LE VRAI VISAGE DE L'AFFLICTION

GASTON RACINE

1951

La plupart des gens ne connaissent de l’épreuve que son dur et sombre visage. Pour beaucoup, c’est l’ennemie cruelle, implacable, insensible à la douleur, aux larmes, aux peines, aux révoltes des humains. Épreuve aux cent visages, touchant à tous les domaines de la vie matérielle, sociale, conjugale, familiale, sur le plan physique, moral et spirituel.

Tel un miroir, le visage de l’homme reflète exactement ce qu’il a vu de l’épreuve. Les uns ont gardé son sourire amer, d’autres son regard cruel, d’autres cette face morne et indifférente de la résignation, d’autres enfin les stigmates d’une douleur que ni le temps, ni personne ne semble vouloir ni pouvoir effacer.

Ami qui passez par l’épreuve, ce message est pour vous ! Il ne vous apportera pas de condoléances sincères, ni même ce qu’on appelle « une parole de chrétienne sympathie ». Les formules les plus exactes et les phrases les mieux tournées sont impuissantes à vous aider. Au contraire, jusqu’à ce jour, elles n’ont peut-être qu’aggravé votre peine, ravivé votre souffrance.

Je ne connais ni vos circonstances, ni la nature même de votre épreuve, ni vos convictions personnelles. Je ne sais si vous êtes incrédule ou croyant, si vous avez une foi quelconque et si vous trouvez en elle un certain secours pour supporter votre affliction. Je sais seulement une chose ! . . .VOUS SOUFFREZ, et cela me suffit pour me sentir près de vous ! N’allez surtout pas croire que je désire m’ingérer dans les affaires d’autrui ou que je cherche à tout prix à pénétrer dans le sanctuaire d’une âme qui croit devoir se fermer et cultiver en son sein une douleur secrète. Je ne m’imposerai pas ! Vous ferez de ces lignes ce que vous voudrez.

Comme un poteau indicateur, elles voudraient simplement vous montrer un chemin qui pourrait vous conduire dans un état où les épreuves règnent encore, mais où elles ont un autre visage et d’autres conséquences que les craintes, les déceptions, les révoltes, la solitude, le vide, le désespoir  . . .

Ami lecteur, tu souffres  ! . . . Aujourd’hui tu es seul ! . . . Aujourd’hui tu réalises que tu souffres, que tu es seul ! . . . Tu ne le crois pas. Il semble que tu es seul à souffrir . . ., qu’avant toi personne n’a souffert autant que toi et qu’après personne ne souffrira ce que toi tu endures aujourd’hui. Hier, tu souffrais aussi, mais tu ne le sentais pas ! Tu étais déjà seul, mais tu ne le savais pas . . . Dans le tourbillon de la vie, tu marchais inconscient de ta souffrance et de celle des autres. Pourtant tu étais malheureux . . .

L’épreuve qui t’arrive n’a rien ajouté à ton malheur, ni rien enlevé à ton bonheur. Elle t’a simplement révélé la vérité, celle que tu ne voulais pas croire, celle contre laquelle tu multipliais les illusions. Car, avoue-le, tu as vécu dans l’illusion ! . . . Tu te croyais le maître de ta vie, le réalisateur de tes plans, et tous tes projets sont anéantis par l’épreuve . . . Tu t’estimais à l’abri de la misère à cause de tes biens, de ton travail, et voici aujourd’hui que tu te débats dans des difficultés matérielles imprévisibles ; la maladie t’arrache à ta tâche et te plonge dans la dépendance de la douleur . . .

