont enfermé dans la cellule de l’incrédulité pratique. Ils croient cependant au sacrifice de Jésus-Christ pour leur salut éternel, mais pour la vie présente, ils ne prennent pas le Christ au mot, et ne savent pas se confier en ses promesses. Chez d’autres, Jésus est lié dans le cachot du doute. Ces âmes ont eu une conviction de péché, ont professé recevoir le Sauveur dans leur cœur. Pourtant, dès que l’épreuve arrive, les voilà ballottées et chancelantes, remettant tout en doute et ne pouvant par conséquent voir le Seigneur exaucer leur prières (Jacques 1.6-8).
Nous pourrions vous parler aussi des cellules du découragement, des déceptions, de l’orgueil, de l’indépendance ou de la crainte des hommes – cellules où, bien souvent, nous enchaînons Jésus !
Notre cœur, qui devrait être une vaste place d’où partent les larges avenues de la vie, ressemble plutôt à une prison où nos interdits ont fait de Jésus un captif.
Frères bien-aimés, libérez Jésus-Christ en vous ! Faites-le sortir de la fosse où il n’y a point d’eau. Laissez revenir « à la place forte le grand prisonnier de l’Espérance » (Zacharie 9.11-12).
Aujourd’hui même, il vous déclare qu’il vous rendra le double (Ésaïe 61.7) ! Ne soyez donc plus une pierre de sa prison, mais devenez un joyau de son diadème (Zacharie 9.16).
Mais, pourquoi avons-nous fait du Christ un captif ? Pourquoi avons-nous mis en prison notre sauveur ? Pourquoi hésitons-nous aujourd’hui à venir le voir dans la cellule dont nous seuls connaissons le nom ? Pourquoi craignons-nous de libérer celui qui nous a tant aimés ?
Au fond, le Christ ne serait-il pas un gêneur, et, libre en nous, n’éclairerait-il pas aussitôt de sa lumière les avenues de notre cœur pour y faire circuler sa vérité, sa justice, son amour et sa sainteté ?
Libre en nous, ne nous reprendrait-il pas sur notre vie, tel Jean-Baptiste exhortant Hérode à abandonner une liaison coupable (Marc 6.17-18) ?
Pourquoi ne pas avouer qu,en définitive, nous voulons bien d’un salut éternel, mais que nous redoutons le règne de Jésus dans notre vie présente ?
Nous acceptons peut-être sa doctrine, mais refusons sa direction dans notre vie. Nous avons peur qu’il renverse notre gouvernement . . . et c’est pourquoi nous préférons encore notre médiocrité à sa prospérité, parce que elle-ci s’appelle aussi sainteté.
L’heure est grave ! Libérons Jésus-Christ car, par Dieu, nous en avons le pouvoir (Philippiens 4.13). Comment ? direz-vous.
Rompons avec le péché. Ouvrons au Seigneur toutes les issues de notre âme. Alors, de sa plénitude en nous, déborderont des fleuves d’eau vive au dehors (Jean 7.38) !
Nos communautés seront vivifiées et le monde verra Jésus vivre dans tous les siens.
Jésus-Christ, prisonnier dans les Églises
Après être descendu au fond de notre propre cœur pour libérer Jésus, nous sommes appelés par Dieu à rendre visite à son Fils prisonnier dans les systèmes et les cadres religieux établis par les hommes, au sein de notre société dite chrétienne.
Toutes ces demeures, au nom terminé en « ISME », sont hélas devenues une prison pour Jésus. Et les murailles en sont si élevées que le monde ne voit plus le Christ.
Certes, beaucoup croient encore qu’il est là, mais ils ne sentent pas sa présence ; ils ne connaissent pas son visage.
Les gardiens de ces maisons publient bien chaque semaine, ou chaque mois, des bulletins de santé sur l’état de l’illustre prisonnier, mais on voudrait en savoir davantage, car, d’une demeure à l’autre les nouvelles sont contradictoires . . .
