L'UNITÉ DU CORPS DE CHRIST
GASTON RACINE
1948
Table des matières
AVANT-PROPOS ET PRÉFACE
« La gloire que tu m’as données, moi, je la leur ai donnée, afin qu’ils soient UN, comme nous sommes UN . . .,
et que le monde connaisse que toi tu m’as envoyé. »
(Jean 17.22-23)
Les lignes suivantes résument l’exposé fait au Château de Crans (Suisse), à l’occasion d’une réunion de prière groupant plusieurs serviteurs de Dieu de différentes églises et assemblées, frères avec lesquels nous nous réunissions mensuellement depuis 1943, pour nous humilier sous la puissante main de Dieu, et rechercher avec ardeur la face du Seigneur !
Sur la demande de plusieurs, cet exposé fut d’abord multicopié en deux cents exemplaires qui furent très vite épuisés ; et ce message ayant été en bénédiction à plusieurs âmes, nous nous sommes décidé à le publier sous forme de brochure pour répondre à de nombreuses demandes de Suisse, de France et de Belgique.
Il ne nous a paru ni utile ni profitable d’en modifier la forme ou le fond. Il s’agissait d’un entretien à bâtons rompus, qui devait orienter notre réunion de prière et nos échanges de vues. Nous avons donc laissé à cet exposé le ton intime du langage parlé.
Neuf mois plus tard, le porteur de ce message devait, comme il le pressentait, être exclu du milieu de ses frères. Depuis cet événement douloureux, où il fut brisé dans ses affections les plus chères, une année s’est écoulée. Le témoignage qu’il peut rendre aujourd’hui, c’est que Dieu lui est resté fidèle et que, dans les jours les plus sombres, Jésus s’est plu à peupler sa solitude par Sa merveilleuse présence, prenant soin de lui et des siens jour après jour, accomplissant toutes Ses promesses.
« Jésus-Christ et le même, hier, et aujourd’hui, et éternellement » (Hébreux 13.8). Quand l’aveugle-né, dont nous parle le chapitre 9 de l’Évangile de Jean, fut chassé hors du temple, il est dit que Jésus, l’ayant appris, le retrouva « dehors », pour se révéler plus intimement à lui (Jean 9.35-37). Et là, sur la rue, le Christ reçut l’adoration de l’aveugle guéri (Jean 9.38). Ce qui se passa pour cet homme nous est arrivé à nous aussi. Dans tous les temps, Christ a su, sait, et saura encore retrouver « dehors » les exclus. N’est-il pas toujours lui-même le grand rejeté, le méprisé, le délaissé des hommes ? (Ésaïe 53)
Dès lors, l’auteur de ces lignes est resté dans la position que ses frères lui ont faite. Rejeté de leur sein, il continue à s’humilier sous la main de Dieu « jusqu’à ce que vienne le Seigneur, qui mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres, et qui manifestera les desseins des cœurs. Alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui sera due » (1Corinthiens 4.5).
Aujourd’hui, il continue à aimer ses frères et à prier pour eux. Il sait que le Seigneur est au-dessus de toutes choses, et que rien n’arrive sans sa permission.
Si cet humble témoignage pouvait encourager et fortifier la foi des saints et de ceux qui veulent à tout prix suivre Christ jusqu’au bout, nos souffrances ne seraient pas inutiles, et ainsi se réaliserait une nouvelle fois la parole qui dit : « Le Dieu de toute consolation nous console dans toute nos afflictions, afin que, par la consolation dont nous sommes l’objet de la part de Dieu, nous puissions consoler ceux qui se trouvent dans quelque affliction ! » (2 Corinthiens 1.3-4).
Frères bien-aimés, « Dieu n’est pas un homme pour mentir, ni un fils d’homme pour se repentir » (Nombres 23.19).
Seules les grandes épreuves nous donnent l’occasion de connaître les grandes délivrances et la puissance de Dieu.
« Qu’au seul Dieu, notre Sauveur, par Jésus-Christ notre Seigneur, soient gloire, majesté, force, puissance, dès avant tous les temps, et maintenant, et pour tous les siècles ! Amen ! » (Jude 24-25)
Gaston RACINE
Lyon, mars 1948
PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION
Treize ans se sont écoulés depuis le jour où, à Lyon, nous écrivions l’introduction du Résumé de l’exposé sur L’UNITÉ DU CORPS DE CHRIST, que nous rééditons aujourd’hui. Après l’avoir relu, nous constatons qu’il exprime encore, tel qu’il est, ce que nous croyons juste devant Dieu et devant les hommes.
Les circonstances que nous avons vécues depuis ce 17 juin 1946 où, dans la bibliothèque du Château de Crans, nous développions ces vérités, n’ont fait que confirmer nos convictions profondes sur ce sujet. La bénédiction nous est donnée dans le chemin de l’obéissance au Seigneur et à sa Parole, et non dans la soumission aux hommes et à leurs principes.
Dans une telle voie, toute souffrance endurée de la part des hommes, mais acceptée humblement et sans révolte de la main de dieu, est finalement transformée par Lui en bien, pour notre édification personnelle et pour le salut de beaucoup d’âmes.
Que Dieu poursuive son œuvre dans nos cœurs et nous donne à tous d’être trouvés fidèles (1Corinthiens 4.2).
Gaston RACINE
Nice, mars 1961
INTRODUCTION
Lors de notre dernière rencontre, il nous semblait être arrivés à un tournant. Il nous a paru bon d’aller au fond des choses, de les appeler par leur nom et de voir pourquoi Dieu ne nous avait pas encore conduits, depuis trois ans que ces réunions de prière existaient, à quelque chose de plus positif. Plusieurs ont même été exercés au point de se demander s’ils devaient revenir à ces réunions, craignant que ces rencontres ne deviennent pour eux un piège, une voie de garage pour mieux dormir en rêvant d’être réveillés.
Vous m’avez demandé la dernière fois d’introduire la réunion d’aujourd’hui par une étude sur : « L’UNITÉ DU CORPS DE CHRIST ».