Tu pensais posséder le bonheur sur la terre parce qu’à ton foyer une femme aimante t’entourait et prévenait tes désirs . . . et, aujourd’hui, la terre la recouvre ou une autre que toi se penche sur son sein  . . . Foyer détruit par la mort ou l’infidélité ! . . . Tu espérais te survivre dans tes enfants, et pour eux tu amassais des biens, tu faisais des projets, tu voulais leur donner ce que tes parents n’avaient pu t’acquérir  . . . et, bien avant le temps, l’enfant s’en est allé au pays d’où l’on ne revient pas, ou, ce qui est pire encore, ingrat, insensible à tes vœux et à ta peine, il est devenu un étranger pour toi, ou peut-être une honte pour ton nom. Impuissance ! . . .

Impuissance ! . . . Désillusion ! . . . Vanité . . ., tout est vanité ! Tu dis : « Non ! » Tu te révoltes, tu te raidis contre le sort  . . . Que tu luttes ou t’abandonnes, ta vie inspire la pitié ! Écoute ! Ce n’est pas un sermon que je veux te faire. Et si même tu trouves le nom de Dieu dans ces lignes, ne te formalise pas. L’athée aussi l’emploie, ne serait-ce que pour nier Son existence . . . Et ses négations n’expliquent rien et ne soulagent pas. L’athéisme n’est sûr de rien. Avec lui sans cesse tout est remis en doute.

Écoute encore ! TON ÉPREUVE N’EST PAS LA CAUSE RÉELLE ET PREMIÈRE DE TA PROFONDE DÉTRESSE. L’homme est malheureux de nature. Sa soif de bonheur le prouve ! Sa constante insatisfaction révèle qu’il n’est pas heureux dans son essence. Il ne possède rien en propre, rien qui soit vraiment à lui. Son cœur est un monde de désirs.

L’homme est un vase créé pour être rempli . . ., créé pour contenir, un vase aux dimensions infinies. Son cœur a soif d’infini . . . Mais où le trouver ? . . . Le monde et tout ce qu’il contient est contingent, passager, corruptible, périssable . . .

Ici-bas, l’homme n’a rien apporté et il sait qu’il n’emportera rien ! Pourtant, il n’a pas été créé pour souffrir ! Il le sait, il le sent. Son cœur aspire à la joie, à la plénitude lors même qu’il se plonge dans la souillure et les voluptés d’un jour. Il est une chose que l’homme doit reconnaître :

SON BONHEUR NE DÉPEND PAS ESSENTIELLEMENT DES CIRCONSTANCES BONNES OU MAUVAISES, MAIS AVANT TOUT, D’UN ÉTAT D’ÂME !

Ainsi, tel riche est malheureux dans son opulence, alors qu’un pauvre chante dans son indigence . . . Tel être en pleine santé ne cesse de se plaindre, alors que tel malade édifie et réconforte les biens portants . . . Telle femme reste insatisfaite et s’ennuie quand tout semble l’avoir favorisée et que tout s’allie pour la distraire, alors que non loin d’elle, un rayon de joie brille au foyer solitaire de la veuve qui peine et trouve cependant le temps d’être charitable ! . . . LE BONHEUR N’EST PAS DANS LES CIRCONSTANCES NI DANS LES ÊTRES, LE BONHEUR EST EN DIEU, ET DÉPEND DE L’ÉTAT DE NOS RELATIONS AVEC LUI.

Car, qu’on le veuille ou non, DIEU EST ! On peut vivre avec Lui ; on peut vivre sans Lui. Seul l’homme a le bénéfice ou la perte de son attitude. Parce que l’homme vit loin de Dieu et ne connaît pas Dieu, il ne possède pas la paix. Riche, il convoite encore ; entouré, il craint de perdre ceux qu’il aime ou désire d’autres présences ; en santé, il ignore son bienfait. Et voici que dans cet état, l’épreuve le frappe ! N’ayant pas su vraiment jouir de l’abondance, comment pourrait-il être content dans les privations ? Seule l’école de Dieu lui aurait appris cela.