Entrons donc dans le plus grand et le plus riche de ces édifices, où le Christ est censé habiter. tout est silence et mystère. Une odeur d’encens flotte dans l’air. Sur les murs, plusieurs tableaux rappellent la vie du Christ et de ses apôtres. Des statues de sa mère, et des saints, un crucifix géant arrêtent nos regards, tandis que devant le Tabernacle de l’autel où Jésus est enfermé, un homme, le dos tourné au public, parle et chante en latin. Nous voudrions crier : Jésus, pourquoi donc te caches-tu ? Pourquoi l’emploi d’une langue étrangère pour nous parler de ton amour, toi qui disais jadis :
« Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux petits enfants » (Matthieu 11.25).
Perplexes, nous nous rendons dans une autre demeure, plus modeste, mais pourtant importante, où le Christ, nous dit-on, jouit de plus en plus de liberté. Ici, point d’image, de statue ou d’autel. Par contre, sur une table, un grand livre ouvert. De la chaire, une voix nous parle de Lui ou de son Père, dans notre langue maternelle. Mais pourquoi faut-il, quand le Sauveur paraît dans une prédication vivante, qu’il soit encore lié à une liturgie et à des règles qui privent de leur mouvement plusieurs de ses membres ?
Le trouverons-nous plus à l’aise dans les lieux où l’on proclame l’autorité absolue des Écritures, et où l’on prétend s’y soumettre à la lettre ? On nous a dit que là, nous verrions Jésus seul chef, au milieu de ses frères. Il s’y trouve certes, mais des hommes ont fixé les pieds du Seigneur à une lourde table, et Jésus ne peut plus nous accueillir lui-même, ni faire un pas à notre rencontre. D’autre part, ses frères forment autour de Lui une véritable garde du corps, soumettant à une fouille minutieuse tous ceux qui désirent l’approcher. Et, parfois ses frères sont si grands, et leur cercle si étroit, que Jésus demeure inaccessible.
Allons enfin dans ces endroits où l’on prétend que le Christ jouit d’une entière liberté, que tous ses membres sont en bonne santé, et dans une joie telle qu’ils chantent les louanges du Seigneur dans toutes les langues. Nous espérions y trouver le Christ réellement libre, mais la encore nous y voyons attaché à toute espèce de manifestations plus propres à troubler les cœurs qu’à édifier les âmes.
Comment se fait-il que toutes ces demeures appelées à former une seule maison (Hébreux 3.6), puisque toutes portent le Nom de Christ, soient devenues des lieux où Jésus est captif de la tradition des hommes, de la sagesse humaine, des principes des frères, ou encore lié à des opérations plus psychiques que spirituelles ?
Où donc trouverons-nous aujourd’hui la Seigneurie de Christ véritablement reconnue, Jésus régnant sur les âmes, les édifiant lui-même et les envoyant en mission dans le monde ?
Pour ne pas avoir voulu libérer Jésus dans leur communauté, beaucoup sont devenus aveugles, pauvres et nus (Apocalypse 3.17). Dans la tiède atmosphère où ils se trouvent heureux, ils ne sont déjà plus qu’avec eux-mêmes . . . car, après avoir attendu longtemps sa libération, Jésus s’est évadé. Mais, dans sa grâce, il est encore tout près . . .
Libre de toute chaîne, ile se tient à la porte et il frappe, désireux d’établir une relation nouvelle et vivante avec toutes les âmes qui se réveillent pour l’aimer (Apocalypse 3.20).
Jésus-Christ, prisonnier dans le monde
Frères et sœurs, n’avez-vous pas entrevu dans vos communautés le visage douloureux du Christ prisonnier, non seulement de nos formes, de nos routines et nos habitudes ecclésiastiques, mais chargé des fers de nos intrigues, de nos divisions, de nos querelles théologiques, de nos médisances ? Ne l’avez-vous pas vu pleurant sur nos interdits, notre tiédeur et notre manque d’amour ?
Ne l’entendez-vous pas s’écrier : « Je ne veux plus de vos demeures, de vos prisons dorées ; je ne veux plus supporter cet air irrespirable en vase clos. Je ne resterai pas plus longtemps derrière ces hautes murailles où ceux qui se réclament de moi me déchirent, m’analysent, ou se nourrissent de moi entre eux – quand le monde a faim de me voir ».