Sachant que ce sujet est au fond assez familier à la plupart d’entre nous, ce n’est pas une étude théorique de l’unité du Corps que j’ai à cœur de vous présenter, mais les simples réflexions qui sont montées dans mon cœur en pensant à ce sujet et à nos rencontres.
Textes lus : (Jean 13.34-36 ; Jean 17.11, 20-23 ; 1 Corinthiens 12.12-14 ; Éphésiens 4.1-7)
Ne pensez pas que ce soit comme membre d’une Assemblée particulière que je m’adresse à vous, mais uniquement comme membre du Corps du Christ, de ce Corps dont nous faisons tous ici partie.
Venus de milieux divers, nous désirons tous un réveil, un renouveau vivifiant les enfants de Dieu dispersés, dans l’attente du retour de Christ. Mais, jusqu’à présent, peut-être avons-nous trop désiré le réveil de « notre » église, de « notre » assemblée, ce qui aurait le grand avantage de laisser intacte notre situation, en nous mettant même en relief dans notre milieu. Or je crois que Dieu veut nous donner une vision plus large du réveil : la vision du réveil de Son peuple en dehors de tous les cadres édifiés par les hommes. Pour cela, Dieu ne peut employer que des hommes entièrement à Sa disposition, libérés de leur cadre et de tout esprit de schisme.
Notre responsabilité première concerne évidemment les églises ou les assemblées dans lesquelles le Seigneur nous a appelés et où Il nous fait la grâce de travailler. C’est de cette responsabilité que nous devons nous décharger avant toutes choses, et quel que soit le prix à payer. Nous devons donc proclamer tout ce que le Seigneur nous a fait comprendre par Sa Parole et conformer toute notre vie pratique aux vérités que nous avons reçues. Sommes-nous prêts à cela ?
Ce message et cette manière de vivre entraîneront peut-être pour nous de grandes souffrances, nous mettront peut-être en conflit avec les autorités de nos églises ou avec des frères de nos assemblées. Si notre témoignage n’est pas reçu, nous perdrons peut-être notre situation, la considération, le prestige dont nous jouissons et auxquels nous tenons. Des problèmes d’ordre matériel pourront se poser à nous dès l’instant où nous nous engagerons à fond dans le combat spirituel. Sommes-nous prêts, s’il le faut, malgré nos titres, nos habitudes, à travailler de nos mains pour subvenir aux besoins de nos familles afin de n’être à la charge de personne tout en continuant d’annoncer la Parole où Dieu le voudra ? De grands serviteurs de Dieu ont connu ce chemin, en premier lieu l’apôtre Paul. Sommes-nous prêts à vivre dans la pauvreté pour suivre Christ jusqu’au bout ?
Le chemin du réveil étant un sentier de souffrances et de dépouillements il est nécessaire que notre base de départ soit solide, bien connue et qu’elle ne laisse subsister aucun doute dans nos cœurs. Je ne crois pas que le réveil nous viendra des nuages comme une pluie abondante arrosant nos paisibles enclos, mais qu’il jaillira d’une obéissance à la Parole de Dieu agissant avec puissance dans nos vies par le souffle du Saint-Esprit.
Le Seigneur ne nous demande pas une chose qui nous coûte, sans un appel précis et des directions claires et sûres qui seront notre force et notre confiance et nous empêcheront de reculer au moment des difficultés. Tout acte de foi repose sur un ordre positif de Dieu (ex. la vie d’Abraham). Dieu n’a que faire de nos improvisations. La vraie initiative chrétienne n’est au fond qu’une obéissance à la Parole de Dieu. En dehors de cela, tout n’est qu’activité charnelle et Dieu ne saurait bénir une manifestation de la volonté propre, même si nous croyons avoir mis cette dernière à Son service.
Ceci posé, entrons plus avant dans notre sujet en considérant quelques points qui doivent retenir l’attention de nos cœurs :
Toute église ou assemblée qui ne se laisse pas sans cesse réformer par la parole de Dieu tombe au bout de quelques décades dans le formalisme, le légalisme, où les traditions et les principes humains ont souvent plus d’autorité que la Bible elle-même.
Les chrétiens qui n’ont pas connu les exercices des réformateurs ou des hommes de réveil qui sont à l’origine de la plupart de nos milieux, marchent alors dans un sentier devenu pour eux une ornière, certains d’être dans la vérité, sans avoir lutté pour la connaitre, d’où la suffisance spirituelle, l’orgueil, la tiédeur et la mondanité.
L’Église du Seigneur envisagée comme Corps du Christ, comme Son Épouse, peut avoir des manquements, des rides et des taches, mais ne peut pas apostasier, quelle que soit la ruine de la chrétienté professante. Il reste toujours pour l’Église, la possibilité d’un réveil par un retour à la Parole de Dieu, à « ce qui était dès le commencement ». Il faut se souvenir sans cesse que le sort de l’Église de Christ n’est pas lié au monde dans lequel elle se trouve, mais à JÉSUS, sa Tête glorieuse qui est dans le ciel.
L’Église humiliée monte du désert vers la gloire. Le monde orgueilleux descend vers la ruine et le jugement.
Quelle que soit leur faiblesse, les croyants n’ont pas le droit de prendre leur parti de la ruine du témoignage de l’Église en comptant sur le retour du Seigneur pour mettre fin à toute cette misère, mais dans l’humiliation et la confession de leurs fautes, reconnaissant qu’à cette ruine ils ont tous mis la main, ils doivent réclamer la force du Seigneur, Le suppliant de faire luire la lumière de Sa face sur Son sanctuaire désolé !
Tout chrétien qui croit à la réalité de l’Église, corps de Christ, dont Christ est la Tête, est obligé d’admettre que la puissance de Christ n’a pas changé. S’il y a faiblesse dans les membres, c’est que le péché, l’interdit, empêchent la vie de la Tête de se manifester dans les membres visibles. Si nous confessons nos fautes, si nous les abandonnons, si nous revenons à Christ et conformons nos vies aux enseignements de Sa Parole, toute Sa puissance se manifestera à nouveau dans les membres de Son Corps.