N’ayant jamais connu d’autre amour que celui des créatures, comment se douterait-il qu’il existe un amour divin capable de consoler l’orphelin, de remplacer une mère, un père, une femme, un mari ? . . . C’est pourquoi, au jour où la mort vient lui arracher un être cher, peut-être le plus cher, il reste meurtri, brisé, affreusement solitaire . . . Seule l’école de Dieu lui aurait appris à aimer en Dieu ce que pour un temps Il nous confie. Il ne serait pas seul dans sa douleur et saurait que pour Dieu comme pour le croyant, « tous vivent » !

N’ayant pas su employer ses forces à la gloire de Dieu, comment pourrait-il maintenant Le louer et Le bénir dans un corps débile et douloureux ? . . . Seule la communion avec Dieu lui aurait appris à se soumettre à la volonté divine et à rechercher en Jésus la puissance qui guérit ! L’homme a vécu sans Dieu ! Il a oublié qu’ici bas il avait un Maître. Il ne s’est pas préparé à recevoir Sa visite.

Parce que le Maître ne lui imposait pas visiblement Sa présence, parce qu’Il n’exigeait pas sans cesse tous Ses droits sur Lui, parce qu’Il lui laissait une certaine liberté, l’homme s’est cru le maître et plus, il a pensé pouvoir tout accaparer. Insensible aux nombreux bienfaits du Seigneur, aujourd’hui que le Maître réclame ce qui lui appartient, l’homme crie à l’injustice, se cabre, se révolte. Il a voulu jouir sans Dieu et maintenant il faut souffrir sans Lui ! Le faut-il vraiment ? Dieu le veut-Il vraiment ?

Non ! Non ! Et non ! Dieu veut seulement nous faire comprendre que les épreuves ne sont pas les causes de nos plus grandes détresses, mais bien notre abandon de Lui. Ce qui rend l’épreuve tragique, c’est l’absence de Dieu. L’absence de Celui qui domine le mal, le contrôle, le mesure ; qui tient la verge dans Sa main, qui châtie comme un père et non comme un ennemi ou comme un sourd et aveugle hasard. L’épreuve n’est qu’un examen. Mais sans Dieu, l’homme n’y est pas préparé. Il ne connaît pas l’Examinateur qui semble lui parler un incompréhensible langage. Ses épreuves le troublent.

L’élève voudrait questionner au lieu de répondre, faire le juge au lieu de se laisser juger. Pourquoi ignorer plus longtemps que Dieu seul est le Souverain bien ? Les richesses, les honneurs, la réputation, la santé, l’affection de la créature, tout cela est bien et bon, mais tout cela n’est qu’accessoire et passager . . . DIEU SEUL DEMEURE.

Mais encore faut-il que ce Dieu soit connu, révélé ! L’homme ne croit pas en Dieu, non pas tant par difficulté intellectuelle, mais parce qu’il ne pense pas, parce qu’il ne veut pas penser, parce que souvent les valeurs spirituelles ne sont plus rien pour lui . . . Et s’il admet encore l’existence de Dieu, trop souvent hélas, il vit comme s’Il n’existait pas. Il ne le fait pas entrer dans sa vie quotidienne. Il peine seul, il lutte seul, il aime seul . . . Il vit comme si Dieu n’était pas venu sur la terre, n’avait pas participé à nos joies et à nos souffrances, comme si Dieu était encore le grand Inconnu retiré au plus profond des cieux ! . . .

L’homme vit chargé de ses peines, de ses soucis, de ses péchés, comme si en Jésus-Christ, Dieu ne s’était pas incarné pour prendre sur Lui tout le poids de notre misère physique, morale et spirituelle, comme si ces paroles ineffables de l’Écriture Sainte n’avaient pas eu leur accomplissement : « Certainement, Lui, a porté nos langueurs, et s’est chargé de nos douleurs ; et nous, nous l’avons considéré comme puni, frappé de Dieu, et humilié. Mais il a été blessé pour nos péchés, meurtri pour nos iniquités ; le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur Lui, et c’est par Ses meurtrissures que nous sommes guéris » (Ésaïe 53.4-5).