Amis, laisserons-nous le Christ séquestré si longtemps dans les églises, s’en aller seul dans le monde ? Ne fera-t-il pas, dans les rues, figure d’un étranger, d’un inconnu ? D’autre part, ne risque-t-il pas de sortir si malade et si nu de nos communautés, si alangui par la faim et la soif dont nous l’avons laissé souffrir – en dissertant de sa doctrine, sans nous soucier de sa vie – que les policiers croiront bien faire en l’arrêtant ?
Déjà dans certains pays, le Christ est prisonnier dans les cellules de l’État. Son procès est en cours, et sa condamnation certaine. Une idéologie nouvelle doit remplacer le vieil Évangile que les disciples du Christ n’ont pas encore su vivre. Amis, à l’heure où les ombres de l’apostasie finale descendent sur le monde, vous qui, avec nous, devrez bientôt rencontrer Dieu, n’entendez-vous pas la voix du plus grand des prisonniers ? Il nous invite à venir le voir et à le libérer.
Que ferons-nous pour lui rendre la liberté ?
Confessons nos fautes, abandonnons nos péchés, et les liens du Christ tomberont (Psaume 51). Ouvrons-lui toutes les sources de notre vie, et il assainira notre être tout entier (Ézéchiel 47). Croyons à sa parole, et il répandra sur nous les dons surnaturelles de son Esprit (Proverbe 1.23 ; Ézéchiel 36.26-27). Revenons à la simplicité du Christ, et nous posséderons la sagesse d’En-Haut (2Corinthiens 11.3 ; Jacques 3.17). Ne donnons plus la gloire aux hommes, mais à Dieu seul ; ne recherchons plus la gloire des hommes, et nous connaîtrons une merveilleuse unité en Christ (Jean 5.41-44). Livrons nos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui est notre service raisonnable (Romains 12). Ne restons pas dans notre tour d’ivoire, sortons de « la fosse où il n’y a point d’eau », « passons par-dessus la muraille » et rejoignons tous ceux que Dieu libère pour qu’ils jouissent d’une vie abondante (Jean 10.10).
CONCLUSION
Quand Christ sera réellement libre en nous ? Quand il mangera chaque jour le pain de notre amour ; quand il boira le vin nouveau de notre obéissance ; quand il aura son asile en notre cœur et ses vêtements dans nos œuvres de foi ; quand il aura retrouvé la santé parce que nous ne vivrons plus dans le péché, qui tue le Saint ; alors réellement affranchies, nous pourrons « en son Nom » libérer le Christ prisonnier chez les autres (Jean 8.36). Il attend d’être libéré chez nos amis, nos connaissances, et dans nos communautés.
Alors bien des chrétiens retrouveront la joie, et pourront quitter « leurs habits de détenus ».
Qu’aucun frère, maintenant, ne se croie appelé à continuer d’être « geôlier des âmes ».
Qu’arrivera-t-il si les serviteurs de Dieu ne travaillent pas à la libération des consciences et des cœurs ?
Comme à Philippe, Dieu ébranlera nos prisons (Actes 16.26) ! Les portes s’ouvriront et les prisonniers seront libérés par les terribles jugements qui commencent par la Maison de Dieu (1Pierre 4.17).
Conducteurs spirituels, libérez les captifs !
Ne travaillons plus à remplir nos églises, mais à délivrer les âmes de tout joug autre que celui du Christ, et remplir les cœurs de Jésus et de Jésus seul (Marc 9.8).
Ne remplaçons plus sa parole par nos vues particulières, et le Saint-Esprit par nos méthodes de travail (Zacharie 4.6). L’Esprit est glorieusement libre (2Corinthiens 3.17 ; Jean 3.8).
Laissons-nous emporter par Lui dans la nacelle de la Parole de Dieu. Seule, elle ne fera pas naufrage (Marc13.31).
Maintenant que le rivage est en vue, oubliant les tempêtes qui nous ont séparés, quittons nos cabine respectives, montons tous sur le pont et préparons-nous à entrer ensemble dans le Port désiré (Psaume 107.30), pour y rencontrer notre Dieu, le Dieu de gloire qui vient à nous, disant :
« Venez, les bénis de mon Père . . . entrer dans les tabernacles éternels ».

