Selon le principe biblique que « la fin d’une chose est meilleure que son commencement » (Écclésiaste 7.8), nous pouvons croire que si le commencement de l’Église à la Pentecôte fut merveilleux, son achèvement ne sera pas moins glorieux (Zacharie 4.7). Dans Éphésiens 4.11-12, nous voyons que le Seigneur a donné les différents ministères « en vue du perfectionnement des saints, pour l’œuvre du service, pour l’édification du Corps de Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature de la plénitude du Christ ». En Apocalypse 19.7, lorsqu’il est parlé des noces de l’Agneau, il est dit « sa femme s’est préparée ». D’autre part, dans les épîtres, la sanctification pratique des croyants nous est presque toujours présentée en relation avec la Venue du Seigneur. Il est donc permis de croire que le Seigneur veut redonner à Son Église les traits spirituels du début, non comme lumières nouvelles, mais comme puissance en vue de Son retour.
L’enlèvement de l’Église ne peut pas être une « récupération des déchets ». À sa venue, ce que le Seigneur va ravir de la terre, ce n’est pas des naufragés. Ce n’est pas cette chrétienté professante sans vie qui a fait naufrage et que le Seigneur vomira bientôt de Sa bouche. Les Écritures montrent clairement que ceux que le Seigneur a enlevés, avaient manifesté des traits qui lui avaient plu. Il est dit d’Énoch : « Car avant son enlèvement, il a reçu le témoignage d’avoir plu à Dieu » (Hébreux 11.5). Ce n’est pas lorsque Élie était sous un genêt désirant la mort, que l’Éternel le fit monter aux cieux ; non, Il l’enleva dans toute la dignité et dans toute la puissance d’un vainqueur. Le texte dit : « L’Éternel fit monter Élie aux cieux » (2Rois 2.1). Ce qui nous est donc demandé aujourd’hui, c’est de revêtir d’une manière vivante les caractères de Celui auquel nous allons bientôt être rendus semblables.
CHAPITRE 1
CARACTÈRES SPIRITUELS DE L'ÉGLISE
L’un des principaux est l’unité. Sans cette unité, l’Église perd sa puissance comme témoignage et comme force d’évangélisation dans ce monde. Si les croyants ne sont pas unis, ils n’ont aucune autorité pour parler au monde au nom du Christ qui a dit : « Je vous donne un commandement nouveau, que vous vous aimiez l’un l’autre ; comme je vous ai aimés, que vous aussi vous vous aimiez l’un l’autre. À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour entre vous ! » (Jean 13.34-35) et qui a prié ainsi la nuit où il fut livré : « Père saint, garde en ton nom ceux que tu m’as donnés afin qu’ils soient un comme nous . . . Afin qu’ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi ; afin qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que toi tu m’as envoyé. Et la gloire que tu m’as donnée, moi, je la leur ai donnée, afin qu’ils soient un, comme nous, nous sommes un ; moi en eux et toi en moi ; afin qu’ils soient consommés en un, et que le monde connaisse que toi tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (Jean 17.11, 21-23).
Ce qui a fait la puissance de l’Église primitive et la force de son témoignage dans le monde, c’est son unité. Les apôtres, comme la multitude de ceux qui avaient cru n’était qu’un cœur et qu’une âme (Actes 2.42 ; 4.32).
Le fait d’être séparés d’autres enfants de Dieu n’est pas toujours un signe de piété ou d’obéissance, ni forcément la preuve que nous sommes dans la vérité. C’est au contraire la manifestation d’une infidélité à la Parole, d’une désobéissance au premier commandement du Seigneur, d’un défi jeté à Sa suprême prière.
La vue et la conscience de nos divisions devraient nous faire tous souffrir et nous jeter dans la poussière et dans l’humiliation, nous amenant à scruter nos voies à la lumière de la Parole, ne nous laissant aucun repos avant que la réconciliation ne se soit produite dans la vérité entre les enfants de la même famille !
Nous devons tous reconnaître que les divisions sont le produit de la chair (Galates 5.20) et non de l’amour de la vérité. L’amour de la vérité nous sépare du mal et du monde, mais non de nos frères. La chair divise les enfants de Dieu, la vérité les unit. Certes, l’amour de la vérité nous conduira toujours à nous purifier des vases à déshonneur qui se trouvent dans la grande maison qu’est devenue la profession chrétienne (2Timothée 2.19-21), mais cet amour nous poussera aussi à poursuivre la justice, la foi, la charité, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur (2Timothée 2.22).
Ainsi la vérité sépare et rassemble, mais ne divise pas.
CHAPITRE 2
QU'EST-CE QUE LA VÉRITÉ ?
La vérité n’est pas une formule, ou un ensemble de dogmes, mais une Personne vivante Christ, qui a dit : « Je suis la Vérité » (Jean 14.6). Mais comment connaître Christ de nos jours ? — Par Sa Parole ! — C’est le Christ des Écritures qui est la Vérité et non le Christ de l’imagination humaine. C’est dans Sa Parole que Christ se révèle aux âmes, aussi Sa Parole est-elle une Parole vivante, et cette Parole est la Vérité (Jean 17.17).
Si les croyants sont divisés, c’est qu’ils se sont tous éloignés de Jésus et de Sa Parole. Si tous nous nous tenions tout près du Christ, écoutant Sa voix, nous serions ensemble. Humilions-nous donc de nous être tous éloignés du Seigneur Jésus dans nos pensées et notre marche, et revenons à Lui, de tout notre cœur. Alors en Lui, nous découvrirons LA VÉRITÉ, selon la déclaration de l’apôtre Paul « la Vérité est en Jésus » (Éphésiens 4.21).
Au fond, nos divergences de vues, au lieu de provenir d’une opposition fondamentale, viennent le plus souvent du fait que les uns et les autres « nous ne connaissons qu’en partie » (1Corinthiens 13.9). Ce qui constitue nos différences dans la foi, ce n’est pas la nature de cette dernière, mais bien son Objet connu à des degrés fort divers. Mais le Seigneur a promis aux siens que le Saint-Esprit les conduirait dans toute la vérité (Jean 16.13), et tout a été donné pour que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu (Éphésiens 4.13).