Ami qui souffre, connais-tu le Sauveur ? Mon dernier mot pour toi, c’est JÉSUS  ! C’est Lui qu’il te faut ! Non seulement le Christ historique d’un certain catéchisme, mais le Christ vivant, mort hier pour tes fautes et ressuscité pour ta justification, et qui, aujourd’hui, transfigure toutes nos épreuves, nous entourant de Sa grâce prévenante, traversant avec nous les plus sombres tunnels ; le Christ notre richesse, notre sagesse ; le Christ seul capable de peupler toutes nos solitudes par Sa merveilleuse présence.

Pourquoi ne viendrais-tu pas à Jésus ? Non pas à une religion de rites et de dogmes, mais à une personne adorable, à Celui qui donne la vie . . . à Celui qui fait vivre et nous révèle les Évangiles et la Bible toute entière.

N’entendras-tu pas Sa voix te dire en cet instant, à toi qu’Il connaît si bien et que tu connais si peu : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous soulagerai. Prenez mon joug sur vous et apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez le repos de vos âmes. Car mon joug est doux, et mon fardeau léger » (Matthieu 11.28-30).

Tu verras que Dieu sait tenir Ses promesses. En Lui tu découvriras un Père, un Dieu qui sait de quoi nos corps et nos cœurs ont besoin. Alors, ton épreuve prendra soudain un autre visage. Tu y verras une messagère des cieux envoyée pour te ramener à Dieu, à la source de tout bonheur durable. Tu comprendras pourquoi des multitudes d’hommes et de femmes témoignent que l’épreuve a été pour eux la plus grande source de bénédiction, parce que par elle ils ont retrouvé Dieu, ou ont appris à mieux connaître Son amour infini.

Ils ont réalisé ce que dit le Psalmiste : « Avant que je fusse affligé, j’errais ; mais maintenant je garde ta Parole », « Il est bon pour moi que j’aie été affligé, afin que j’apprenne tes statuts » (Psaume 119.67.71).

L’épreuve n’a éloigné de Dieu que les formalistes, les cœurs partagés, tous ceux qui n’acceptent pas dans leur vie l’autorité du Seigneur, SON droit d’éduquer, d’instruire, de corriger Ses créatures, dans Son désir d’en faire PAR JÉSUS-CHRIST, non seulement des enfants d’adoption, mais des FILS POSSÉDANT SA VIE ET REFLÉTANT SA NATURE (Hébreux 12.7-11).

Certes, l’épreuve opère un triage, une sélection. L’épreuve est un examen. Celui qui croit en Jésus-Christ et qui VIT DE SA VIE s’y trouve préparé et pourra triompher, car dit l’Écriture, « il vous a été fait la grâce, par rapport à Christ, non seulement de croire en Lui, mais encore de SOUFFRIR POUR LUI » (Philippiens 1.29).

Quand la souffrance est reçue comme une grâce, elle ne tarde pas à produire pour ceux qui ont été ainsi éprouvés, un fruit paisible de justice. Incrédule ou croyant, jusqu’à ce jour vous n’avez connu de l’épreuve que son dur et sombre visage. Aujourd’hui l’occasion vous est donnée d’apprendre à mieux connaître « Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes, et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toutes nos afflictions, afin que, par la consolation dont nous sommes l’objet de la part de Dieu, nous puissions consoler ceux qui se trouvent dans quelque affliction » (2Corinthiens 1.3-4).

Alors les paroles victorieuses de l’apôtre deviendront les vôtres : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? . . . Qui nous séparera de l’amour de Christ ? Sera-ce la tribulation ou l’angoisse, ou la persécution, ou la faim, ou la nudité, ou le péril ou l’épée ? Au contraire, dans toutes ces choses nous sommes PLUS QUE VAINQUEURS PAR CELUI QUI NOUS A AIMÉS. Car j’ai l’assurance que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les choses présentes, ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur » (Romains 8.31-39).