Si les uns et les autres, abandonnant notre volonté propre et nos pensées particulières, nous nous laissions conduire par le Saint-Esprit, il nous amènerait à cette Vérité qu’est Christ, Personne vivante dominant toute notre vie — et non à un Credo ni à un ensemble de doctrines sur lesquelles, nous devrions nous mettre d’accord.
Ce n’est pas l’appartenance à tel milieu religieux orthodoxe qui fait qu’un chrétien est dans la vérité. Sur la terre, la Vérité est un chemin dans lequel on marche. Ce chemin c’est JÉSUS (Jean 14.6). Pour être dans la vérité, il faut tout d’abord être né de nouveau (Jean 3). Cette nouvelle naissance se manifeste alors par une recherche de la volonté de Dieu (Colossiens 1.9-10), et par une marche dans l’empreinte des pas du Seigneur, par une obéissance à Sa Parole et à Ses commandements.
Pour être dans la vérité, il ne suffit donc pas de connaître et d’observer les formes les plus exactes de la piété et du culte. Il faut avoir « appris le Christ » (Éphésiens 4.20), et le manifester Lui, dans notre vie entière. N’oublions jamais que la vérité est toujours liée à la marche (lire les Épîtres de Jean).
La vérité étant donc un chemin sur la terre et non un lieu où l’on s’assied, tous les croyants sont appelés à y marcher. C’est dans ce chemin que le Saint-Esprit conduit les rachetés (Jean 16.13). C’est dans cette marche commune en Christ qu’ils peuvent manifester leur unité au monde.
CHAPITRE 3
L'UNITÉ DE L'ÉGLISE EST UN FAIT
Cette vérité est clairement soulignée dans le chapitre 4 de l’Épître aux Éphésiens. L’unité de l’Église découle du baptême du Saint-Esprit qui le jour de la Pentecôte forma en un seul Corps tous les croyants cf. (1Corinthiens 12.12-13 et Actes 2). C’est par la nouvelle naissance que l’homme devient membre de l’Église, du Corps de Christ. Le Saint-Esprit lui communique la vie même de Christ. Il se trouve ainsi uni vitalement à Lui et à tous ceux qui comme lui possèdent cette vie divine.
Tous les vrais enfants de Dieu appartiennent donc à la même Église, qu’ils le reconnaissent ou non. Aux yeux de Dieu, il n’existe qu’une Église, qu’une Assemblée formée de tous les croyants, où qu’ils se trouvent. Tous ces rachetés sont frères en Christ, qu’ils s’accordent ce titre ou se le refusent, car en recevant Christ, ils sont devenus les enfants d’un même Père (Jean 1.12).
Il est si triste de constater que les relations entre enfants de Dieu sont souvent celles de cousins éloignés et non de frères. Le témoignage que Dieu attend de nous, c’est que nous montrions à ce monde que nous sommes les enfants de Dieu, des frères et des sœurs, les membres unis d’une même famille ; c’est que nous manifestions, ici-bas, les caractères de notre Père qui est dans les cieux (Matthieu 5.43-48). Si nous ne rendons pas ce témoignage, nous ne pouvons avoir la prétention de nous appeler « le témoignage de Dieu ici-bas », ni parler au monde en Son Nom.
Ce témoignage, qui doit faire connaître à tous notre qualité de disciples (Jean 13.35) et qui doit amener le monde à croire (Jean 17.21-23), s’exprime par la communion fraternelle. Or, la communion fraternelle biblique est basée sur l’identité de vie que nous possédons eu Christ, sur notre marche dans la lumière (1Jean 1), et non sur une uniformité de vues.
Il est certes désirable que des frères partagent toujours plus les mêmes vues ; en Philippiens 2, nous sommes vivement exhortés par les compassions du Christ et tout ce que nous trouvons en Lui, à avoir une même pensée, un même amour, à être d’un même sentiment, à penser une seule et même chose. Dès que Christ devient l’Objet unique de nos cœurs, ils vibrent d’un même amour et communient dans la contemplation merveilleuse des gloires si diverses de notre adorable Seigneur.
Cependant nos liens ne sont pas formés par nos vues et nos sentiments, mais par la nouvelle alliance dans le sang de Christ (Luc 22.20). Or, Son sang Il l’a versé pour nous tous, et la coupe de bénédiction que nous bénissons est notre communion au sang du Christ (1Corinthiens 10.16). Notre communion se trouve donc dans Son sang, c’est-à-dire dans Sa vie, car le sang c’est la vie ! (Lévitique 17.14). La vie de Christ, cette vie donnée pour nous, voilà le lien inaltérable qui unit les enfants de Dieu pour le présent et pour l’éternité.
La manifestation extérieure de la communion fraternelle s’exprime vis-à-vis de Dieu et du monde de plusieurs manières :
- par la pratique de l’amour (Jean 13.34 et 1 Jean) ;
- par les conséquences qui découlent de notre appartenance au Corps de Christ, selon qu’il est écrit : « Si un membre souffre, tous souffrent » etc. (1Corinthiens 12.26) ;
- par notre intérêt et notre travail en commun pour l’œuvre de Dieu et la cause de l’Évangile ; par le rassemblement des croyants qui s’édifient ensemble sur leur très sainte foi, bénéficiant des dons et des richesses que Dieu a placés dans le Corps de Christ ;
- enfin, et plus spécialement, cette communion se manifeste à la Table du Seigneur dans l’accomplissement du désir du cœur de Christ (Luc 22.19), en prenant la Cène ensemble, acte qui ne saurait en aucune manière créer la communion entre les frères, mais qui ne fait que la manifester.
CHAPITRE 4
LA TABLE DU SEIGNEUR ET LA CÈNE
C’est à la Table du Seigneur que nous avons la manifestation la plus parfaite de l’Unité du Corps de Christ dans la participation à la Cène (1Corinthiens 10.16 et ss. ; 11.23 et ss.). Le seul et même pain formé de plusieurs grains de blé nous rappelle que nous, qui sommes plusieurs, formons un seul corps.
Qui peut prendre la Cène ?
Tout membre du Corps de Christ, toute personne qui confesse de sa bouche Jésus comme Seigneur et qui croit dans son cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts (Romains 10.9). Tout disciple du Seigneur est expressément invité par Son Maître à se souvenir de Lui pendant le temps de Son absence, en participant aux signes visibles qu’Il a institués la nuit où Il fut livré (Luc 22.19-21 et 1Corinthiens 11.23 et ss.).
D’après 1Corintihiens 10.16-22, nous voyons que la communion au sang de Christ et au corps de Christ qu’expriment la coupe et le pain de la Cène, se manifeste entre les croyants à une table appelée « la Table du Seigneur ». Christ a donc tous les droits à cette table et c’est Lui qui y reçoit les membres de Sa famille .
Il ressort de ces passages que ceux qui s’approchent de la Table du Seigneur doivent marcher dans un chemin de séparation du mal et du monde. Les rachetés du Seigneur qui participent à la communion de « Son corps et de Son sang » doivent se purifier de toute souillure (2Corinthiens 6.14 à 7.2).
C’est ici qu’il est nécessaire de dire deux mots sur la discipline ecclésiastique, sujet bien négligé de nos jours.
Toute église ou assemblée qui veut être ici-bas la véritable expression de l’Église Corps de Christ – même si le nombre de ses membres est très faible – même s’ils ne sont que deux ou trois (Matthieu 18.15-20) – doit, suivant les prescriptions de la Parole de Dieu, pratiquer avec sérieux une discipline ecclésiastique pour la répression du vice et des fausses doctrines, et le maintien de la vertu et de la vérité (1Corinthiens 5 ; 2Jean).
Il est intéressant de lire, à ce sujet, l’art. 23 de la Confession écossaise de 1560 qui dit :
Nous confessons que seuls peuvent prendre part à la Cène ceux qui, appartenant à la famille des croyants, sont capables de s’éprouver eux-mêmes quant à leur foi à leur responsabilité vis-à-vis de leur prochain. Mais ceux qui mangent et boivent à la Table sainte sans la foi et dans un sentiment de discorde et de séparation à l’égard de leurs frères, ceux-là communient indignement. Raison pour laquelle les pasteurs de nos églises soumettent ceux qui sont admis à table du Seigneur à un examen public et personnel se rapportant à leur foi et à leur vie.D’après le témoignage néotestamentaire,
Sur quoi cette discipline porte-t-elle ?
- Sur la marche morale (1Corinthiens 5).
- Sur la pensée doctrinale (2Jean).
Ainsi, s’il est vrai que tout croyant doit s’éprouver lui-même en mangeant le pain et en buvant à la coupe (1Corinthiens 11.28), le fait même qu’il existe une discipline dans l’Assemblée des croyants nous montre clairement que nous ne pouvons pas participer à la Sainte Cène avec n’importe qui, sur le seul principe de la responsabilité individuelle. 2Corinthiens 5.14-18 et 2Timothée 2.14-21, nous enseignent passivement à ce sujet.
À la table du Seigneur s’exprime une double communion, verticale et horizontale ; d’une part, nous avons communion avec Christ dans le ciel et, d‘autre part, nous avons communion les uns avec les autres sur la terre. Or le croyant ne peut avoir communion avec l’incrédule, le fornicateur, ou le faux docteur.
Cependant la discipline ne saurait en aucun cas exercer sur des questions de mots, de formes ou de vues divergentes sur des points secondaires. Si sur l’une de ces choses nous avons entre frères un sentiment différent, nous sommes exhortés, en attenant que Dieu nous révèle sa pensée, à marcher dans un même sentier (Philippiens 3.15-16). Les choses auxquelles nous sommes parvenus et dans lesquelles nous devons être d’accord pour marcher ensemble est énumérées en Éphésiens 4.4-6 :
il y a un seul corps, il y a un seul Esprit, il y a une seule Espérance, il y a un seul Seigneur, il y a une seule Foi, il y un un seul baptême, il y a un seul Dieu et Père de tous . . .
Nous trouvons là les sept colonnes de l’unité chrétienne comme aussi les sept puissants motifs à garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix. La discipline devant s’exercer en présence du mal moral et du mal doctrinal, il est peut-être bon de donner quelques précisions.
Qu’est-ce que le mal moral ?
C’est un état de péché connu et non jugé dans lequel nous continuons à vivre (1Jean 3.4 ; 1Corinthiens). Les rachetés formant sur la terre une église ou assemblée dans une localité (Apocalypse 2 et 3) doivent se séparer de toute personne qui fait profession de christianisme et qui refuse d’abandonner et de confesser ses fautes. S’ils tolèrent le mal au sein du troupeau et par conséquent à la table du Seigneur, cette table est souillée et ils se souillent eux-mêmes attirant de l’opprobre sur l’Église entière au jour où le scandale devient public.
Qu’est-ce que le mal doctrinal ?
C’est une fausse doctrine dont on se nourrit et que l’on prêche. Une fausse doctrine n’est pas une divergence de vues ou d’interprétation sur des questions de mots ou de formes, mais le rejet ouvert ou voilé d’une vérité clairement révélée dans toute l’Écriture et son remplacement par une pensée humaine (1Jean et 2Jean). La Confession écossaise, déjà citée, dit à ce sujet dans son art. 18 :
Il est certain que l’Esprit de Dieu, qui est un esprit d’unité, ne se contredit jamais. Si donc une interprétation, une explication ou une opinion d’un docteur, d’une Église, ou d’un Concile contredisent la claire Parole de Dieu telle qu’elle se trouve écrite dans un autre passage biblique, alors il va de soi qu’elles ne sont pas conformes à la vraie intention et au but du Saint-Esprit, même si de nombreuses Églises, des royaumes et des peuples lui ont donné leur approbation et l’ont adoptée. Nous n’osons pas approuver une interprétation qui serait en contradiction avec un point important de notre foi, avec un texte clair de l’Écriture ou avec la règle de la Charité.Les Écritures nous montrent que le mal doctrinal est aussi grave que le mal moral, car pour être plus subtil que ce dernier, ses ravages dans l’Église n’en sont que plus grands (Actes 20.29-30).
Il ne se rattache donc pas seulement une double communion à la table du Seigneur, mais aussi une double responsabilité, celle du croyant qui s’approche (1Corinthiens 11.27-29), et celle de l’Église ou Assemblée qui est la colonne et le soutien de la vérité (1Timothée 3.15) et qui a à maintenir les droits du Seigneur à Sa Table.
Qui doit exercer la discipline ?
L’Église tout entière, l’assemblée des croyants réunis au nom du Seigneur (Matthieu 18.20), et plus spécialement les anciens (1Pierre 5.1-4), ceux qui en revêtent les caractères et qui sont reconnus comme tels par l’Assemblée (1Timothée 3).
Quel est le but de la discipline ?
La discipline doit être le dernier moyen pour toucher le cœur de l’égaré afin de le ramener dans le droit chemin, où l’Église pourra alors ratifier son amour envers lui (2Corinthiens 2.5-8), et lui manifester à nouveau la communion que le péché avait interrompue. La discipline de l’Assemblée doit s’inspirer des mêmes principes qui sont à la base de la discipline du Seigneur à laquelle tous participent (Hébreux 12.4-13).
CHAPITRE 5
SUR QUEL TERRAIN LA TABLE DU SEIGNEUR ?
Il n’existe qu’un terrain, le seul qui soit susceptible de rassembler tous les enfants de Dieu, quel que soit le degré de connaissance auquel ils sont parvenus, enfants de Dieu avec lesquels, malgré nos sentiments différents sur certains détails, nous sommes appelés à marcher dans le même sentier (Philippiens 3.15-16), d’une manière digne de l’appel dont nous avons été appelés, avec toute humilité et douceur, avec patience, nous supportant l’un l’autre dans l’amour ; nous appliquant à garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix (Éphésiens 4.1-3). Ce terrain se trouve « hors du camp » (Hébreux 13.10-15) ; c’est celui de la Croix du Calvaire, de Golgotha, qui est aussi celui de la Seigneurie de Christ, de la soumission à Sa Parole, car c’est au Calvaire que Christ en mourant pour nous s’est acquis tous les droits sur nos cœurs.
En mangeant le pain et en buvant à la coupe, nous annonçons la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne (1Corinthiens 11.26). Où donc se souvenir de la mort du Seigneur sinon sur le terrain où Il fut rejeté et crucifié ? C’est là qu’Il sauve les pécheurs et c’est là qu’Il les rassemble (Jean 12.32,51-52).
Toute table dressée sur un autre terrain ne manifestera que la confusion ou la désunion et non l’unité du Corps de Christ.
Une table dressée sur le terrain du multitudinisme devient une table d’homme dressée sur une doctrine humaine, antiscripturaire. À cette table de laquelle chacun peut s’approcher sous sa responsabilité, les droits du Seigneur ne sont pas maintenus, car l’Église n’est pas le monde et le monde n’est pas l’Église (Actes 15.14). Certes, un croyant sincère, mais ignorant peut bien éprouver de la jouissance et une grande bénédiction en participant à la Cène, mais quelle communion a-t-il avec ceux qui l’entourent ? Prendre la Cène pour soi-même, c’est nier l’unité du Corps de Christ, quelle que soit la grâce que ce mémorial procure à notre âme.
Une table dressée au nom d’une vérité scripturaire, table autour de laquelle seuls peuvent se grouper ceux qui ont compris cette vérité particulière, devient une table sectaire, quelle que soit la valeur de la vérité au nom de laquelle on se réunit.
Ce n’est pas une vérité ou un ensemble de vérités sur lesquelles nous nous mettons d’accord qui peut grouper les croyants. C’est une personne qui les réunit, CHRIST, qui est mort pour rassembler en un seul corps les enfants de Dieu dispersés (Jean 11.52).
Sur le terrain du Calvaire, tous les vrais croyants sont unis. Dans la contemplation du Christ crucifié toutes nos divergences s’effacent. Nous nous trouvons tous courbés devant Lui dans le sentiment de la même misère et relevés ensemble par la puissance de la même grâce, subjugués par le même grand amour qu’Il a eu pour nous. C’est tout l’amour de Dieu qui est alors versé dans nos cœurs par le Saint-Esprit (Romains 5.5) et qui nous fait aimer à notre tour Celui qui nous a aimés le premier (1Jean 4.19). Cet amour pour Lui ne peut alors s’exprimer que par un amour intense pour nos frères (1Jean 4.20-21).
Mais le terrain du Calvaire est un terrain de réjection et de séparation du monde. C’est le terrain où Dieu manifeste par Ses enfants la bonne odeur de Christ à l’égard de ceux qui sont sauvés et à l’égard de ceux qui périssent : aux uns une odeur de mort pour la mort, et aux autres une odeur de vie pour la vie (2Corinthiens 2.14-16). C’est toujours la même vérité : La Croix rassemble et sépare.
La vision renouvelée du Christ crucifié est non seulement capable d’unir les croyants, mais elle leur donne aussi le puissant message dont l’Église et le monde ont un urgent besoin « Christ crucifié ».
La Croix unit les fidèles et crée l’unité de la prédication. Dès que les croyants auront expérimenté davantage la puissance de la Croix dans leur vie, comme crucifixion du vieil homme (Romains 6), comme mort à la loi (Romains 7), comme renoncement à soi-même (Galates2.20), comme séparation du monde (Galates 6.14), abandonnant les questions folles et les disputes de mots, ils ne voudront plus savoir qu’une seule chose : « Christ crucifié » (1Corinthiens 2.3), ce qui les amènera à rendre témoignage avec puissance au Christ ressuscité, au Christ glorifié, au Christ qui revient.
CHAPITRE 6
LA PRÉSENCE DU SEIGNEUR
Nous ne manquons pas de lieux de cultes : cathédrales, temples, chapelles, locaux religieux où les hommes sont conviés à rencontrer Dieu. Mais le Seigneur n’habite pas dans des temples faits de main d’homme (Actes 17.24). Si dans l’Ancienne Alliance il y avait « un lieu » que les Israélites devaient rechercher, lieu que Dieu avait choisi pour y faire habiter Son Nom (Deutéronome 12 et 26), il n’en est plus ainsi dans l’économie nouvelle.
Le Seigneur ne se trouve pas d’avance dans un lieu déterminé où il invite hebdomadairement, ou plus souvent, les fidèles à venir le trouver et l’adorer. Notre vie tout entière doit être un culte rendu à Dieu (Hébreux 13.15 ; Romains 12.1-2 ; 1Corinthiens 6.19-20). S’adressant à la femme Samaritaine, Jésus pouvait lui dire « Femme, crois-moi, l’heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne, ni à Jérusalem . . . mais l’heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce sont là les adorateurs que le Père demande ». (Jean 4.21-24). La conception du lieu a donc pris fin avec Jésus. Plus tard, Il dira à Ses disciples « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux ». (Matthieu 18.20)
La présence du Seigneur dans un lieu est donc la conséquence du rassemblement des fidèles et non la cause de leur rassemblement, ce que beaucoup oublient ou confondent.
« Là », désigne le lieu providentiel où les croyants se rassemblent « où deux ou trois », c’est l’expression d’un témoignage public« sont assemblés », c’est la manifestation, d’une part de leur unité, et d’autre part de leur séparation « en mon nom », c’est l’autorité dont ils se réclament et qui les gouverne« je suis là », c’est l’ineffable présence dont ils sont favorisés « au milieu d’eux », c’est leur centre divin.
Il est évident que pour des questions d’ordre et de facilité, des lieux peuvent être choisis et consacrés pour s’y rencontrer au nom du Seigneur et obéir à l’ordre de la Parole (Hébreux 10.25). Mais veillons à nous souvenir toujours que le Seigneur ne rattache pas Sa présence à un édifice ou à un local quelconque, mais aux cœurs qui s’y rassemblent selon Sa pensée:
- soit pour proclamer l’Évangile au monde, à la multitude,
- soit pour s’édifier ensemble dans la foi,
- soit pour prier en commun,
- soit pour adorer Dieu et célébrer la Cène du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne.
CHAPITRE 7
AUTRES TRAITS DE L'ÉGLISE DU SEIGNEUR
L’Unité et tout ce qui en découle c’est, nous l’avons vu, un des principaux traits que le Seigneur désire dans Son Église. Il y en a d’autres que nous ne pouvons indiquer qu’en passant, mais sur lesquels nous ferons bien de méditer personnellement.
Le détachement des choses de la terre et des biens de ce monde, par la vision renouvelée de l’appel et de la vocation des croyants. Une obéissance nouvelle à l’ordre positif de Jésus, ordre qu’il donne aux siens pour le temps de Son absence : « Allez dans tout le monde, et prêchez l’Évangile à toute la création ! » (Marc 16.1) Le monde se meurt ! Il ne connaît pas l’Évangile ou, s’il le connaît, il le connaît mal, parce que l’Évangile est une vie et non une doctrine ou une religion seulement. Cette vie est celle de Christ. Or, comment l’avons-nous manifestée ? Nous n’avons pas été le sel de la terre, nous n’avons pas su donner le goût des choses de Dieu à ceux qui nous entourent, nous n’avons pas été la lumière du monde. Les hommes n’ont pas vu dans nos vies ce contraste saisissant qui faisait dire à la foule que les apôtres étaient fous. Les incrédules nous ont vus semblables à eux, orgueilleux égoïstes, âpres au gain, attachés aux choses de la terre, proclamant de grandes et sublimes vérités, mais peu portés à les mettre réellement en pratique. Notre christianisme est trop bourgeois, trop équilibré selon les principes de la sagesse humaine, tandis que le christianisme authentique, quand il est vécu, est une révolution. Le sacerdoce universel, qui n’est pas synonyme d’anarchie dans le sacerdoce, mais la reconnaissance des dons divers que Dieu a placés dans le Corps (1Corinthiens 12), et leur emploi dans la dépendance souveraine du Saint-Esprit. L’attente vivante et constante du retour de Christ.
CHAPITRE 8
CONSIDÉRONS BIEN NOS VOIES
N’est-il pas urgent, mes frères, que nous considérions bien nos voies à la lumière de la Parole ? Au retour de Christ, tous les croyants divisés sur la terre seront alors consommés dans l’unité et dans la charité et partageront l’éternité ensemble. Qu’attendons-nous pour montrer aux principautés qui sont dans les lieux célestes (Éphésiens 3.10) que les rachetés du Seigneur sont unis déjà ici-bas autour de leur Chef glorieux ?
Que se passerait-il dans nos villes ou dans nos villages, si soudain une terrible persécution survenait contre les chrétiens, tous étant mis en demeure de renier Christ pour vivre, ou de le confesser et de mourir ?
On verrait alors des hommes, des femmes de milieux divers, qui se connaissaient, mais qui pour motif religieux s’ignoraient, rassemblés alors en un même lieu, séparés du monde impie et des chrétiens renégats parce que sans vie, et attendant tous le martyre.
PARCE QU’IL FAUDRAIT SE DÉCIDER POUR CHRIST, sans discussion théologique l’unité serait manifestée en un instant.
Mes frères, c’est parce que nous n’avons pas encore choisi Christ que nous sommes divisés. Délivrés de tout esprit de schisme, de tout particularisme religieux, CHOISISSONS CHRIST.
N’entendons-nous pas aujourd’hui la voix puissante d’Élie sur le Carmel nous crier : « Jusques à quand hésiterez-vous entre les deux côtés ? Si l’Éternel est Dieu, suivez-le ; et si c’est Baal, allez après lui » (1Rois 18.21).
CHAPITRE 9
DIFFICULTÉS D'UN NOUVEAU CONVERTI
La confusion est si grande à l’heure actuelle dans la chrétienté, qu’un homme qui, passant par la conversion, revient des confins de l’athéisme et éprouve le besoin de se joindre à des chrétiens, est complètement désorienté.
Ici, on lui dira que l’Église Catholique est la seule véritable Église du Christ ; qu’en dehors d’elle, on ne trouve que des rassemblements d’hérétiques, tous divisés les uns contre les autres. Ailleurs, pour ne parler que de ce qui se passe dans notre pays, on lui dira que l’Église, la seule vraie, c’est l’Église nationale Protestante ou Réformée, l’Église du peuple ; et qu’en dehors d’elle tout est sectaire, même l’Église libre, sa voisine.
S’il s’adresse à ces milieux appelés sectaires, les uns et les autres lui diront qu’au contraire ce sont eux, et eux seuls, qui possèdent la vérité, et qu’ils se trouvent être l’expression la plus pure de l’Église véritable ; tandis que l’Église officielle n’étant qu’un vaste système humain, un mélange de vérités et d’erreurs, le seul chemin est de sortir du milieu d’elle.
Ainsi, notre pauvre chercheur n’est pas plus avancé après qu’avant. Au contraire, il est troublé ! Tout lui paraît confus, et autant son cœur a débordé de joie le jour de sa conversion, autant il est triste. Maintenant en constatant la ruine et la confusion qui règnent dans la chrétienté.
Ce tableau est bien sombre, me direz-vous, mais ne correspond-il pas à la vérité ?
Pour celui qui est en contact avec les âmes perdues et qui a la joie d’en voir accepter le Sauveur, cette ruine du témoignage chrétien l’afflige profondément. Il en souffre dans son âme et dans sa chair. Il voit et connait de vrais chrétiens dans bien des milieux. Il les aime de tout son cœur, mais constate que parmi eux nombreux sont ceux qui ont pris leur parti des divisions, n’étant guère exercés par les vérités concernant l’unité du Corps de Christ..
D’un autre côté, il voit dans ce monde les forces du mal bien unies pour perdre les âmes. Et il entend encore l’exhortation suprême du Sauveur : « À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour entre vous ! » (Jean 13.35).
Il se souvient aussi de la prière du Christ pour l’unité des croyants : « La gloire que tu m’as donnée, je la leur ai donnée, afin qu’ils soient un, comme nous nous sommes un ; moi en eux, et toi en moi ; afin qu’ils soient consommés en un, et que le monde connaisse que toi tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (Jean 17.22-23).
On comprend que des âmes sincères souffrant de toutes ces divisions recherchent une base commune pour retrouver l’unité perdue. D’où le mouvement œcuménique, l’idée d’une fédération des Églises, fédération dans laquelle chaque groupement conserverait son caractère particulier, mais où tous tendraient à réaliser l’unité dans la diversité. Ce chemin-là est-il celui que nous trace la Parole de Dieu ?
Ces efforts humains sont-ils vraiment appelés à créer l’union, ou n’est-ce pas une tentative inconsciente faite pour camoufler à tout prix la désunion ?
Personnellement, et sans être un démolisseur systématique, nous ne pensons pas que l’œcuménisme soit le chemin vers une réelle unité des enfants de Dieu, mais une glissade vers des concessions dont le catholicisme aura finalement le grand avantage.
L’Unité ne peut se manifester que dans la Vérité et cette unité ne découle pas d’une organisation extérieure, mais, comme nous l’avons vu dans l’Écriture, elle repose sur un fait : la mort et la résurrection du Christ, qui donne la même vie à tous ceux qui croient.
L’unité extérieure ne dépend que d’une obéissance à la Parole de Dieu, seul guide pour former nos pensées.
CONCLUSION
A l’heure actuelle, le vrai chemin c’est l’humiliation du peuple de Dieu, tout entier. Puisque nous ne pouvons pas attendre une humiliation collective, que chaque croyant, imitant Daniel, Esdras, Néhémie, s’humilie à part. Reconnaissons que nous avons tous péché, oubliant notre appel et notre élection, et que si le témoignage collectif de l’Église est en ruine nous sommes tous coupables et responsables.
Reconnaissons ces faits devant Dieu. Ne nous jugeons plus les uns les autres. Revenons à la Parole, nous laissant enseigner par elle, et scrutons nos sentiers à Sa lumière, ne nous isolant jamais, mais poursuivant toujours la justice, la foi, l’amour, la paix avec ceux qui, au sein de la ruine, invoquent le nom du Seigneur d’un cœur pur (2Timothée 2.22).
Si même, comme d’aucuns le pensent, nous ne devons pas assister à une restauration de ce qui était au commencement, notre responsabilité demeure entière en présence des vérités de la Parole et, selon les lumières reçues, purifiant nos âmes par l’obéissance à la vérité (1Pierre 1.22), nous devons rechercher à faire partie du résidu fidèle qu’à travers tous les âges Dieu a toujours suscité pour être Son témoignage dans un temps de ruine.
***
En terminant, nous résumons par trois questions le sens et le but de notre exposé :
Sommes-nous d’accord pour obéir à la Parole de Dieu jusqu’au bout ? Si oui, dans la vision de l’Église que nous donne la Parole, sommes-nous prêts à engager le combat et à montrer aux chrétiens combien nous vivons en contradiction avec les enseignements du Christ ? Sur les bases bibliques qui viennent d’être soulignées, sommes-nous prêts à marcher ensemble et à travailler ensemble aux yeux du monde, vivant et présentant aux âmes le message révolutionnaire de l’Évangile intégral ?
Si nous sommes d’accord, sans que nous ayons besoin d’établir des plans, Dieu nous conduira simplement dans le chemin où Il veut nous voir marcher et nous révélera Lui-même quelle suite doivent avoir nos réunions de prière.
Répertoires des écrits de Gaston Racine

























